Entre documentaire et drame social, Les héroïques de Maxime Roy dessine le portrait attachant d’un loser magnifique.
Synopsis : Michel, un ancien junky en sevrage, gère tant bien que mal le bébé qu’il vient d’avoir avec son son ex tout en s’accrochant à son fils de dix-huit ans. Alors que celui-ci s’émancipe doucement, le père de Michel tombe malade.
Un premier film sur un parcours cabossé, intime et passionnant
Critique : Les héroïques représentent toute cette frange de la population qui, faute d’avoir su prendre la bonne voie sociale au moment opportun, se retrouve au ban de la société. Symbolisée par Michel (François Creton coauteur et personnage principal qui s’inspire ici de sa propre vie) que l’on découvre la chevelure en bataille, le menton mal rasé, les doigts ornés de bagues, l’oreille lestée d’un lourd pendentif, lors d’une réunion de groupe à destination de personnes en difficulté, cette cohorte de laissés pour compte n’a cependant pas renoncé à sortir du bourbier, dans lequel elle croupit. Avec ses mots à lui, entre argot et verlan, il exprime son mal-être, sa longue lutte contre les addictions en tous genres, sa peur de ne pas y arriver malgré un désir sincère de retour vers un début de vie sociale. Cabossé par la vie mais émouvant de sincérité, il illumine, malgré la noirceur de la situation, le premier long-métrage de Maxime Roy qui avait déjà utilisé ce thème de la réhabilitation dans Beautiful Loser, son court-métrage largement récompensé.
Portrait d’un homme enfant incapable de mûrir
Une plongée sans faux-semblants ni misérabilisme au cœur du parcours de cet homme enfant que son incapacité à se hisser au rang d’adulte rend aussi pathétique que touchant. Sa maison qui prend l’eau, ses virées intempestives en moto, son déni des conventions sociales comptabilisent la somme des obstacles encore à surmonter. Il doit ensuite se confronter à la grave maladie de son père (Richard Bohringer) avec qui il entretient depuis toujours des rapports tendus, malgré les tentatives de conciliation entreprises par la compagne de celui-ci (Ariane Ascaride). Ce père qui, cyniquement, le renvoie à son passé de toxico en lui demandant de lui fournir quelque produit illicite pour l’aider à mourir. Bien pire, il voit son fils aîné (Roméo Creton), plus mature que lui et las de ses dérives, lui tourner le dos. Il ne lui reste que le soutien de Jean-Pierre (Patrick d’Assumçao), un personnage plein de sagesse mais aussi de lassitude qui lui apprend l’entraide et reçoit en échange toute l’humanité que Michel est capable de dispenser, donnant à leur amitié une réjouissante tonalité de solidarité.
Les héroïques se pose magistralement entre documentaire et fiction
Si l’incroyable authenticité de François Creton crève l’écran et touche droit au cœur, elle ne doit cependant pas éclipser la force de conviction des personnages secondaires qui gravitent autour de lui, dont l’excellent Richard Bohringer dans ce rôle qui semble taillé pour lui.
Lorgnant du côté du documentaire sans jamais perdre de vue le cours de sa fiction, Maxime Roy délivre une version abrupte de ces vies en déséquilibre permanent, guettées par la résurgence éventuelle de vieux démons jamais tout à fait vaincus. Une trajectoire de plaies et de bosses d’autant plus bouleversante qu’au cœur de cet univers désabusé, elle se teinte de bribes de tendresse et de notes d’espoir. La caméra cadre au plus près les visages, les corps, les mouvements de la ville pour laisser éclater toute l’étendue émotionnelle de cette difficile quête vers une existence apaisée.
Drame social parmi tant d’autres, Les héroïques se distingue par sa capacité à privilégier la lumière plutôt que l’ombre et à répandre l’optimisme plutôt que la misère. C’est ce qui en fait toute la beauté !
