Les cent cavaliers (Le fils du Cid) : critique et test blu-ray (1971)

Comédie, Aventures, Cape et épée | 1h54min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Le fils du Cid, affiche cinéma de Les cent cavaliers

  • Réalisateur : Vittorio Cottafavi
  • Acteurs : Wolfgang Preiss, Aldo Sambrell, Mark Damon, Arnoldo Foà, Gastone Moschin, Rafael Alonso, Manuel Gallardo, Antonella Lualdi, Mirko Ellis
  • Date de sortie: 01 Déc 1971
  • Nationalité : Italien, Espagnol, Allemand
  • Titre original : I cento cavalieri
  • Titres alternatifs : Le fils du Cid (titre d'exploitation cinéma 1971) / Die hundert Ritter (Allemagne) / Los cien caballeros (Espagne) / O Filho de El Cid (Portugal) / El hijo del Cid (Mexique)
  • Année de production : 1964
  • Scénariste(s) : Vittorio Cottafavi, José María Otero, Giorgio Prosperi, Enrico Ribulsi
  • Directeur de la photographie : Francisco Marín
  • Compositeur : Antonio Pérez Olea
  • Société(s) de production : Domiziana Internazionale Cinematografica, International Germania Film, Procusa
  • Distributeur (1ère sortie) : Les Films Jacques Leitienne
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Artus Films
  • Date de sortie vidéo : 3 novembre 2020
  • Box-office France / Paris-périphérie : 13 430 entrées (1 seule semaine d'exploitation) sous le titre Le fils du Cid
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs et Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Benjamin Mazure (Artus)
  • Crédits : MovieTime SRL - Artus Films
Note des spectateurs :

Grande comédie pacifiste qui renvoie dos à dos tous les antagonistes, Les cent cavaliers est drôle, enlevée et diablement maline dans sa volonté de railler les médiocrités humaines.

Synopsis : Vers l’an Mil, en Castille, en pleine occupation maure, un cheik et ses cent cavaliers s’installent dans un petit village paisible. Couvrant d’abord les habitants de cadeaux, les envahisseurs deviennent vite des tyrans exploitant les villageois. Fernando, un jeune paysan, rassemble des hommes, les entraîne, et se met à la tête de la résistance contre les Maures.

Un projet d’envergure tourné en Espagne

Critique : Grand spécialiste du péplum, le réalisateur Vittorio Cottafavi a déjà l’essentiel de sa carrière cinématographique derrière lui lorsqu’il aborde la création des Cent cavaliers en 1964. Il est notamment de plus en plus occupé par la réalisation de téléfilms, mais envisage de revenir au grand spectacle cinématographique avec ce script original qui nécessite d’importants moyens financiers. Il parvient à séduire plusieurs investisseurs et réunit ainsi une coproduction internationale avec des capitaux italiens, allemands et espagnols.

Les cent cavaliers, jaquette Artus

© MovieTime SRL – Artus Films / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Dans la foulée des grandes productions américaines tournées dans l’Espagne franquiste, les Italiens commencent effectivement à se servir des infrastructures espagnoles, ainsi que de leurs superbes paysages naturels pour réaliser des westerns et des fresques historiques à moindre coût. Cela est même encouragé par le gouvernement espagnol et notamment le ministre Fraga Iribarne qui veut ouvrir le territoire aux productions étrangères. Si le sujet vante les mérites des héros nationaux comme le fait Le Cid (Mann, 1961) avec Charlton Heston, c’est encore mieux.

Une vision picaresque de la Reconquista

Autant dire que le projet de Vittorio Cottafavi est accueilli à bras ouvert par l’Espagne franquiste puisque l’intrigue évoque sans détour la période de la Reconquista, longue guerre qui a permis aux chrétiens espagnols de reprendre la péninsule des mains des arabo-musulmans, au terme de plusieurs siècles de combats. Le tournage a ainsi bénéficié du savoir-faire des équipes locales, d’acteurs chevronnés venant de tous horizons (majoritairement italiens, espagnols et allemands, par contrat) et de moyens considérables mis à disposition par un pouvoir flatté de recevoir une publicité supplémentaire.

Toutefois, malgré ce contexte qui pouvait laisser craindre un point de vue tranché de la part d’un réalisateur propagandiste, Les cent cavaliers (1962) échappe totalement au pouvoir en place et développe une vision très personnelle de la Reconquista. En réalité, Cottafavi signe avant toute chose une comédie échevelée qui a pour but de militer pour le pacifisme et l’entente entre les peuples. Dès le début, il présente l’envahisseur arabo-musulman comme étant particulièrement poli et malin, voire séduisant, avant qu’ils se révèlent sous leur vrai jour. Les chrétiens, au contraire, sont caricaturés à l’extrême, avec un jeu outré qui tient de la farce pure. Ici, Vittorio Cottafavi se réfère clairement aux délires de la commedia del arte qu’il mélange habilement avec un esprit picaresque attaché à son sujet espagnol. On songe d’ailleurs fortement au diptyque de Mario Monicelli L’armée Brancaleone (1966) et Brancaleone s’en va-t-aux croisades (1970) pendant la projection.

Un commentaire pertinent sur la situation politique de l’époque

Au lieu de prendre parti pour un camp ou un autre, Cottafavi se moque de chacun avec malice. A l’aide de gags savamment distillés, il arrive à nous amuser et nous fait complice de sa raillerie envers les puissants de ce monde. Arrosant large, Cottafavi se moque tour à tour des élites, des couards, des attentistes, mais aussi des petites gens. Il critique notamment une situation d’occupation qui peut aussi bien renvoyer à celle qu’a connue l’Italie durant la Seconde Guerre mondiale qu’à celle que subit le monde de l’époque, soumis à l’influence de deux grandes puissances dominatrices (la guerre froide).

En fait, à travers son histoire, Cottafavi évoque tous les conflits qui ruinent l’humanité depuis ses origines. Il prend le spectateur à témoin par le biais d’une habile mise en abîme et l’invite à se moquer du ridicule de la situation, avec une bonne dose d’ironie. Toutefois, malgré cette tentative de distanciation brechtienne, le réalisateur n’oublie pas de tourner un vrai spectacle populaire, à la fois drôle et enlevé. Certes, on peut regretter une certaine stagnation de la situation durant la deuxième heure du métrage qui lambine un peu, mais le cinéaste se rattrape en signant un dernier quart d’heure guerrier absolument mémorable.

Des Maures jusqu’à la mort

Rendant hommage au grand cinéma américain et au western, Cottafavi nous livre une bataille finale spectaculaire qui démarre par une charge à cheval d’une grande puissance et se termine par un combat d’une grande violence. Lors de cet affrontement sanglant, Cottafavi fait le choix de passer au noir et blanc, soit pour en atténuer la terrible violence, soit pour signifier que la vie n’a plus droit de cité durant cet épisode guerrier qui n’a rien de glorieux. On sent ici l’amertume d’un réalisateur pacifiste qui estime que l’être humain échoue lorsqu’il en vient aux mains. On est donc très loin de la fresque nationaliste espérée par le gouvernement franquiste.

Avec Les cent cavaliers, l’auteur livre sans aucun doute l’un de ses meilleurs films. Sous ses dehors amusant et bouffon, le métrage est un constat assez sévère sur les médiocrités humaines. Sans doute cela explique-t-il son terrible échec commercial dans les salles italiennes. Profondément touché par cet échec public cinglant, Vittorio Cottafavi abandonne ensuite le cinéma et se consacre à des travaux télévisuels durant une bonne vingtaine d’années.

Le fils du Cid, titre absurde !

Sorti très tardivement en France (en 1971), Les cent cavaliers apparaît sur les écrans français dans une version amputée de plus de 30 minutes sous le titre totalement aberrant : Le fils du Cid. Il s’agissait pour le distributeur d’évoquer un personnage connu du grand public français, alors même que l’intrigue se déroule plus d’un siècle avant l’existence du véritable Cid – qui n’intervient donc jamais dans Les cent cavaliers. Le long-métrage est ensuite resté longtemps invisible dans nos contrées (si l’on excepte une diffusion télévisuelle) jusqu’à l’édition miraculeuse d’Artus Films en 2020.

Les cent cavaliers, bandeau artus

© MovieTime SRL – Artus Films / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Le test blu-ray :

Une belle édition de plus à mettre à l’actif de l’éditeur Artus, avec copie correcte, suppléments intéressants et packaging séduisant pour un film à redécouvrir. Le test a été effectué à partir du produit finalisé.

Compléments & packaging : 4 / 5

On signale tout d’abord que le combo Livre-DVD-Blu-ray n’est pas présenté sous forme de mediabook, mais dans un fourreau qui comprend à la fois les galettes dans un boîtier slim et un petit livre de 60 pages qui peut donc être lu à part. Si la présentation est donc moins esthétique que pour les prestigieux mediabook, on demeure toutefois dans une excellente moyenne et le produit fini viendra agrémenter votre vidéothèque avec classe.

En ce qui concerne les suppléments, on trouve ici une bande-annonce d’époque, un diaporama et surtout un entretien de 35 minutes avec François Amy de la Bretèque qui rappelle le contexte de création de l’œuvre, mais cherche aussi à fournir des pistes d’analyse passionnantes et toutes très pertinentes.

En ce qui concerne le petit livre, il est divisé en deux parties. La première signée François Amy de la Bretèque revient sur la création du film et s’avère un peu redondante par rapport au bonus vidéo. Mais la deuxième partie plus historique développée par Philippe Conrad devrait ravir tous les amoureux d’histoire puisqu’il s’agit d’une évocation très détaillée de la Reconquista. L’érudition est ici de mise et cette édition se place donc clairement dans une optique culturelle et intellectuelle qui nous ravit.

L’image du blu-ray : 4,5 / 5

Le long-métrage a bien fait l’objet d’une remasterisation en 2K et le résultat est tout bonnement excellent pour une œuvre de cet âge. Le film est proposé dans son format Techniscope d’origine, avec une absence totale de griffures et autres accrocs liés à l’âge. Les couleurs sont également pimpantes, tandis que les contrastes sont parfaitement gérés. Si on note bien çà et là quelques plans plus flous, cela n’entame en rien la satisfaction de redécouvrir une telle œuvre dans un si bel écrin.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Le long-métrage est proposé en version originale sous-titrée et en français. Pour cette dernière piste, plusieurs passages passent en VO avec sous-titres puisque le film a été sévèrement charcuté lors de sa sortie française. On privilégiera donc la version originale, de toute façon la plus équilibrée des deux et qui offre le meilleur confort d’écoute et donc d’immersion.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 1er décembre 1971

Acheter le blu-ray sur le site de l’éditeur

Les éditions Artus sur CinéDweller

Le fils du Cid, affiche cinéma de Les cent cavaliers

© 1964 Movietime SRL. Tous droits réservés.

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Le fils du Cid, affiche cinéma de Les cent cavaliers

Bande-annonce de Les cent cavaliers (VO)

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