Les aventures d’Arsène Lupin : la critique du film (1957)

Policier, Comédie | 1h44min
Note de la rédaction :
6/10
6

Note des spectateurs :

Gros succès à sa sortie, cette adaptation de l’œuvre de Maurice Leblanc en respecte l’esprit grâce à un script malin et la truculence de Robert Lamoureux. Du bon cinéma commercial des années 50, porté par le savoir-faire de Jacques Becker.

Synopsis : Le film nous conte trois affaires extraordinaires mettant en scène les exploits d’Arsène Lupin, le célèbre gentleman cambrioleur qui dérobe leurs biens aux puissants, au nez et à la barbe de la police.

Critique : Créé en 1905 par l’écrivain Maurice Leblanc pour le mensuel Je sais tout, le personnage d’Arsène Lupin connaît immédiatement un énorme succès populaire, à tel point que son auteur sera ensuite condamné à illustrer les aventures de son personnage fétiche dans 17 romans, 39 nouvelles et même cinq pièces de théâtre. Une telle popularité ne pouvait laisser le cinématographe de marbre. Dès les origines, le personnage a les honneurs de plusieurs films muets (pas moins de sept déclinaisons, tous pays confondus). Toutefois, on retrouve le personnage au cœur de plusieurs longs-métrages sonores dans les années 30-40. Après une période creuse, c’est le cinéaste Jacques Becker et l’écrivain Albert Simonin qui lui redonnent vie pour le compte de la Gaumont en 1957. Le réalisateur sort de deux gros succès commerciaux qui lui ont permis d’occuper une place de choix dans le paysage cinématographique français. Touchez pas au grisbi (1954) a remis en selle un Jean Gabin vieillissant tout en créant le genre du polar à la française, tandis qu’Ali Baba et les quarante voleurs (1955) est une comédie sautillante avec Fernandel. Parfaitement indiqué pour évoquer le monde de la Belle Epoque déjà au cœur de son chef d’œuvre Casque d’Or, Jacques Becker a l’excellente idée d’utiliser une vedette du cabaret devenue très populaire en seulement quelques années, à savoir Robert Lamoureux.

Comédien pétillant, au regard et au ton volontairement ironique, Lamoureux convenait parfaitement pour incarner le malicieux voleur, à la fois séducteur impénitent et fauteur de trouble un rien anarchiste. Il est d’ailleurs pour beaucoup dans le plaisir ressenti encore aujourd’hui par le spectateur devant ce spectacle aussi anodin que charmant. Tourné avec des moyens conséquents entre la France et l’Allemagne (magnifique château du Haut Koenigsbourg), cette fantaisie volontairement légère a le mérite de ne jamais se prendre au sérieux, ne cherchant pas à masquer l’origine littéraire des nouvelles adaptées. Sans réelle structure narrative, le film peut aisément être divisé en trois aventures distinctes uniquement reliées par la présence de Robert Lamoureux. A chaque fois, la mécanique narrative est la même en créant un suspense par rapport aux ingénieuses machinations ourdies par le cambrioleur afin de parvenir à ses fins. Certes, tout ceci ne va pas chercher très loin, mais il faudrait être sacrément aigri pour ne pas y prendre un certain plaisir, tant les acteurs sont convaincants et la réalisation impeccable.

Par contre, ce type de cinéma français des années 50 souffre d’un certain manque de fraîcheur et de spontanéité, même si Jacques Becker n’a pas la raideur formelle de ses pairs de l’époque. Il faut avouer que les couleurs acidulées, les décors en studio et les éclairages sans zone d’ombres ont quelque peu mal vieillis et que tout ceci est très daté. Cela n’est pourtant pas un repoussoir dans le cas précis, Becker faisant preuve d’un métier très sûr. Il est également parvenu à trouver un bon équilibre entre comédie sautillante et quelques notations sociales plus sérieuses. On peut sans doute trouver le troisième épisode (celui se déroulant en Allemagne) moins convaincant, proposant moins de péripéties trépidantes. Toutefois, l’esprit des serials des années 30-40 souffle quand même à plusieurs reprises dans ce long-métrage qui a connu un beau succès à sa sortie en mars 1957. Avec près de 3 millions d’entrées, le film s’est hissé à la 19ème place du classement annuel, ce qui a permis à la Gaumont de mettre en chantier une suite deux ans plus tard, toujours avec Robert Lamoureux (Signé : Arsène Lupin réalisé par Yves Robert), puis un troisième opus en 1962, cette fois-ci avec Jean-Claude Brialy (Arsène Lupin contre Arsène Lupin, réalisé par Edouard Molinaro) qui est toutefois davantage une déclinaison fantaisiste qu’une réelle adaptation de Maurice Leblanc.

Critique de Virgile Dumez

© 1957 Gaumont Distribution / © 2012 Gaumont DVD

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