Les apparences : la critique du film (2020)

Thriller, Drame | 1h48min
Note de la rédaction :
7/10
7
Les apparences, SND

  • Réalisateur : Marc Fitoussi
  • Acteurs : Karin Viard, Pascale Arbillot, Evelyne Buyle, Benjamin Biolay, Lucas Englander, Laetitia Dosch
  • Date de sortie: 23 Sep 2020
  • Nationalité : Français, Belge
  • Année de production : 2020
  • Scénariste(s) : Marc Fitoussi, librement adapté du roman "Trahie" de Karin Alvtegen
  • Directeur de la photographie : Antoine Roch
  • Compositeur : Bertrand Burgalat
  • Société(s) de production : Thelma Films, Scope Pictures, SND Groupe M6
  • Distributeur : SND
  • Éditeur(s) vidéo : M6 Vidéo
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-périphérie : 143 620 / 52 495 (première semaine seulement)
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleurs / Son : Stéréo
  • Illustrateur / Création graphique : Silenzio - Photos : Manuel Moutier & Jérôme Préboist
  • Crédits : SND, photo : Manuel Moutier & Jérôme Préboist
Note des spectateurs :
[Total : 2   Moyenne : 3.5/5]

Thriller chabrolien, Les apparences flingue la haute bourgeoisie et réactualise la lutte des classes à travers un divertissement doucement pervers. Karin Viard y est excellente, une fois de plus.

Synopsis : Vienne, ses palais impériaux, son Danube bleu et… sa microscopique communauté française. Jeune couple en vue, Ève et Henri, parents d’un petit Malo, ont tout pour être heureux. Lui est le chef d’orchestre de l’Opéra, elle travaille à l’Institut français. Une vie apparemment sans fausse note, jusqu’au jour où Henri succombe au charme de l’institutrice de leur fils.

Une adaptation libre d’un thriller suédois

Critique : Plutôt connu jusqu’alors pour ses comédies légères (La vie d’artiste, Pauline détective), le scénariste et réalisateur Marc Fitoussi se lance pour la première fois dans l’adaptation littéraire, ainsi que dans le genre du thriller. Sur la proposition de Christine Gozlan, Fitoussi s’est emparé d’un roman suédois de Karin Alvtegen intitulé Trahie. Pas totalement convaincu par le bouquin, Fitoussi s’est senti plus libre de l’adapter à sa sauce. Il en reprend ainsi la trame narrative tout en lui apportant d’importantes modifications en matière d’arrière-plan.

Karin Viard dans les apparences

Copyright SND. Tous droits réservés.

Fitoussi invente ainsi totalement le milieu des expatriés français à Vienne, donne une importante position sociale à ses personnages principaux et octroie ainsi des motivations claires à des personnages uniquement préoccupés par leur place au cœur d’une société corsetée. Et de fait, si l’intrigue à proprement parler n’a guère d’intérêt, car d’un classicisme absolu, Les apparences gagne des points par sa description attentive d’un microcosme bourgeois étouffant. Comme l’explique fort bien Marc Fitoussi :

Dans le roman, il y a déjà les envois de mails. Ce que je trouvais problématique, c’est qu’aucun contexte n’expliquait le silence de l’épouse vis-à-vis de son mari ni son impossibilité de concevoir une séparation. D’où mon idée d’inventer ce milieu d’expats grand bourgeois, la profession prestigieuse du mari… Ce côté milieu de notables fermé revêtait un aspect chabrolien qui me plaisait. La bourgeoisie de province française a aujourd’hui un côté très daté, poussiéreux, et je trouvais que le milieu en vase clos le plus excitant et contemporain était une communauté d’expats.

Derrière les sourires, les garces…

Cela démarre fort par la présentation de ce milieu très fermé des expatriés français à la position sociale dominante. Représentants de la culture française à l’étranger (lui est chef d’orchestre, elle est bibliothécaire à l’Institut français), ces personnages doivent à tout prix sauver les apparences et présenter une façade de respectabilité. Toutes les séquences entre les épouses sont d’une méchanceté absolue tant ces dames s’avèrent être des harpies. Les médisances pleuvent, mais toujours avec le sourire.

Les apparences, photo d'exploitation

Copyright SND. Tous droits réservés.

Dans ce rôle d’une femme totalement fausse, Karin Viard est excellente. Quelques regards et attitudes suffisent pour montrer qu’elle rejette ses origines modestes – elle s’emporte systématiquement contre sa mère qu’elle cache à son entourage. Certes, elle est désormais arrivée en haut de l’échelle sociale, mais c’est surtout grâce à son mari, qu’elle n’est donc pas prête à lâcher. De son côté, l’époux absent est joué avec délicatesse par un Benjamin Biolay sobre et convaincant. Quand les mensonges commencent à s’accumuler entre ces deux êtres qui s’ennuient, le drame n’est jamais très loin. On songe alors aux films de Claude Chabrol et notamment à La femme infidèle (1969) où un couple se retrouvait fortifié à la suite d’un meurtre.

Un thriller chabrolien très fréquentable

Avec Les apparences, Marc Fitoussi tarde sans doute un peu trop dans la mise en place de son thriller, mais la gradation dans les bassesses est plutôt bien gérée. Le réalisateur parvient ainsi à nous intéresser à son histoire, tout en évoquant en filigrane la lutte des classes que certains ont enterré un peu trop vite. Effectivement, l’intégralité du film illustre de manière assez fine cette opposition manifeste entre le petit peuple d’un côté et une élite très consciente d’être en position dominante. Finalement, le personnage le plus pur au cœur de cette histoire perverse est bien celui incarné par Evelyne Buyle. D’abord présentée comme une pot-de-colle, cette femme rat de bibliothèque nous délivre à la toute fin une belle leçon d’humanité. Elle apparaît ainsi comme le double inversé de Karin Viard.

Si l’on note quelques longueurs de-ci de-là, Les apparences est donc un thriller chabrolien rondement mené par un réalisateur qui semble prendre de l’épaisseur avec le temps. Il signe en tout cas ici son meilleur film à ce jour.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 23 septembre 2020

Les apparences, SND

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