Le professeur : la critique du film (1972)

Drame | 1h45min
Note de la rédaction :
7/10
7

Note des lecteurs

Drame atypique, romantique et désespéré à la fois, Le professeur offre à Alain Delon l’un de ses plus beaux rôles. Inégal, le résultat final est intéressant à redécouvrir de nos jours. La version 4K sera présentée à Cannes Classics.

Synopsis : Daniel, un professeur de littérature remplaçant est nommé pour quelques mois dans un lycée de Rimini. Passionné de lettres mais peu soucieux des convenances de sa profession, il s’adonne à sa tâche sans grand entrain. Il remarque vite Vanina, l’une de ses élèves, aussi fragile qu’attirante, et décèle en elle une blessure secrète. Intrigué et séduit par la jeune femme, Daniel délaisse sa femme Monica, se précipitant sans le savoir vers un destin tragique…

Critique : Sélectionné cette année à Cannes Classics où les spectateurs vont pouvoir découvrir une version inédite du film longue de plus de deux heures, le tout restauré en 4K, Le professeur (1972) est l’une des œuvres importantes du réalisateur Valerio Zurlini, davantage connu pour La fille à la valise, tourné en 1961 avec Claudia Cardinale. Les spectateurs contemporains auraient tort de négliger ce drame datant de 1972 mettant en scène un Alain Delon dans un emploi complètement différent. Loin des figures charismatiques de policiers ou de truands qu’il interprète habituellement, la star incarne ici un homme usé par la vie, en bout de course, déambulant dans les rues de Rimini comme une âme en peine.

Alain Delon formidable dans un contre-emploi total

Mal rasé, toujours engoncé dans le même manteau, son personnage est un homme lessivé par la vie qui redécouvre pourtant l’amour auprès d’une de ses élèves d’un lycée secoué par les soubresauts politiques de son temps. Entre deux grèves étudiantes, le professeur trimbale son mal de vivre qu’il déguise en nonchalance et en laisser aller.

Au milieu d’une société italienne en ébullition, le personnage principal semble comme détaché de tout, loin des contingences terrestres. Désabusé, enclin à une forme désuète de romantisme, il ne peut tout simplement pas être en accord avec le monde qui l’entoure. Il est d’ailleurs difficile pour le spectateur de s’impliquer pleinement dans une histoire qui ne propose aucun personnage sympathique auquel il pourrait se rattacher. Delon ne cherche pas à plaire, la jeune fille se révèle manipulatrice, tandis que son entourage représente une certaine décadence bourgeoise absolument effrayante. Peu aidé par un rythme lent parfaitement assumé, Le professeur n’est donc aucunement une œuvre facile d’accès, surtout durant sa première heure.

Ambiance fin de siècle pour une oeuvre crépusculaire

Progressivement pourtant, le projet du cinéaste apparaît plus nettement. Sa description d’un monde en bout de course finit par interpeller, notamment lorsque l’on comprend que le protagoniste est lui-même issu d’une aristocratie fin de siècle et que le film prend des allures de poème mortuaire sur la fin d’une ère. La mort – déjà présente de manière symbolique dans le titre original, très poétique – transpire de chaque plan et le spectateur attentif ne sera donc pas étonné par une conclusion dramatique qui semble inscrite dans les gènes des protagonistes. Au passage, l’auteur évoque aussi les rivalités de classe sociale par des chemins de traverse.

Déstabilisant par son refus systématique d’appuyer son propos ou de se faire démonstratif, Zurlini ne facilite pas l’implication du spectateur, mais livre une œuvre audacieuse et finalement assez dérangeante utilisant les atours du mélodrame pour aller vers autre chose de plus fuyant et insaisissable. C’est à la fois la force du film et sa principale limite, ce qui le rend unique, mais aussi peu aimable au premier abord. Précisons toutefois que cette critique se base sur la version française d’une durée de 1h45min et non celle de 2h07 qui sera présentée au public pour la première fois à Cannes, puis dans les salles par les bons soins du distributeur Les Films du Camélia.

Critique de Virgile Dumez

 

Affiche reprise salle 2019 – Studio GB Poletto – Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé © 1972 – PATHE FILMS – MONDIAL TE FI – SNC – VALORIA FILMS

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