Le bal de l’enfer : la critique du film (2022)

Epouvante-horreur, Gothique | 1h44min
Note de la rédaction :
4/10
4
Le bal de l'enfer, l'affiche

  • Réalisateur : Jessica M. Thompson
  • Acteurs : Nathalie Emmanuel, Sean Pertwee, Thomas Doherty, Stephanie Corneliussen, Alana Boden
  • Date de sortie: 24 Août 2022
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Invitation
  • Titres alternatifs : L'Invitation (Québec) / La invitación (Esmagne) / Zaproszenie (Pologne) / Invitación Al Infierno (Mexique) / A meghívás (Hongrie) / Convite Maldito (Brésil)
  • Année de production : 2022
  • Scénariste(s) : Blair Butler et Jessica M. Thompson
  • Directrice de la photographie : Autumn Eakin
  • Compositrice : Dara Taylor
  • Société(s) de production : Mid Atlantic Films, Screen Gems
  • Distributeur : Sony Pictures France
  • Éditeur(s) vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics avec avertissement. La Commission propose une autorisation pour tous publics assortie de l'avertissement suivant : "Ce film présente des images susceptibles de heurter la sensibilité d'un jeune public".
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : 5.1
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : BLT Communications, LLC.
  • Crédits : Sony Pictures
Note des spectateurs :

Film d’horreur gothique ciblant essentiellement les adolescentes, Le bal de l’enfer chausse les gros sabots d’un féminisme outrancier et en oublie la finesse. Médiocre.

Synopsis : Après la mort de sa mère, Evie se retrouve sans famille. Elle décide de faire un test ADN et se découvre un cousin éloigné dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Après être entrée en contact avec lui, il l’invite à un somptueux mariage dans la campagne anglaise afin qu’elle rencontre sa nouvelle famille. D’abord sous le charme du séduisant aristocrate qui accueille les festivités, elle se retrouve rapidement plongée dans une lutte infernale pour sa survie en découvrant les sombres secrets de l’histoire de sa famille et les intentions troublantes de ses hôtes sous couvert d’une étrange générosité.

Retour apparent au cinéma gothique à l’ancienne

Critique : Réalisatrice d’origine australienne, Jessica M. Thompson est une femme déterminée qui a quitté son pays pour fonder sa propre compagnie de production aux Etats-Unis ; elle réalise son premier long-métrage en 2017, le drame The Light of the Moon sur les conséquences d’une agression sexuelle sur sa vie personnelle. Ce premier essai, resté inédit en France, a toutefois reçu d’élogieuses critiques outre-Atlantique, ce qui a suscité l’intérêt des majors.

Aussi, pour son second long, la jeune femme profite de l’appui de Sony/Screen Gems pour prendre du galon. Toutefois, on ne la retrouve pas là où l’on attendait. Elle abandonne curieusement le réalisme pour une fantaisie gothique et horrifique décevante qui ne reprend pas les codes du cinéma indépendant, contrairement aux itérations brillantes d’A24. La cinéaste livre à la place un film commercial décevant dont la seule cohérence est la visée féministe du projet, mais mise à portée d’adolescents.

Pour donner du cachet à son combat féministe et subvertir le genre classique de la romance, la réalisatrice part d’une fausse bonne idée : tourner un film d’horreur qui soit entièrement féminin. Ainsi, la quasi-totalité de l’équipe technique est ici féminine, au risque d’un apartheid artistique qui fonce droit dans les poncifs contemporains beaucoup trop vus à l’écran ces dernières années.

Et de fait, dans Le bal de l’enfer, l’auteure plonge une jeune fille métisse bien contemporaine – très juste Nathalie Emmanuel, surtout connue pour Game of Thrones – dans un univers qui lui est étranger, celui de la vieille aristocratie britannique. Invitée à un mariage afin de découvrir une branche méconnue de sa famille, la jeune femme débarque dans une demeure typique de l’architecture Tudor (en fait dénichée en Hongrie, non loin de Budapest, lieu de tournage moins onéreux que l’Angleterre). Elle y fait connaissance non seulement avec sa famille, mais aussi avec le maître des lieux, un séduisant lord joué avec délectation par un Thomas Doherty en mode « piège à filles ».

Un décor gothique très mal exploité

Durant cette (longue) introduction, Le bal de l’enfer se conforme à priori au cahier des charges du film romantique, avec son lot d’incohérences. Comment une jeune fille décrite comme moderne peut-elle se laisser séduire aussi facilement par un tel bellâtre ? Le récit manifeste une naïveté qui louvoie dans ce sens entre la saga Twilight ou encore 50 nuances de Grey où la fadeur l’emportait toujours sur la torpeur.

Afin de nous rappeler que nous sommes bien dans un film d’épouvante, la réalisatrice ponctue le métrage de disparitions mystérieuses qui ne semblent inquiéter personne. Ces séquences abusent d’ailleurs de jump scares et d’effets sonores tonitruants afin de faire sursauter le jeune spectateur. Ils démontrent surtout une limite narrative qui est malheureusement aussi formelle. La réalisation et le montage sont parfois questionnables (le découpage illisible de la séquence de la cave).

La réalisatrice ne fait finalement pas grand-chose des moyens dont elle dispose. Elle n’exploite pas la réalité du superbe décor gothique, dont un magnifique escalier central qui rappelle celui des Vampires (1957) de Freda et Bava, pour bâtir une terreur sourde qui aurait donné de la profondeur au sous-texte, en sondant les sentiments vertigineux de ses protagonistes. Le gothique n’est ici que de façade, réduit à des références et à du fan service. Il maquille mal les tenants et aboutissants qui ressortent de façon grossière : utiliser l’imagerie adolescente pour opposer de manière simpliste l’ancien et le nouveau mondes.

La guerre des sexes aura bien lieu

Entendez par là une thématique ô combien contemporaine – et donc éculée quand traitée de façon réductrice – qui voit l’affrontement entre le monde d’avant dominé par de vilains mâles blancs colonisateurs et le monde d’après incarné par une jeune femme métissée, indépendante et combattive. La thématique est assénée de manière pachydermique lors d’un dernier quart d’heure, vraiment éprouvant pour qui n’aime pas la surcharge métaphorique trop explicite.

Une fois de plus, Hollywood cumule les clichés binaires (hommes / femme ; blanc / noir ; bourreau / victime), pour légitimer un discours de vengeance des jeunes femmes modernes sur le mâle dominant. Le discours sans nuances gâche toute réflexion.

Avec Le bal de l’enfer, Jessica M. Thompson perd donc sur tous les plans en ne livrant ni un film de genre efficace  – la terreur y est nulle – ni une œuvre complexe sur le plan thématique car terriblement lisible dans ses intentions. Sur un thème assez similaire, on conseillera aux jeunes spectateurs de découvrir The Nightingale ou Get Out (Peele, 2017), auquel Le bal de l’enfer n’arrive jamais à la cheville et qui portaient de leur côté de féroces messages qui mettaient à mal les fondations de sociétés coloniales anglosaxonne. Ni plus ni moins.

Critique de Virgile Dumez & Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 24 août 2022

Le bal de l'enfer, l'affiche

© 2022 Mid Atlantic Films – Screen Gems / Affiche : BLT Communications, LLC. Tous droits réservés.

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Jessica M. Thompson, Nathalie Emmanuel, Sean Pertwee, Thomas Doherty, Stephanie Corneliussen, Alana Boden

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Le bal de l'enfer, l'affiche

Bande-annonce de Le bal de l'enfer (VOstf)

Epouvante-horreur, Gothique

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