La trilogie Majin : critique et test blu-ray (1966)

Fantastique, Action, Guerre | 1h23/1h18/1h27min
Note de la rédaction :
7/10
7
La Trilogie Majin, cover, jaquette 2D

  • Réalisateur : Kazuo Mori Kenji Misumi Kimiyoshi Yasuda
  • Date de sortie: 08 Avr 2020
  • Nationalité : Japonais
  • Compositeur : Akira Ifukube
  • Société de production : Daiei Film - Kadokawa Corporation 1966
  • Editeur vidéo : Le Chat qui Fume
  • Date de sortie vidéo : Avril 2020
  • Format : 2.0 DTS-HD (blu-ray); Dolby Digital AC3 (DVD)
Note des spectateurs :
[Total : 2   Moyenne : 3.5/5]

La Trilogie Majin se décline en fresques impressionnantes, redondantes par leur histoire, mais cinématographiquement et esthétiquement virtuoses. Godzilla peut retourner se confiner.

Synopsis : Daimajin, un géant de pierre haut de vingt mètres, vient aider des villageois opprimés par un seigneur tyrannique. Sorte d’équivalence au Golem issu de la mythologie juive, Daimajin (traduction littérale : “Grand Démon”) est une divinité de pierre endormie, ne se réveillant que pour porter secours au peuple et châtier l’oppresseur. Et ce dernier, qu’il soit chambellan ou monarque, peut alors trembler, car la vengeance de Daimajin n’a aucune limite !

La trilogie Majin : un must méconnu en France

  • Majin – 1966 – 1h23 : Réalisé par Kimiyoshi Yasuda
  • Le Retour de Majin – 1966 – 1h18 : Réalisé par Kenji Misumi
  • Le Dernier combat de Majin – 1966 – 1h27 : Réalisé par Kazuo Mori

Critique : A priori, en abordant la trilogie Majin, fresque de destruction massive en temps féodal avec géant divin, à mi-chemin entre Godzilla et le Golem, on appréhende l’ennui des mauvais films de monstres nippons des années 60, les Kaiju Eiga qui, huit fois sur dix, sondaient les eaux hasardeuses du nanar déguisé où le bâillement était de mise.

Surprise, ces inédits cinéma dans l’Hexagone, même pas édités en VHS sur notre territoire, et pourtant signés par des noms d’auteurs prolifiques à l’efficacité avérée (Yasuda, Misumi, Mori, qui ont notamment œuvré sur La légende de Zatoïchi ou Baby Cart pour Kenji Misumi) méritent largement l’investissement.

Réalisée et sortie en 1966, grâce au savoir-faire d’équipes d’artisans et de techniciens capables de soulever des montagnes en une poignée de mois, la trilogie initiée par le studio Daiei concurrent de la Toho, s’offrait une franchise franchement victorieuse, au niveau du succès qui demeurera d’un numéro à l’autre, mais surtout dans la qualité qui ne faillit pas, malgré un certain sentiment de répétition si l’on regarde les trois œuvres à la suite.

Critique et test blu-ray Majin

Big in Japan

Les récits quasi identiques, avec l’éveil du Majin, divinité enfermée dans une carapace de pierre, au sommet d’une montage, ou sur une île…, provoqué par les remous politiques qui bouleversent la région (guerre locale, prise de pouvoir shakespearienne au niveau du village…), ne présentent guère d’intérêt dans leur déploiement. Ce qui compte en revanche, c’est le réel point de vue artistique des artisans à la commande et comment ils déploient leur talent pour parer les histoires d’images marquantes où l’on se surprend de la composition des images, de l’ampleur des décors et des effets spéciaux qui nous scient par leur générosité.

Aucun des trois films ne vacille ; chacun s’érige en parangon d’un savoir-faire industriel, celui d’une cinématographie opulente qui produisait à la chaîne sans forcément se fourvoyer dans la ringardise, avec à chaque fois des idées de réalisation exceptionnelles, et un montage fastueux.

La trilogie Majin est une leçon de cinéma pour les contemporains que nous sommes, tous dépendants du tout numérique pour les décors et effets spéciaux. Les trois films opèrent une totale remise en place des CGI, déplaçant le blockbuster américain contemporain dans la catégorie du film de fonctionnaire où l’on n’est jamais plus époustouflé par les moyens déployés. Les inserts du Daimajin, avec de somptueuses contre-plongées et un montage rythmé, donnent de la prestance à chacun des spectacles.

Balance ton Godzilla au vestiaire

Les trois volets, même s’ils tardent à animer leur Majin face à l’oppression des villageois sous le joug d’un tyran usurpateur (comptons une bonne heure à chaque fois), effacent surtout le souvenir des déguisements grotesques de certains Godzilla et de ses ersatz, offrant grandeur et magnificence, dans son mélange de film de sabre moyenâgeux et de Kaiju Eiga.

On se demande comment l’on a pu nous cacher de telles petites réussites aussi longtemps, les trois films étant les émissaires d’une culture dans tout ce qu’elle a de singulier et d’enrichissant à offrir, tout en restant dans les balises du cinéma de genre que l’on aime. A vrai dire, on connaissait les visuels promotionnels japonais assez hideux, et même la jaquette de l’éditeur du Chat qui Fume qui mettait en avant le côté un peu rigide du dieu colère. Ils ne nous avaient pas séduits plus que cela. Mais une fois devant le géant de pierre, force retorse et vengeresse, qui aime écraser de ses pieds, broyer de ses mains, trancher de son sabre les impies, défoncer les murs et faire trembler les montagnes, les préjugés se dissipent et le plaisir reste jusqu’au bout des trois épisodes, même si le dernier, avec l’intrusion de quelques jeunes protagonistes cherchant à délivrer leurs pères, est moins charismatique pour les adultes.

Enfin disponible en France !

Cette découverte, aussi tardive que surprenante, est permise dans les conditions exaltantes de la HD à l’occasion d’un luxueux coffret concocté par Le Chat qui Fume. On y retrouve la jouissance des premières fois. Oui, le cinéma n’est que rêves et émerveillements, y compris en 2020 lorsque l’on a l’impression d’avoir déjà tout vu. Ivresse du spectacle garantie.

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La Trilogie Majin, cover, jaquette 2D

Design : Frédéric Domont – © Kadokawa Corporation 1966

Le combo blu-ray + DVD

Très épais coffret digipack, avec quatre disques, reprenant notamment sur trois des pans de la box les affiches japonaises originales. Collector, même si les visuels ne sont pas forcément des plus beaux. Le coffret comprend deux DVD et deux blu-ray, pour éviter de charger la charrue et ainsi se libérer de toute compression excessive. La trilogie Majin est proposée en édition limitée, avec seulement 1 000 exemplaires et pas un de plus mis en circulation. Vu la vitesse à laquelle les titres du Chat s’épuisent (Perversion Story, Le couteau de glace…), il ne faudra pas tergiverser trop longtemps. Le test a été effectué sur le coffret définitif, mis à disposition par l’éditeur

Les suppléments : 3.5 / 5

Deux très gros suppléments de 40 minutes ornent le coffret. Ils sont franco-français, home made puisque ce sont deux interviews produites par l’éditeur Le Chat qui Fume.

On commence avec une intervention historique précise de la part du spécialiste Fabien Mairo qui porte le genre Kaiju dans la peau. Le monsieur a déjà écrit deux ouvrages, Ishiro Honda: Humanisme monstre (2018) et Kaiju, envahisseurs & apocalypse (Aardvark éditions, 2020), et introduit donc le film dans un contexte de studios, avec les enjeux de la trilogie, la mise en place d’un projet sur un an, où l’on ne laissait que quelques mois aux équipes pour mettre en place les différents sequels… Passionnant.

Le cinéphile Fathi Beddiar qui revient régulièrement sur les bonus du Chat qui Fume (plus récemment sur les suppléments des deux films de Lustig que l’éditeur proposa en 2019), nous convie à un regard sur la trilogie à travers le prisme de l’acteur qui incarne le Majin, Chikara Hashimoto, un ancien joueur de baseball reconverti en acteur pour la Daiei. C’est très pointu, pas forcément passionnant pour les néophytes, peut-être parce que le sujet est trop pointu pour être honnête.

Image : 4.5/5

Quand on voit l’ignominie des copies mises en ligne sur YouTube, qui ne peuvent rendre justice aux films, on ne peut qu’applaudir le master des trois films, absolument magnifiques en HD. Après des premières parutions proposées en blu-ray au début des années 2010 dans les pays anglo-saxons, le coffret français propose des masters encore plus précis. Il s’agit ici de retranscrire des fresques épiques, dans des décors colossaux et variés où la profondeur de champs appuie cette relecture. C’est beau, du cinéma restauré dans des conditions qui ravivent la flamme pour ce cinéma d’époque.

Son : 3.5/5

Attention, les films n’ayant jamais été exploités en France, ni en salle, ni en VHS, il n’existe aucun doublage. C’est donc dans les pistes originales en DTS HD Master Audio que l’on goûte à la vengeance du Daimanjin. L’ensemble est très correct, avec une richesse notable dans les scènes d’action. Les dialogues demeurent toutefois limités dans la restitution vocale par moment.

Critique et test : Frédéric Mignard

Le Chat qui Fume sur CinéDweller

Le coffret de la Trilogie Majin

Design : Frédéric Domont © Kadokawa Corporation 1966

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