La femme-objet : la critique du film et le test blu-ray (1981)

Pornographique, Science-fiction, Fantastique | 1h26min
Note de la rédaction :
Non Noté/10
Non Noté
La femme objet, affiche du film de Claude Lansac

  • Réalisateur : Claude Mulot
  • Acteurs : Laura Clair, Richard Lemieuvre (Richard Allan), Marilyn Jess (Dominique Troyes / Patinette), Hélène Shirley (Nicole Segaud)
  • Date de sortie: 07 Jan 1981
  • Nationalité : Français
  • Titre original : La femme-objet
  • Titres alternatifs : Programmed for Pleasure (Titre international) / Science-Fiction Lady (Allemagne) / Tarada Sexual (Portugal) / Girl for Play (Brésil)
  • Année de production : 1980
  • Scénariste(s) : Claude Mulot (pseudo : Frédéric Lansac)
  • Directeur de la photographie : François About
  • Compositeur : Jean-Claude Nachon
  • Société(s) de production : Alpha France, F.F.C.M.
  • Distributeur (1ère sortie) : Alpha France
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Alpha Vidéo (VHS) / René Château Vidéo (VHS, 1991) / Alpha France (DVD) / Pulse Vidéo (blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Décembre 2020 (blu-ray)
  • Box-office Paris-périphérie : 61 554 entrées
  • Box-office nord-américain -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Adult Video News Awards 1986 : Meilleur Film étranger
  • Illustrateur / Création graphique : Pulse Vidéo - Vinegard Syndrome
  • Crédits : F.F.C.M.
Note des spectateurs :
[Total : 2   Moyenne : 5/5]

La femme-objet est non seulement un grand classique du X français, mais aussi un très bon film qui analyse les rapports hommes-femmes avec pertinence et audace. Le terme culte n’est absolument pas galvaudé ici.

Synopsis : Nicolas est un écrivain de science-fiction sexuellement insatiable. Epuisées, toutes ses partenaires finissent par le quitter. Il conçoit alors la partenaire idéale en donnant vie à une créature androïde obéissant à tous ses désirs. Mais la femme-objet manifeste sa propre volonté.

Un nouveau jalon dans la filmographie de Claude Mulot et Frédéric Lansac

Critique : Alors qu’il a tourné quelques films d’auteur très intéressants au début des années 70 (La rose écorchée, puis La saignée), le réalisateur Claude Mulot a peu à peu été happé par le milieu du cinéma X auquel il a contribué sous le pseudonyme de Frédéric Lansac (nom du personnage principal de son film gothique). Pas question pour autant de délaisser l’écriture pour ce jeune réalisateur qui signe le script et la réalisation du formidable Le sexe qui parle (1975), une référence pour tous les amateurs de cinéma porno dit de l’âge d’or.

Si tous les films pornographiques signés par Claude Mulot ne sont pas d’un niveau aussi satisfaisant, il fait partie des rares à posséder un style reconnaissable où le script, la réalisation et la tenue générale ne sont jamais sacrifiés sur l’autel de la fesse. Même constat avec La femme-objet (1980) qui est le second grand classique du cinéaste, alors en pleine possession de son art. Malgré un titre et un sujet apparemment uniquement destinés aux hommes, Claude Mulot parvient à signer une œuvre ambitieuse qui sonne aujourd’hui comme une revanche des femmes sur une masculinité exacerbée.

Une critique en creux du machisme et de la phallocratie

Certes, le long-métrage commence par décrire durant une quarantaine de minutes l’appétit sexuel hors normes du personnage principal, un écrivain de science-fiction. Celui-ci épuise ses partenaires par son besoin compulsif de faire l’amour plusieurs fois par jour. Si l’idée est amusante au départ, l’accumulation de scènes X confirme l’aspect maladif du personnage principal que l’on pourrait alors rapprocher de celui incarné bien plus tard par Michael Fassbender dans Shame (McQueen, 2011). Uniquement intéressé par sa jouissance personnelle, le protagoniste ne fait jamais attention au désir de ses partenaires et se comporte ainsi comme un mâle dominant au cœur d’une société patriarcale et machiste qui valide son attitude.

Le film va pourtant basculer dans sa seconde partie avec l’apparition de cette femme-objet qui semble la solution la plus adéquate pour l’obsédé insatiable. On sent déjà poindre une critique de la part du réalisateur qui regarde son personnage avec un œil distancié. Il organise ensuite une vengeance tout à fait jubilatoire lorsque celui-ci va perdre le contrôle de sa créature qui préfère se satisfaire avec d’autres femmes. Sans trop en dévoiler, Claude Mulot organise un renversement des valeurs qui est tout à fait jubilatoire puisque le macho est éjecté de l’équation et devient lui-même une machine sexuelle (ce qu’il était finalement déjà, sans s’en apercevoir).

Mulot signe une véritable œuvre cinématographique

Par une sorte de prescience hallucinante, Claude Mulot semble donc avoir anticipé cette révolte des femmes vis-à-vis d’une masculinité trop dominante et toxique. Il le fait pourtant au cœur d’une œuvre destinée à l’époque à un public majoritairement masculin. C’est bien entendu ce discours finalement nuancé et qui renvoie chaque sexe à ses responsabilités qui fait tout le sel du long-métrage aujourd’hui.

Les cinéphiles apprécieront également les nombreuses références cinématographiques qui parsèment le film, notamment dans le domaine du cinéma de science-fiction et fantastique. On cite ici de manière explicite La guerre des étoiles, mais aussi Frankenstein, ou encore Kim Novak par le biais du surnom donné à la femme-objet. Le tout est réalisé avec talent et un grand sens de la débrouillardise par un réalisateur doué, assisté à la photographie par François About et à la musique par Jean-Claude Nachon. La plupart des plans exploitent au mieux les décors mis à disposition (dont l’appartement personnel de Gérard Lauzier).

Marilyn Jess au firmament de sa beauté

Enfin, le film ne serait pas aussi réussi sans les prestations de l’ensemble du casting. On apprécie notamment le jeu de Richard Allan qui est largement mis à contribution. Mais bien évidemment, la révélation du film est bien Marilyn Jess qui avait jusqu’ici surtout obtenu des petits rôles secondaires et dont la beauté et le jeu minimaliste font ici merveille. Outre une plastique idéale, l’actrice joue parfaitement les robots sans que l’on sente l’effort ou la volonté d’en faire trop. Elle est à la fois totalement désirable, tout en ayant dans le regard une froideur robotique. On aime également le jeu d’Hélène Shirley qui incarne avec classe la première petite amie du personnage principal.

Bien entendu, certains passages font rire (l’arrivée du facteur est un passage obligé du genre que Mulot traite volontairement sur le ton de la comédie), mais le ton général se veut toutefois sérieux. Enfin, pour les amateurs de sexe pur et dur, le cinéaste n’est guère avare en séquences hard, même si elles servent toujours à faire avancer la narration et ne troublent donc aucunement la progression d’une œuvre bien équilibrée.

Devenu culte avec le temps, La femme-objet n’est pas seulement un excellent film X, mais tout simplement un très bon long-métrage de cinéma.

Interdit aux moins de 18 ans

Le test blu-ray :

La femme-objet, les visuels

© 1980 FFCM / Visuels : Pulse Vidéo – Vinegard Syndrome. Tous droits réservés.

Une édition rare et limitée uniquement disponible sur Internet par le biais d’un financement participatif. Nécessairement collector.

Compléments & packaging : 4,5 / 5

Le blu-ray est présenté dans un joli fourreau qui se déplie en plusieurs volets. Par contre, la faible épaisseur de l’objet surprend. Cela n’enlève rien à la classe de l’ensemble.

En ce qui concerne les suppléments vidéo, l’éditeur nous gâte avec un superbe entretien croisé (55 min) avec d’un côté Marilyn Jess et son compagnon Didier Philippe-Gérard (qui fut l’assistant du réalisateur sur le film) et de l’autre le producteur Francis Mischkind, mais aussi Richard Allan et le directeur de la photographie François About. Ceux qui ont l’habitude des suppléments auront droit à une légère redite puisque les passages avec Mischkind ont déjà été vus sur une édition du Chat qui Fume. Ils sont heureusement peu nombreux et le reste s’avère passionnant de bout en bout. On y découvre tous les secrets de fabrication de l’œuvre, ainsi que des artistes qui sont tous fiers d’avoir contribué à un film qui a marqué son époque.

Un autre module (11 min) nous invite à suivre la restauration du film en direct avec Francis Mischkind. Là encore très intéressant.

Enfin, la galette propose de suivre près d’une heure de bandes-annonces des films de Mulot, Lansac et Marilyn Jess. Indispensable.

L’image : 4,5 / 5

Très beau travail de restauration effectué sur ce long-métrage. Non seulement on n’a jamais vu le film dans un tel état de propreté, mais la netteté des images permet de profiter des éclairages de François About, de la profondeur de champ sur les plans en intérieur et de couleurs vives. La carnation est également parfaitement retranscrite et le confort de visionnage est donc total, si l’on excepte un ou deux plans plus instables.

Le son : 4 / 5

Nous n’avons testé que la piste française qui est parfaitement équilibrée et met en avant aussi bien les voix que la musique. A noter que l’éditeur propose également des pistes sonores en anglais, allemand et espagnol, tandis que des sous-titres anglais sont disponibles sur le film et le documentaire. De quoi satisfaire le public étranger qui saisira donc sans complexe cette édition de référence.

Critique et test blu-ray de Il est libre MaX

Les sorties de la semaine du 7 janvier 1981

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La femme objet, affiche du film de Claude Lansac

© 1980 Alpha France – F.F.C.M. Tous droits réservés.

Box-office :

Sortie le 16 janvier 1981 dans 11 salles, La femme-objet est un véritable succès. Avec 24 889 spectateurs, le film culte de Frédéric Lansac entre directement en 11e place du box-office parisien hebdomadaire, devant Veuves excitées qui se contente tout de même de 16 801 cochons sur 7 sites spécialisés.

Les films de la semaine sont surtout des continuations post-Noël, incluant La boum (4e semaine), la reprise des Cent-un dalmatiens, La cage aux folles 2, Inspecteur la Bavure, Superman 2 ou Un drôle de flic.

Propulsé par Alpha France, La femme-objet dispose des cinémas Alpha Elysées, Ciné Havre, Alpha Sébastopol, Nord Cinéma, Vedettes, Bastille Palace, Clichy Palace, Scala Galaxie, Maine Rive Gauche et Alpha Blanche. C’est au Ciné Havre, avec 3 559 tickets déchirés, que Marilyn Jess trouve le plus grand nombre de fans.

Beaucoup de galanterie en 2e semaine, avec encore 19 229 clients et une 15e place solide.

En 3e semaine, Claude Mulot/Frédéric Lansac doit accepter de céder des écrans car les sites sont réquisitionnés à un grand rythme pour un renouvellement constant. La production pornographique se rétracte dans 5 salles pour 8 875 retardataires et un total exquis de 52 993 Parisiens. Pour ne pas lasser les habitués, on le retire encore de 3 écrans pour sa semaine 4, avec l’Alpha Elysées ( 1610 entrées) et le Cinévog Montparnasse (954) comme seuls agitateurs de fantasme. En 7e semaine, le Neptuna, situé sur les Grands Boulevards, ne rameute pas moins de 2 717 admirateurs.

Avec une fréquentation de 61 554 spectateurs, La femme-objet ne sera pas le plus gros succès d’Alpha France, en 1981. Les bas de soie noire (124 003), Chaudes adolescentes (105 223), Soirées d’une épouse pervertie (88 733), Parties très spéciales (82 093) et La prof d’anglais (65 070) piègeront davantage de coquins dans leurs bas parisiens. Nous ne disposons pas des chiffres français.

En 1982, Alpha Vidéo éditera ce classique en VHS avec grand succès et l’intègrera dans sa collection Griffe Noire cette même année.

Frédéric Mignard

Griffe Noire Vidéo, Alpha France

© 1980 Alpha France – F.F.C.M. Tous droits réservés.

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