Johnny Colt (Starblack) : la critique du film (1967)

Western | 1h33min
Note de la rédaction :
6/10
6
Johnny Colt, starblack, affiche française

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Johnny Colt (Starblack) est une curiosité intéressante, en cela qu’elle concrétise l’union improbable du serial au western spaghetti.

Synopsis : Qui est vraiment Starblack, ce justicier masqué tout de noir vêtu qui défend les opprimés dans un petit village de l’Ouest contrôlé par des élites corrompues?

Critique : Après avoir signé son premier film, le western Un mercenaire reste à tuer (1965), le réalisateur et scénariste Giovanni Grimaldi décide de rendre hommage aux serials de son enfance avec ce Johnny Colt. Dès la scène d’ouverture, on retrouve tout ce qui fait la candeur du genre. Un héros vigoureux élimine des méchants sous les bravos de jeunes filles en fleurs. Néanmoins, cette introduction en trompe-l’œil est loin de retranscrire la singularité du film. En effet, si Johnny Colt revêt les atours d’un spectacle familial, il est parsemé d’éclats de violence et de sadisme all’italiana qui viennent bouleverser notre horizon d’attente. Ainsi, et comme le soulignent de manière malicieuse certains commentateurs sur la toile, nous sommes devant « un film pour enfants sous acides ».

Johnny Colt est un film hybride

De fait, Johnny Colt joue constamment de cette dualité. Tout d’abord, au niveau de la réalisation. Celle-ci se veut la plupart du temps très classique et efficace. Toutefois, Grimaldi n’hésite pas à proposer des travellings réussis, des plans en hauteur et de très beaux cadrages qui mettent son héros en valeur. Il va parfois même se révéler audacieux, notamment lors d’une séquence en vue subjective où Starblack vient à bout d’une bande d’agresseurs. Le réalisateur développe un style propre et ne cherche pas à tout prix à singer Leone, dont on sent toutefois l’influence lors du duel final, au demeurant très réussi.

Johnny Colt est un film qui aime déjouer notre horizon d’attente

De même, le scénario se révèle assez convenu dans ses grandes lignes, empruntant beaucoup à des personnages canoniques. Le comparse muet du héros, incarné par l’athlétique Howard Ross, rappelle immanquablement le Bernardo de Zorro et par certains aspects le Robin de Batman. Quant à la relation liant Starblack à l’héroïne du film, elle évoque celle de Superman et Lois Lane. Enfin, le début du film renvoie à la situation initiale du Hamlet de Shakespeare. Toutefois, le métrage se détache très vite de cette influence. Il n’est pas, comme Django porte sa croix, une adaptation de l’œuvre du Barde. Tout ce classicisme se révèle parfois un peu trop convenu et peut provoquer un certain ennui. Néanmoins, le script se permet le luxe de traits d’humour réussis et d’un retournement de situation plutôt inattendu, qui nous montre une fois de plus que l’univers de Starblack est plus complexe qu’il n’y paraît.

L’hommage sincère d’un passionné

Autre référence au western classique, le protagoniste se révèle être un cowboy chantant, se baladant toujours la guitare à la main. A noter que Robert Woods a lui-même écrit et interprété sympathique le thème du film. Néanmoins, le tout est gâché par une scène chantée dans laquelle la synchronisation labiale est complètement ratée. De façon générale, l’acteur se révèle assez moyen et peine à convaincre lorsqu’il ne revêt pas son costume, ce qui est aussi dû au fait que son personnage soit un peu benêt. Le reste du casting est correct, même si Franco Lantieri, l’antagoniste et Eugenio Galadani, l’old timer du film, ont tendance à cabotiner.

Johnny Colt est donc un spectacle agréable et parfois surprenant dans la multiplicité de tons qu’il adopte. Certes, son budget semble très maigre, comme le trahissent ces scènes de nuits complètement ratées, misant tout sur les bruitages, ou ces paysages qui, quoique magnifiques, sont tout de même très transalpins. Néanmoins, le village se révèle très crédible et bien mis en valeur par des plans dans lesquels la caméra a été surélevée, ce qui apporte toujours un plus au niveau de la production . Le film jouit de scènes d’action variées et très réussies, en dépit d’une scène de pugilat dans le saloon qui s’étend en longueur.

En définitive, Grimaldi dépeint ici un Far-West de bande dessinée très attachant, à la faveur de costumes impeccables et d’un héros très charismatique. Sa démarche préfigure celle qu’adopteront Lucas et Spielberg pour leurs Indiana Jones et fait de ce Johnny Colt une œuvre à recommander à la fois aux amateurs de serials et de westerns italiens.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

Johnny Colt, starblack, affiche française

© 1966/Paolo Moffa /Ambrosiana Cinematografica/ Melodie Film/Cineprodis Films

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