Que vous détestiez les films de Jean Rollin ou que vous leur trouviez un charme fou, ce documentaire est là pour vous faire pénétrer dans une œuvre inclassable et foutraque, menée par un artiste incompris définitivement attachant.
Synopsis : Qui était Jean Rollin ? Un homme qui a côtoyé pendant son enfance certains des plus grands intellectuels du XXe siècle. Un artiste qui a collaboré avec Marguerite Duras pour son premier film. Un réalisateur à la carrière singulière et unique en son genre dans le cinéma français, avec des films ouvertement fantastiques, surréalistes, poétiques – déconcertants. Un cinéaste assassiné depuis toujours par la critique, alors que de nombreux fans le vénèrent en Europe et aux États-Unis. Jean Rollin a signé une œuvre marginale et méconnue traversée par la mort et la nostalgie, et dont la principale obsession était le temps de l’errance et du rêve. Disparu brutalement l’hiver dernier pendant le montage de ce documentaire, Jean Rollin apporte un témoignage précieux sur une carrière d’indépendance et de franc-tireur qui force le respect.
Jean Rollin, le rêveur égaré, documentaire posthume d’une incroyable nécessité
Critique : Il aura fallu près de cinq ans pour que les deux documentaristes Damien Dupont et Yvan Pierre Kaiser mettent un point final à leur travail sur le cinéaste Jean Rollin. Entre-temps, le réalisateur est décédé fin 2010 à l’âge de 72 ans et les nombreux entretiens qui jalonnent ce documentaire prennent aujourd’hui une valeur de témoignage indispensable pour tous les fans du cinéaste français jadis le plus détesté de tous les temps.
Jean Rollin revient avec une grande humilité sur son parcours personnel, d’une enfance marquée par la figure maternelle, muse de très nombreux peintres et artistes surréalistes, à la découverte du cinéma de Bunuel jusqu’à la première et douloureuse expérience de son premier long-métrage (L’itinéraire marin), œuvre mutilée et inachevée désormais disparue. Alors que ce galop d’essai dialogué par Marguerite Duras aurait dû influer favorablement sur son destin, il a en réalité signé sa perte. Effectivement, le réalisateur s’est ensuite spécialisé dans le cinéma d’horreur vampirique à partir de 1968 et du scandale du Viol du vampire. Dès lors, l’incompréhension entre le cinéaste d’une part et les critiques et le public d’autre part n’aura de cesse. L’homme, très jovial, s’en désole bien évidemment, mais reste pourtant fidèle à lui-même jusqu’au bout.
Grâce à de pertinentes interventions de ses anciennes actrices et d’éminents critiques, le documentaire ne se borne pas à une simple réhabilitation d’un cinéaste souvent considéré comme le Ed Wood français. Les différents témoignages mettent clairement en exergue les qualités de l’homme Rollin, l’originalité de son univers si personnel et sa farouche indépendance vis-à-vis d’un système qui le rejette toujours, mais ils n’hésitent pas à s’amuser de l’incapacité du cinéaste à diriger ses acteurs (souvent pathétiques) et de son manque de sérieux dans la conception de ses longs-métrages. Favorable à la pureté du geste créateur, Rollin faisait profession de foi de tourner et d’écrire vite sans jamais revenir sur le travail effectué (il faisait rarement plus d’une prise). Ces fulgurances se révélaient donc souvent être des séquences complètement ratées, mais intégrées tout de même au métrage final au lieu de finir sur la table de montage. D’où aussi l’incohérence manifeste du résultat final.
Une oeuvre hantée par la marginalité d’un art
Toutefois, malgré cet amateurisme constant, Jean Rollin a construit peu à peu une œuvre hors du temps, échappant à toutes les conventions d’un cinéma normalisé. Oui, il y a des faux raccords, oui les acteurs jouent faux, oui la continuité entre les plans se révèle problématique, mais Jean Rollin s’en fout et revisite l’enfance du cinéma à chaque plan. Si l’on est donc ravi de voir un documentaire qui ose célébrer l’auteur le plus haï du cinéma français, on doit émettre tout de même quelques petites réserves. Effectivement, on peut regretter de ne pas voir davantage le cinéaste à l’œuvre (le tournage de son dernier long Le masque de la méduse s’y prêtait pourtant), tandis que ses œuvres des années 80 ont été balayées d’un revers de manche de manière assez inexplicable (on n’évoque jamais La morte vivante, ni même Les trottoirs de Bangkok, pourtant l’un de ses plus gros succès). De même, il aurait été intéressant d’approfondir le problème récurrent de la distribution de ses films, et ceci jusqu’aux plus récents. Comme quoi, une heure et vingt minutes ne suffisaient aucunement à épuiser le “cas Jean Rollin”.
Quoi qu’il en soit, ce très joli documentaire rend un hommage vibrant et honnête à cette inclassable figure du cinéma hexagonal, qu’il soit considéré par beaucoup comme un pape de la série Z ou par quelques-uns, dont l’auteur de ces lignes, comme un véritable poète maudit, un éternel incompris du septième art.
Critique de Virgile Dumez

Editeur : The Ecstasy of Films. All Rights Reserved.
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