Frankenstein : la critique du film de Guillermo del Toro (2025)

Fantastique, Gothique | 2h29min
Note de la rédaction :
4,5/10
4,5
Affiche de Frankenstein avec Jacob Elordi et Mia Goth

  • Réalisateur : Guillermo del Toro
  • Acteurs : Jacob Elordi, Mia Goth, Oscar Isaac, Christoph Waltz, Charles Dance, Ralph Ineson, Santiago Segura, Nikolaj Lie Kaas, Felix Kammerer, Lars Mikkelsen
  • Date de sortie: 07 Nov 2025
  • Année de production : 2025
  • Nationalités : Américain, Mexicain
  • Titre original : Frankenstein
  • Titres alternatifs : Frankenšteinas (Lituanie)
  • Casting : Oscar Isaac, Jacob Elordi, Christoph Waltz, Mia Goth, Felix Kammerer, Charles Dance, David Bradley, Lars Mikkelsen, Christian Convery, Nikolaj Lie Kaas, Kyle Gatehouse, Lauren Collins, Sofia Galasso, Joachim Fjelstrup, Ralph Ineson, Peter Millard, Peter MacNeill, Burn Gorman, Sean Sullivan, Stuart Hughes, Gord Rand, Kenton Craig, Val Ovtcharov, Anders Yates, Adam Brown, Santiago Segura, Dexter Stokes-Mellor, Shian Denovan, Mark Steger, Rafe Harwood, Gregory Mann, Roberto Campanella, Rebecca Lawson-Turner, Warren Albert, Kim Morgan, Chris Andrews, Lewis Landini, William John Banks, Tess Letham, Alexandros Beshonges, Maria Peneva, Kieran Brown, Jessica Roberts-Smith, Rachel Elderkin, Jennifer Steele, Jorja Follina, Malcolm Sutherland, Alex Henderson, Luke Watson, Yasmin Hepburn, Pawel Wieczorek, Matthew Barr, Liam Bell, Christopher Brown, Mark Burns, Sharon Canovas, Trevor Carter, Liubov Elkina, Paul Donnelly Jnr, Lucas Kelly, Sarah Isabella Kerr, Ethan Keyes, Duff MacDonald, Ryan James Mack, Brody Maurice, Cullen McFater, John McManus, Chris Morchain, Peter Rooney, Daniel Ryan-Astley, Drake Sanderson, Matt Schichter, Nathan Scott, Jason Alan Staines, Kitu Turcas, Thomas Walsham, Mark Wilkinson
  • Scénariste : Guillermo del Toro
  • D'après le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley
  • Monteur : Evan Schiff
  • Directeur de la photographie : Dan Laustsen
  • Compositeur : Alexandre Desplat
  • Cheffe Maquilleuse : Oriana Rossi
  • Cheffe décoratrice : Tamara Deverell
  • Directeurs artistiques : Celestria Kimmins, Emer O'Sullivan
  • Producteurs : J. Miles Dale, Guillermo del Toro, Scott Stuber
  • Producteurs exécutifs :
  • Sociétés de production : Double Dare You (DDY), Demilo Films, Bluegrass Films
  • Plateforme de diffusion : Netflix
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Budget : 120 000 000 $
  • Classification :
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Atmos
  • Festivals : Mostra de Venise 2025 : sélection officielle, en compétition
  • Nominations : Critics' Choice Movie Awards 2026 : Meilleur film ; Meilleure réalisation ; Meilleur scénario adapté ; Meilleure photographie ; Meilleurs effets visuels ; Meilleure musique de film / Goldens Globes 2026 : Meilleur film dramatique ; Meilleure réalisation ; Meilleur acteur dans un film dramatique pour Oscar Isaac ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Jacob Elordi ; Meilleure musique de film / BAFTA 2026 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Jacob Elordi ; Meilleurs décors ; Meilleurs costumes ; Meilleurs maquillages et coiffures ; Meilleure photographie / Oscars 2026 : Meilleur film ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Jacob Elordi ; Meilleur scénario adapté ; Meilleurs décors ; Meilleurs costumes ; Meilleurs maquillages et coiffures ; Meilleure photographie ; Meilleur son ; Meilleure musique de film
  • Récompenses : Critics' Choice Movie Awards 2026 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Jacob Elordi ; Meilleurs costumes ; Meilleurs maquillages et coiffures ; Meilleure direction artistique
  • Illustrateur/Création graphique : © Empire Design (affiche). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Netflix. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Claire Wilson
  • Tagline : Seuls les monstres se rêvent tout-puissants
Note des spectateurs :

Œuvre baroque, grandiloquente et boursouflée, le Frankenstein de Guillermo del Toro clame à chaque plan son génie et finit par laisser indifférent devant tant de vaine agitation. Kitsch.

Synopsis : Victor Frankenstein, un scientifique aussi brillant qu’égocentrique, donne vie à une créature dans le cadre d’une expérience monstrueuse qui mènera tragiquement le créateur et sa création à leur perte.

Et pour une version de plus…

Critique : Véritable arlésienne pour le cinéaste Guillermo del Toro, Frankenstein est un projet qu’il porte en lui depuis le début des années 2000, mais qui a été sans cesse repoussé. Effectivement, le réalisateur a toujours pensé que tout n’avait pas été dit sur ce mythe issu du livre de Mary Shelley Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) et il comptait en livrer une sorte de version définitive.

Pour cela, Guillermo del Toro a conçu son scénario en trois mouvements inégaux en durée, à savoir un prélude situé dans les glaces de l’Arctique, puis un récit conté par Victor Frankenstein à la première personne et enfin la vision de la Créature sur les événements. Cette structure ternaire devait ainsi permettre d’embrasser la complexité du roman épistolaire, tout en créant de toute pièce de nouveaux personnages. Ainsi, Guillermo del Toro plonge également dans l’enfance du comte Frankenstein et l’on fait notamment la connaissance de son père, toujours impérial Charles Dance, un monstre de froideur. Cela explique notamment le comportement autocentré du savant qui pense défier la mort afin de pouvoir se venger du décès de sa mère adorée.

FRANKENSTEIN. Jacob Elordi est la Créature dans Frankenstein.

Cr. Ken Woroner/Netflix © 2025.

Un excès de littéralité

Tous ces éléments permettent effectivement de mieux appréhender le personnage, mais cela a également pour conséquence de ne plus rien laisser dans l’ombre. C’est d’ailleurs le gros reproche que l’on peut adresser à cette nouvelle version que de vouloir tout expliciter jusqu’à l’excès. Lorsque le roman laissait des zones d’ombres, Guillermo del Toro arrive avec ses gros sabots pour fournir une explication qui se veut la plus crédible et scientifique possible.

Si le réalisateur n’a jamais fait preuve de beaucoup de finesse dans son traitement des thématiques qui lui sont chères – en gros, les monstres ont un cœur et les hommes sont les véritables créatures démoniaques – il franchit ici un cap dangereux puisque ses idées poétiques se heurtent à une littéralité qui ne lui convient pas du tout.

Oscar Isaac dans Frankenstein de Guillermo Del Toro (2025)

Cr. Ken Woroner/Netflix © 2025.

Un budget colossal qui se matérialise par des effets numériques douteux

Visiblement très heureux de pouvoir disposer d’un budget colossal de 120 millions de dollars grâce à son contrat d’exclusivité avec la plateforme Netflix, Guillermo del Toro n’a pas su se maîtriser et a décidé de matérialiser à l’écran toutes ses idées, y compris les plus improbables, à grands coups d’images de synthèse. En fait, son Frankenstein croule littéralement sous le poids d’effets numériques parfois franchement ratés.

Ainsi, des scènes qui devaient être magnifiques sur le papier deviennent carrément embarrassantes lorsque la Créature donne à manger à un cerf numérique foireux et lorsqu’il se bat avec une horde de loups générés eux aussi par des techniciens du numérique peu inspirés. Le résultat à l’écran s’avère d’une laideur peu commune et contradictoire avec le propos puisque le cinéaste souhaite ici chanter la beauté de la nature en créant un environnement entièrement factice.

Du baroque à la boursouflure, il n’y a qu’un pas!

Si l’on reconnaît indéniablement la patte du réalisateur du Labyrinthe de Pan (2006) et surtout de La Forme de l’eau (2017) par le soin extrême apporté aux décors, aux lumières (assez kitsch tout de même) et aux costumes, son Frankenstein se rapproche finalement davantage de son film gothique Crimson Peak (2015) qui ne compte pas parmi ses plus grandes réussites. A vouloir trop embrasser le genre gothique, del Toro en donne une version rococo où tout est emphatique et boursouflé à l’excès.

Dès lors, l’histoire passe quasiment au second plan, d’autant qu’on la connait par cœur, et il ne reste qu’à feuilleter un beau livre d’images désincarnées, réalisées par un auteur qui clame son génie à chaque scène. Tous les plans se veulent flamboyants et paroxystiques, ce qui finit inexorablement par indifférer au bout de deux heures et demie de projection. Le spectateur, sans cesse sollicité par des éléments de décor, des lumières ou des effets, en oublie d’être ému par ce qui se déroule à l’écran.

FRANKENSTEIN. Jacob Elordi est la Créature dans Frankenstein.

Cr. Ken Woroner/Netflix © 2025.

Frankenstein, un grand barnum kitsch

Ainsi, lorsque le château du comte brûle, del Toro ne peut se contenter d’un simple incendie et met en scène une explosion surréaliste. Quand le comte rêve, le cinéaste ne peut s’empêcher de matérialiser son cauchemar à grands renforts d’effets numériques. Et tout est à l’avenant dans ce grand barnum où tout est explicité jusque dans les dialogues (le frère de Victor qui proclame : « C’est toi le véritable monstre », comme si on ne l’avait pas compris depuis longtemps).

Au milieu de ce déluge de moments outranciers, les acteurs font ce qu’ils peuvent pour exister. Ainsi, Oscar Isaac a opté pour un cabotinage assez énervant tant il clame à chaque seconde sa folie. Face à lui, Jacob Elordi compose une Créature pour laquelle on se prend forcément d’affection, mais qui ne fait jamais peur, même lors des scènes d’affrontement à cause de son aspect trop lisse. Le personnage interprété par Christoph Waltz ne sert tout bonnement à rien sinon à justifier les dépenses du comte pour réaliser son expérience.

Enfin, Mia Goth constitue assurément la plus grosse erreur de casting puisque le cinéaste contraint la diva trash à devenir un simple fantasme féminin, ce que la jeune femme n’est assurément pas. On sent d’ailleurs l’actrice maintenue à distance et visiblement mal à l’aise dans un emploi de potiche qui ne lui convient absolument pas.

Mia Goth dans Frankenstein, avec Oscar Isaac

Cr. Ken Woroner/Netflix © 2025.

De la grandiloquence… pour pas grand-chose

Bien entendu, Frankenstein est esthétiquement abouti, mais la folie des grandeurs du cinéaste a fini par déteindre sur le produit fini. A force de vouloir en faire toujours plus dans le grandiloquent, Guillermo del Toro a pris le risque de friser le ridicule. S’il n’y tombe jamais, il est assurément ici l’auteur de la version la plus kitsch possible d’une œuvre qu’il voulait noire et émouvante. Ou comment passer à côté de son sujet.

D’ailleurs, lors de sa présentation à la Mostra de Venise 2025 en compétition officielle, le métrage est reparti bredouille. Désormais, il est présent aux Oscars 2026 avec neuf nominations dont celles du meilleur film et du meilleur acteur dans un second rôle pour Jacob Elordi. Toutes les autres statuettes sont d’ordre technique. Un signe ?

Critique de Virgile Dumez

Voir le film sur Netflix

Affiche de Frankenstein, avec Oscar Isaac et Mia Goth

Design : Empire Design – © 2025 Netflix

Biographies +

Guillermo del Toro, Mia Goth, Oscar Isaac, Christoph Waltz, Charles Dance, Ralph Ineson, Santiago Segura, Nikolaj Lie Kaas, Felix Kammerer, Jacob Elordi, Lars Mikkelsen

Mots clés

Cinéma américain, Exclusivités Netflix, Frankenstein au cinéma, Les relations père-fils au cinéma, Les monstres et freaks au cinéma

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Affiche de Frankenstein avec Jacob Elordi et Mia Goth

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Fantastique, Gothique

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