Diaboliquement vôtre : la critique du film (1967)

Thriller | 1h33min
Note de la rédaction :
4/10
4
Diaboliquement vôtre, l'affiche

  • Réalisateur : Julien Duvivier
  • Acteurs : Alain Delon, Senta Berger, Claude Piéplu, Sergio Fantoni, Peter Mosbacher
  • Date de sortie: 22 Déc 1967
  • Nationalité : Français, Italien, Allemand
  • Année de production : 1967
  • Scénariste(s) : Julien Duvivier, Roland Girard, Jean Bolvary, Paul Gégauff, d'après le roman Manie de la persécution de Louis C. Thomas
  • Directeur de la photographie : Henri Decaë
  • Compositeur : François de Roubaix
  • Société(s) de production : Comacico, Eichberg-Film, Igor Film
  • Distributeur (1ère sortie) : SNC
  • Éditeur(s) vidéo : VIP (VHS, 1978) / Carrère Vidéo (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 23 mai 2005
  • Box-office France / Paris-périphérie : 835 942 entrées / 176 642 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Bambi (récompenses de la presse allemande) de la meilleure actrice en 1968 pour Senta Berger.
  • Illustrateur / Création graphique : Charles Rau
  • Crédits : © 1967 StudioCanal Image - Pegaso S.R.L. - Eichberg Film GMBH
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Classique thriller à machination, Diaboliquement vôtre pâtit d’une distribution hétérogène, d’un script prévisible et d’une réalisation atone. Un échec patent.

Synopsis : Devenu amnésique après un grave accident de voiture, Georges Campos ne reconnaît plus son entourage. De retour dans sa demeure, le jeune homme fait d’horribles cauchemars et se retrouve confronté à d’étranges situations. Dès lors, Georges est persuadé que l’on souhaite l’assassiner, au grand dam de sa femme.

Diaboliquement vôtre, un thriller à machination

Critique : Depuis le milieu des années 50, le film d’Henri-George Clouzot Les diaboliques (1955) a fait de nombreux émules, à tel point qu’au cours des années 60 on peut voir la naissance d’un sous-genre particulier que l’on peut appeler le thriller à machination. Ce type de thriller sophistiqué puise à la fois dans l’œuvre tortueuse des écrivains Boileau et Narcejac que dans le cinéma d’Alfred Hitchcock. La frontière entre eux est d’ailleurs poreuse puisque le maître du suspense a adapté les premiers avec Sueurs froides (1958).

En 1967, le producteur français Raymond Danon, fidèle collaborateur de Jean Gabin et de Louis de Funès, décide de financer l’adaptation d’un roman de Louis C. Thomas intitulé Manie de la persécution. L’écrivain est surtout connu à l’époque pour une série de romans mettant en scène le commissaire Paron, mais aussi pour avoir signé les scripts de nombreux épisodes de la série télévisée populaire Les cinq dernières minutes. Raymond Danon parvient à monter une coproduction avec l’Italie et l’Allemagne, avec en tête de distribution la star Alain Delon. Enfin, la réalisation est confié au vétéran Julien Duvivier.

Duvivier en mode automatique

Le résultat est un thriller très décevant par la faute d’une intrigue peu enthousiasmante et de choix artistiques douteux. Cela commence pourtant de manière encourageante par un générique dynamique où Julien Duvivier semble retrouver une seconde jeunesse. Il utilise notamment un montage très cut qui confère au long-métrage un petit goût de Nouvelle Vague et de psychédélisme pop. Las ! ce seront les seules séquences concernées par une quelconque audace stylistique. La suite rentre malheureusement dans le rang et confirme que Duvivier était désormais un cinéaste au passé prestigieux, mais lointain.

Avec Diaboliquement vôtre – merci pour la référence aux Diaboliques jusque dans le titre choisi par la production – le réalisateur semble enfoncer des portes ouvertes avec cette histoire d’amnésique manipulé par son entourage proche. Dès les premières minutes, le spectateur devine la plupart des éléments d’une intrigue trop évidente. Le problème vient du fait que le cinéaste fonde l’intégralité du long-métrage sur son retournement de situation final que l’on a anticipé… une bonne heure avant la fin. Entre-temps, on s’ennuie beaucoup.

Alain Delon impérial au sein d’un casting dépareillé

Ne reste qu’à admirer le bel Alain Delon au sommet de son talent. Il parvient d’ailleurs à rendre la projection supportable à lui tout seul tant il irradie de sa présence féline chacune de ses scènes. Il n’est pourtant pas aidé par un casting hétérogène où l’on croise l’Autrichienne Senta Berger – passable – l’Allemand Peter Mosbacher en Asiatique pervers – bof – et l’Italien Sergio Fantoni en médecin fourbe – plutôt correct. Si chaque acteur joue sa partition avec sérieux, les quatre réunis ne font guère d’étincelles et on ne sent pas d’alchimie particulière entre eux.

La faute sans doute à un Julien Duvivier en bout de course que l’on ne sent pas très convaincu du script qu’il doit illustrer. Il se contente ici du minimum syndical et ne parvient même pas à créer une atmosphère réellement étrange. S’il anticipe de peu le regain du thriller à machination venu d’Italie, force est d’admettre qu’il est loin d’égaler le travail d’artisans comme Romolo Guerrieri (L’adorable corps de Deborah, 1968) ou encore d’Umberto Lenzi sur son cycle avec Caroll Baker (Une folle envie d’aimer, Si douces, si perverses et Paranoïa entre 1969 et 1970). D’une grande platitude, la réalisation de Duvivier n’est ici que fonctionnelle et peut même tomber dans le ridicule lors du règlement de comptes final, particulièrement raté.

Diaboliquement vôtre, film posthume très oubliable

Lors de sa sortie, Diaboliquement vôtre a été globalement épargné par les critiques car le pauvre Julien Duvivier venait tout juste de mourir d’un arrêt cardiaque alors qu’il conduisait. Circonstance particulièrement ironique quand on pense que le film qu’il était sur le point de finaliser parlait justement d’un accident de la route. Toutefois, force est d’admettre que ce qui resterait comme son dernier film n’est pas une réussite. Le grand public n’a d’ailleurs pas plébiscité ce thriller puisqu’il n’a cumulé que 835 942 entrées sur tout le territoire français, à une époque où Delon attirait largement plus du million de spectateurs à chaque film. Il sortait d’ailleurs du triomphe obtenu par Le samouraï (Melville, 1967), œuvre pourtant moins facile d’accès en apparence.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 20 décembre 1967

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Diaboliquement vôtre, l'affiche

© 1967 StudioCanal Image – Pegaso S.R.L. – Eichberg Film GMBH / Affiche : Charles Rau. Tous droits réservés.

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