De sang froid (The Boys Next Door) : la critique du film et le test Blu-ray (1987)

Thriller, Polar, Drame | 1h31min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
De sang froid (The Boys Next Door), affiche originale 1987 (Satori Publicité)

  • Réalisateur : Penelope Spheeris
  • Acteurs : Patti D’Arbanville, Charlie Sheen, Maxwell Caulfield
  • Date de sortie: 02 Sep 1987
  • Année de production : 1985
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Boys Next Door
  • Titres alternatifs : The Boys Next Door (blu-ray, Carlotta France), I ragazzi della porta accanto (Italie), Blinder Hass (Allemagne), Los chicos de al lado (Espagne), Odio ciego (Colombia), Fim-de-Semana Criminoso (Portugal), Generación sangrienta (Chili), No Apparent Motive (Australie)
  • Scénaristes : Glen Morgan, James Wong
  • Directeur de la photographie : Arthur Albert
  • Monteur : Andy Horvitch
  • Compositeur : George S. Clinton
  • Producteurs : Sandy Howard, Keith Rubinstein
  • Sociétés de production : New World Pictures, Republic Entertainment International
  • Distributeur : Metropolitan Film Export
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Unicorn (VHS), EuropaCorp (DVD, 2010), Severin Film (Blu-ray USA, 2020), Carlotta (DVD, Blu-ray, France)
  • Date de sortie vidéo : 5 mai 2010 (DVD), 19 mai 2021 (DVD, Blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 11 596 entrées P.P.
  • Box-office USA / Monde 5 000 0000
  • Budget : 5 000 000$
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans à sa sortie
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur / Mono
  • Festivals et récompenses : Chicago International Film Festival (1985), New York City, New York (1985)
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : Copyright © 1984 The Killer Venture Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

De sang froid (The Boys Next Door) est une série B méconnue des années 80, hargneuse et nihiliste, qui démontre l’absurdité de la violence par une réalisatrice égérie de la scène punk américaine.

Synopsis : Roy Alston et Bo Richards sont deux adolescents marginaux qui s’ennuient ferme au lycée. Fraîchement diplômés, ils n’ont d’autre perspective qu’une vie de dur labeur à l’usine locale. Pour leur dernier week-end de liberté, ils décident de partir en virée à Los Angeles. Les années de rage et de frustration contenues vont déclencher en eux une véritable folie meurtrière…

Une réalisatrice issue de la scène underground pour un film post-punk nihiliste

Critique : Totalement passé inaperçu en France, lors de sa sortie par le distributeur naissant Metropolitan FilmExport, De sang froid a fermé l’été 1987, en arborant fièrement une interdiction aux moins de 18 ans sur son affiche. Et pour cause, la réalisatrice punk Penelope Spheeris, pas encore rattrapée par le système hollywoodien, poursuivait son introspection d’une jeunesse à cran, celle de la marge, ici sociale. La future cinéaste grunge (Wayne’s World) retrouvait son esprit de documentariste de l’underground (The Decline of the Western Civilization) ou les racines de son fameux film Les loubards (Suburbia), directement édité en VHS chez Vestron Vidéo en France, où l’immersion dans la misère sociale était plus réaliste et plus granuleuse, que celle de De sang froid.

Maxwell Caulfield et Charlie Sheen dans The Boys Next Door (De sang froid)

The Boys Next Door © The Killer Venture. Tous droits réservés.

En effet, punk dans ses propos, abîmé des méninges dans sa description du racisme et de l’homophobie, De sang froid est aussi beaucoup plus lisse dans son image que le travail précédent de l’auteure qui passait du cinéma indépendant fauché à celui de la série B commerciale au cœur d’une production adolescente aseptisée, celle de l’écurie John Hugues si populaire en ce temps.

Homophobe ou homo-érotique ?

Roy Alston et Bo Richards, deux jeunes lycéens paumés, en situation d’échec, quittent leur bled pour quelques nuits, et font une virée meurtrière à Los Angeles. Les deux dingos qui assènent la bêtise du disque dur cérébral effacé, et la mort abjecte là où ils passent, sont aussi incarnés par des dieux vénérés par les minettes de l’époque. Charlie Sheen, fils de, au parcours de chaos hollywoodien aussi vertigineux dans son ascension que sa chute, et Maxwell Caulfield, à la carrière achevée quand elle démarra, par le bide monumental de Grease 2 en 1982, donnaient de leur image dans ces rôles physiques. Pour Caulfield, l’enjeu est important. Aux yeux des studios, il porte le poids du bide du sequel de Grease en succédant à John Travolta face à Michelle Pfeiffer. Le jeune comédien accepte The Boys Next Door (titre VO, sans référence cinématographique au classique de Richard Brooks) faute de proposition de studio. Ces deux-là sont des belles gueules de couverture de magazine, et pour Caulfield, la perfection du corps en plus, souvent exhibée en trophée par la caméra de la réalisatrice qui ne s’en prive pas, lui octroyait un charisme sexuel encore plus puissant. Dans sa monstruosité, De sang froid a un cachet sensuel et homo-érotique évident.

Maxwell Caulfield et Charlie Sheen dans The Boys Next Door (De sang froid)

Maxwell Caulfield et Charlie Sheen dans The Boys Next Door (De sang froid)

Malgré cet aspect un peu lisse du casting eighties, De sang froid garantit une réflexion de série B underground, cash et terrifiante. L’ambiance et la cruauté du milieu, le poids du déterminisme, l’incapacité intrinsèque de l’individu de se fondre dans un moule qui le méprise, l’envie, la jalousie, la bêtise humaine : tout se mélange dans cette œuvre qui accouche d’une radicalité de l’acte comme inévitable quand la jeunesse manque totalement de repères humains, de cadre sociétal.

De sang froid (The Boys Next Door) : un cinéma bon chic mauvais genre

Taxée rapidement d’homophobie à sa sortie en raison de la barbarie de la mise à mort d’un homosexuel par les deux anges exterminateurs à la sexualité elle-même ambiguë, Penelope Spheeries est tout sauf lisse et elle s’en défend adroitement. Elle a été élevée dans une fratrie de quatre, comprenant deux homosexuels, dont l’une de ses sœurs ; elle a évolué avec des transgenres dès le début des années 70, qui composaient ses meilleurs amis… la réalisatrice se veut être la voix de la marge opprimée et non de l’oppresseur libéral. Après tout, n’a-t-elle pas grandi de camping-car en camping-car ? Sa vie entière -et non sa carrière, qui après Wayne’s World, l’enferma dans le divertissement alimentaire (Les chenapans, Black Sheep ou Supersens), est dédiée aux figures alternatives de la société du décorum.

Charlie Sheen dans The Boys Next Door

The Boys Next Door © The Killer Venture. Tous droits réservés.

Devenant un hymne eighties de par sa texture, ses décors, De sang froid (The Boys Next Door), est aussi un film New World (voir Angel), ironise la cinéaste. Elle a dû rassurer ses producteurs en leur promettant un peu plus de sexe et de violence pour satisfaire les besoins des spectateurs des derniers drive-in et salles de quartier, et des millions de salons équipés d’un magnétoscope. L’air du temps ne va pas si mal à cette œuvre bon chic mauvais genre où la beauté du mal et celle du mâle cohabitent jusqu’au malaise.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 2 septembre 1987

De sang froid (The Boys Next Door), affiche originale 1987 (Satori Publicité)

Affiche Satori Publicité © 1985 New World Pictures. / The Boys Next Door © The Killer Venture. Tous droits réservés

Box-office France :

Sorti le 2 septembre 1987 par le distributeur indépendant Metropolitan FilmExport, De sang froid (The Boys Next Door) subit une lourde interdiction aux moins de 18 ans. Plus un film d’été de par son genre et son sujet qu’un film de rentrée, le drame nihiliste s’abîme en première semaine à 6 784 spectateurs, quand les autres entrées de la semaine sont cannoises (Sous le soleil de Satan, Barfly), sans oublier le film d’Eli Chouraqui Man on Fire qui se ramasse en 6e place de la semaine. Sortait également ce mercredi-là Les baleines du mois d’août, pour un public mature de plus de 45 ans. Les continuations avaient pour noms Le flic de Beverly Hills 2 (numéro 1 avec 150 636 Parisiens en deuxième semaine), L’amie de mon amie (un Rohmer à succès stable), et la reprise de Recherche Susan désespérément qui réalisait 6 512 entrées pour sa deuxième semaine de reprise, moins de deux ans après sa sortie initiale. Le film avec la bourrasque Madonna refaisait déjà surface en raison du concert de la chanteuse à 130 000 spectateurs à la fin du mois d’août. Eddie Murphy et la madone étaient omniprésents.

Pour son premier jour dans 15 cinémas parisiens, De sang froid n’attire pas les foules avec 1 021 spectateurs. Rentrée morose. Ce sont 6 784 spectateurs qui assistent au film, dont l’essentiel de la promotion a consisté en une campagne d’affichage sur la capitale. Maxwell Caulfield et Charlie Sheen se hissent en 14e place sur Paris-périphérie, juste au-dessus de la reprise d’un film disponible en VHS, Recherche Susan désespérément, dont la reprise en 2e semaine, rétrogradait en 15e place avec 6 512 spectateurs. En ces temps de crise, Metropolitan Filmexport ne fait pas la fine bouche et prend ce qu’il y a prendre.

De sang froid est alors présent dans les cinémas :

  • l’UGC Ermitage
  • l’UGC Montparnasse
  • l’UGC Convention
  • les Forum Cinémas
  • l’UGC Boulevard
  • l’UGC Lyon Bastille
  • l’UGC Gobelins
  • les 3 Secrétans
  • les Images

Il faut aussi compter sur 6 autres lieux de projections en périphérie.

Le film n’entamera sa petite carrière en province que pour sa deuxième semaine, au milieu d’un déluge de films bis comme le rigolo Black Gestapo, l’ennuyeux Koral le justicier (aka Le justicier contre la reine des crocodiles) et le jubilatoire et Z Golden Ninja Warrior.

Pour revenir à l’exploitation parisienne, De sang froid (The Boys Next Door) perdra toutes ses salles en périphérie pour se concentrer sur 5 sites en deuxième semaine, pour 3 349 spectateurs supplémentaires. La série B dépasse alors l’étape des 10 000 tickets.

La production New World Pictures demeure une ultime semaine sur Paname, aux UGC Ermitage, Montparnasse, Boulevard et Gobelins, avec 1 463 retardataires. Le total est pontifiant : 11 596 spectateurs.

Metropolitan FilmExport n’étant pas éditeur vidéo en 1988, c’est le tout petit Unicorn Studio (Le jour des morts vivants), qui le propose en VHS, avec un magnifique visuel peint

 

De sang froid

Jaquette initiale : Unicorn/Fox Vidéo © 1985 New World Pictures. / The Boys Next Door © The Killer Venture. Tous droits réservés

Le test blu-ray :

Edition surprise du côté de chez Carlotta qui propose en ce printemps 2021 ce petit film rageux qui avait fait grand bruit aux USA à sa sortie. La qualité est optimale. Bienvenue dans la Midnight Collection qui s’enrichit décidément de titres forts après la trilogie Angel.

Compléments : 3.5 / 5

Beaucoup de suppléments pour approfondir et contextualiser l’œuvre. Tout d’abord un entretien avec Spheeries et Caulfield qui se retrouvent 30 ans après. L’absence de Charlie Sheen est triste, mais cela n’empêche nullement les deux artistes présents d’évoquer la star sur le tournage (c’était avant Platoon), et déjà ses préférences pour les jeunes actrices. L’évocation du film est sincère, elle se fait avec le recul du temps, de l’âge, à un moment où il est moins difficile de revenir sur certaines œuvres dites violentes et injustement nauséabondes. Ils affichent une certaine sérénité par rapport à ce produit, reflet d’une époque et des demandes de la production d’alors.

Les fans hardcore apprécieront le voyage sur les lieux de tournage du film. Cela dure 14 minutes. Pour notre part, on a préféré découvrir le générique et les scènes alternatives.

Image : 4 / 5

La série B méconnue bénéficie d’un master 4K, celui utilisé par l’éditeur américain Severin, en Region A, de toute beauté. Le film frappe par la précision de son piqué, la grande luminosité de l’œuvre et se découvre dans des conditions optimales que l’on n’imaginait pas pour ces productions de série d’un temps passé. C’est beau, esthétique, et l’on profite des grands ensembles urbains, intérieurs, avec tous les apports du nettoyage numérique qui renforce la colorimétrie. Quelques petits points blancs subsistent, mais ils sont vraiment rares.

Son : 4 / 5

Le son Mono d’époque a été conservé et déployé en HD Master Audio. Les nostalgiques retrouveront les voix de la VF quand les autres sauront trouver dans la VO STF la piste ad hoc pour un rééquilibrage sonore, vocal et musical. La bande originale rock du film, qui finit même sur une musique de George S. Clinton aux limites du rock progressif, anime grandement la projo. Vous y retrouverez les Cramps, Code Blue et même Iggy Pop.

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The Boys Next Door (De sang Froid) en blu-ray chez Carlotta

The Boys Next Door © The Killer Venture. Tous droits réservés. / Design : Dark Star, l’Etoile Graphique

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