Enième plagiat d’Alien né dans les années 80, Créature de William Malone s’impose comme un navet somnolent des années 80. Les fans de Klaus Kinski apprécieront : il cachetonne dans le néant.
Synopsis : Deux missions sont envoyées sur Titan pour recueillir les restes de créatures vieilles de près de deux siècles. Elles ne savent pas qu’elles seront accueillies par un monstre invicible.
Critique : Une expédition spatiale égarée sur une planète hostile, un monstre tapi dans l’ombre, des couloirs sombres, des humains traqués, une société multinationale qui tire les ficelles et même une femme aux allures de Ripley. Non, vous n’êtes pas en train de lire la chronique de Alien, le 8ème passager, mais bien celle de Créature, série B de 1985 réalisée par William Malone pour la Trans World Entertainment, émergeant alors comme société indépendante dans la série B, après She (1984), et juste avant Pray for Death (1985).

Créature, restauré en 4K, par Vinegar Syndrome (2021) © 1984 Tifin Productions Inc. © 1985 Cardinal, Trans World Entertainment. © 1985 Orion Pictures Corporation. © 2021 Metro-Goldwyn Mayer Studios Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
Reprenant du début jusqu’à la fin l’intrigue du long-métrage à succès de Ridley Scott, le pompage de Malone n’arrive à aucun moment à égaler son illustre modèle. Euphémisme poli pour tous ceux qui survivront à cette laborieuse pantalonnade au rythme d’une production de SF des années 50, le charme en moins.
Plombé par un budget estimé à 750 000 malheureux dollars dont William Malone était plutôt satisfait, Créature ne parvient jamais à faire illusion dans sa facticité intrinsèque. Sa planète mystérieuse évoque un entrepôt mal camouflé et ses décors kitsch feraient passer la saga Star Trek pour un sommet de sophistication. Si l’on ajoute à cela des effets spéciaux de lumière kitsch et un scénario qui tente par tous les moyens de limiter les interventions de ladite créature (le script s’égare un moment dans le film de Body snatchers car des acteurs maquillés coûtent moins cher qu’un monstre), on comprend aisément à quel naufrage nous assistons ici.

Créature, restauré en 4K, par Vinegar Syndrome (2021) © 1984 Tifin Productions Inc. © 1985 Cardinal, Trans World Entertainment. © 1985 Orion Pictures Corporation. © 2021 Metro-Goldwyn Mayer Studios Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
Avec ses longs tunnels dialogués et son manque de rebondissements, le film devient vite un calvaire affreusement ennuyeux. Enfin, le long-métrage ne nous propose qu’un casting au rabais dans lequel la star Klaus Kinski, qui fut infecte durant le tournage forçant le cinéaste à tourner des éléments non prévus par le script dans le refus de l’acteur colérique de s’y plier, vient lamentablement faire son numéro au milieu d’acteurs à l’expression pétrifiante, tant en version française (doublage hagard) qu’en version originale. Le téléfilm est à nos yeux et à nos oreilles
William Malone, qui avait réalisé Scared to Death en 1979, avait décliné de tourner sa suite en 1984 pour cette série B au budget plus élevé. Pas étonnant qu’après ces deux longs métrages il dût traverser un désert de dédain, son téléphone demeurant silencieux. En 1999, le cinéaste indépendant tournera pour Dark Castle Entertainment (Joel Silver et Robert Zemeckis) La maison de l’horreur qui remportera un vrai succès. Une petite rédemption et rebond tardif, avant de replonger dans les affres de l’anonymat relatif.

Créature, restauré en 4K, par Vinegar Syndrome (2021) © 1984 Tifin Productions Inc. © 1985 Cardinal, Trans World Entertainment. © 1985 Orion Pictures Corporation. © 2021 Metro-Goldwyn Mayer Studios Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
En 2013, le réalisateur a voulu ressortir Créature dans son montage “uncut” avec des scènes supplémentaires. Le film était censé être tombé dans le domaine public depuis un certain temps, mais MGM l’en empêcha après une succession de rachat de catalogue. Trans World Entertainment aurait basculé chez Epic Production/Le Crédit Lyonais, puis chez Polygram, Orion Pictures et enfin chez MGM.
Des copies bootlegs se sont vendues via des internautes ou des sociétés peu recommandables à travers le monde jusqu’à l’édition inespérée en 2021, chez Vinegar Syndrome d’une édition collector de Creature (sans l’accent, c’est le titre anglophone), incorporant une foultitude de bonus et l’extended-cut, intitulé Titan Find director’s Cut. Ce collector truffé de bonus permet pour la première fois une bonne restauration du film, dont on se souvient de la catastrophe éditée via le magazine Mad Movies dans les années 2000, où même la jaquette nanardesque mettant en avant son monstre rigide, était immonde.
Frédéric Mignard, Virgile Dumez

Slipcover de Créature, restauré en 4K, par Vinegar Syndrome. All Rights Reserved (2021) © 1984 Tifin Productions Inc. © 1985 Cardinal, Trans World Entertainment. © 1985 Orion Pictures Corporation. © 2021 Metro-Goldwyn Mayer Studios Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
En rien défendu par la presse spécialisée à l’époque, Créature n’avait aucune chance de s’en sortir au box-office. Samuel Hadida de Metropolitan FilmExport le proposera en salle le 19 mars 1986, peu après sa présentation au Festival de Bruxelles. Le film restera deux semaines à l’affiche à Paris-Périphérie, avec à peine 27 789 paumés de l’espace.
En première semaine, programmé dans 16 salles, Créature se situe en 12e place, avec 20 083 passagers à son bord, derrière d’autres films de genre comme Remo sans arme et dangereux (58 000/ Semaine 1/30 salles), Ré-Animator (32 000/Semaine 2/26) et une production de SF plus satisfaisante, Enemy de Wolfgang Petersen (21 000/Semaine 3/22 salles). Allan Quatermain et les mines du roi Salomon avec Sharon Stone et Richard Chamberlain, en 4e semaine, et Le justicier de New York, en 3e semaine, sont assistés de 20 000 spectateurs.

Créature, restauré en 4K, par Vinegar Syndrome (2021) © 1984 Tifin Productions Inc. © 1985 Cardinal, Trans World Entertainment. © 1985 Orion Pictures Corporation. © 2021 Metro-Goldwyn Mayer Studios Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
Créature était exploité sur 8 copies en intra-muros, dont l’UGC Normandie sur les Champs Elysées, l’UGC Montparnasse, l’UGC Odéon, le Rex, l’UGC Boulevard, l’UGC Gobelins, l’UGC Gare de Lyon…
Pour sa deuxième semaine, le spectacle arrivé de nulle part perd 8 écrans, essentiellement en banlieue, la capitale affichant encore 7 salles. Avec 7 706 spectateurs, le navire de l’espace se désintègre à l’issue de ces 15 jours à Paris.
Sur l’ensemble du territoire, Créature frôlera les 100 000 entrées (98 518 plus exactement), soit un score identique à celui de Fou à tuer (Crawlspace), de David Schmoeller, autre film d’horreur avec Klaus Kinski en ancien nazi qui assassine ses jeunes locataires. La production Empire, sortie en novembre 1986, arrêtera sa course à 99 255 spectateurs dans l’Hexagone.
Pour cette année de science-fiction, les cinéphiles du bis préféreront découvrir l’original Aliens, le retour (1 718 000) ou la comédie horrifique New Line, Critters (294 000).

Affiche : Sator. © Trans World Entertainment. All Rights Reserved.
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