Chronique des pauvres amants : la critique du film (1957)

Drame | 1h47min
Note de la rédaction :
8/10
8
Chronique des pauvres amants, cover VOD

  • Réalisateur : Carlo Lizzani
  • Acteurs : Marcello Mastroianni, Gabriele Tinti, Giuliano Montaldo, Antonella Lualdi, Cosetta Greco, Anna Maria Ferrero
  • Date de sortie: 13 Déc 1957
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Cronache di poveri amanti
  • Titres alternatifs : Chronik armer Liebesleute (Allemagne) / Chronicle of Poor Lovers (titre international) / Crónica de los pobres amantes (Espagne) / Os Amantes de Florença (Brésil)
  • Année de production : 1954
  • Scénariste(s) : Sergio Amidei, Giuseppe Dagnino, Massimo Mida, Carlo Lizzani, d'après le roman homonyme de Vasco Pratolini
  • Directeur de la photographie : Gianni Di Venanzo
  • Compositeur : Mario Zafred
  • Société(s) de production : Cooperativa Spettatori Produttori Cinematografici
  • Distributeur (1ère sortie) : -
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : M6 Vidéo (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 5 septembre 2018 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 61 645 entrées / 56 445 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Festival de Cannes 1954 : Prix international
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Cooperativa Spettatori Produttori Cinematografici. Tous droits d'exploitation Sté Cinématographique Lyre (Paris).
Note des spectateurs :

Beau représentant du néoréalisme italien, Chronique des pauvres amants décrit avec précision et émotion la montée du fascisme et ses conséquences. Bouleversant.

Synopsis : En 1925, à Florence, un jeune typographe, Mario, s’installe dans la même rue que sa fiancée, Bianca. Il se lie d’amitié avec deux militants communistes, Hugo et Maciste. Sans rien ignorer de leur combat politique contre le fascisme, il ne s’y intéresse guère. Un jour, les chemises noires infligent une sévère bastonnade à l’un de ses voisins, Alfredo. C’est l’occasion pour Mario de rencontrer la femme du malheureux, Milena. Les jeunes gens s’éprennent l’un de l’autre…

Une production du Parti communiste italien

Critique : Alors qu’il n’a encore à son actif que quelques documentaires et deux longs-métrages de fiction, Carlo Lizzani a tout de même participé activement à l’éclosion du néoréalisme italien en étant notamment l’assistant de Roberto Rossellini. Il compte en perpétuer le style à travers l’adaptation du livre Chronique des pauvres amants écrit par Vasco Pratolini et publié en 1947. Initialement prévu pour Luchino Visconti, le long-métrage ne se monte pas à cause des exigences budgétaires hors normes du cinéaste. Carlo Lizzani est bien moins exigeant et parvient à mobiliser ses amis communistes qui décident de financer cette œuvre. Officiellement issu d’une coopérative, Chronique des pauvres amants (1954) est donc officieusement financé par le Parti communiste italien.

La chronique des pauvres amants, jaquette dvd

© 1954 Cooperativa Spettatori Produttori Cinematografici. Tous droits d’exploitation Sté Cinématographique Lyre (Paris) / © 2018 SND / M6 Vidéo. Tous droits réservés.

Il faut dire que l’auteur du livre était un proche du Parti, que Lizzani est également affilié au mouvement et que l’acteur Giuliano Montaldo (futur réalisateur de Sacco et Vanzetti) n’a jamais caché ses opinions en faveur du communisme. Autant dire que le film apparaît comme une vitrine des idées défendues alors par le Parti. Il s’agissait de dénoncer les agissements des fascistes en Italie durant la période mussolinienne et de valoriser le rôle des communistes dans la résistance à la dictature. Même si le point de vue est orienté, force est d’admettre que les constatations effectuées par les artistes sont tout de même valables sur le plan historique.

Description fidèle de l’Italie des années 20 en plein basculement vers la dictature

Avec Chronique des pauvres amants, Carlo Lizzani effectue en réalité le portrait choral d’une petite rue de Florence, à savoir la Via del Corno. L’auteur suit la vie quotidienne d’une dizaine de personnages depuis l’aube de la dictature fasciste jusqu’aux fameuses lois fascistissimes que Mussolini édicte entre 1925 et 1926 et qui balaient peu à peu la démocratie. Le long-métrage commence de manière assez légère avec la présentation de la vie animée d’une petite rue typique de l’Italie. On y rit, on y crie beaucoup, on se chérit et on s’engueule pour un rien dans cet espace clos où les fenêtres servent aussi de parloir. Avec précision, Lizzani chante donc cette Italie vivante et gouailleuse que l’on aime tant. Toutefois, la présence des premiers fascistes fait craindre un changement brutal d’atmosphère.

Par leurs méthodes mafieuses (racket des commerces, bastonnades des récalcitrants), les fascistes s’imposent peu à peu au cœur de la vie de tous les jours. C’est cette présence qui devient de plus en plus pesante que Lizzani décrit avec beaucoup de précision et de talent.

Un casting uniformément excellent

Afin de faire participer le spectateur, il l’invite à suivre le destin de plusieurs personnages, dont de jeunes amants sympathiques qui ne demandaient rien à personne. On apprécie particulièrement la prise de conscience de jeunes gens incarnés avec vigueur par Marcello Mastroianni – dans son premier rôle dramatique – et le jeune Gabriele Tinti. Même l’acteur non professionnel Adolfo Consolini convainc dans le rôle du maréchal-ferrant surnommé Maciste. Son destin tragique résonne longtemps en nous puisqu’il incarne en quelque sorte la vigueur italienne fauchée par le démon fasciste.

Toutefois, Lizzani n’en oublie pas pour autant les femmes à qui il offre de beaux rôles, pour la plupart étoffés. Loin de n’être que des potiches comme dans bon nombre de films de l’époque, les dames ont droit à de beaux personnages. Si Antonella Lualdi bénéficie du rôle le plus étoffé et le plus dramatique, elle ne fait pas d’ombre à l’excellente Anna Maria Ferrero. La plupart de ces femmes portent à la fois les espoirs des héros, mais font également preuve d’un courage extraordinaire dans l’adversité.

Lizzani au sommet de son talent

Même si Carlo Lizzani souhaite perpétuer le style du néoréalisme à l’écran, il a été ici contraint de reconstituer l’intégralité de la rue aux studios De Paolis de Rome. Pourtant, malgré l’artificialité du décor, la vérité qui s’en dégage demeure impressionnante encore de nos jours et n’entame donc en rien l’efficacité du métrage. Cela a permis au cinéaste de soigner ses cadrages et sa lumière, au point de livrer des images superbes qui font honneur au talent des artisans italiens.

D’une belle puissance d’évocation, parfois très émouvant sans jamais tomber dans le sentimentalisme ou le mélodrame, Chronique des pauvres amants s’impose donc comme un beau jalon du néoréalisme tardif. Sa description de la lente montée du fascisme s’avère toujours d’une belle pertinence historique et contribue donc à éclairer cette période trouble de l’histoire italienne.

Un film majeur à redécouvrir

Présenté avec succès au festival de Cannes en 1954, Chronique des pauvres amants n’a pas obtenu la Palme d’or que de nombreux membres du jury voulaient lui attribuer. Le film repart avec un prix international qui sonne comme un lot de consolation pour une production initiée par le PCI. La sortie française fut tardive (au mois de décembre 1957) et peu lucrative en termes d’entrées. Le long-métrage est devenu rare avec le temps et il est désormais disponible dans une édition DVD de bonne tenue chez M6 Vidéo, assortie d’un entretien passionnant avec Jean Gili, grand spécialiste du cinéma italien.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 11 décembre 1957

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Chronique des pauvres amants

Copyrights SND / M6 Vidéo – © 1954 Cooperativa Spettatori Produttori Cinematografici. Tous droits d’exploitation Sté Cinématographique Lyre (Paris).

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