Avec Bird, Andrea Arnold revient au cinéma social qui lui est cher en lui ajoutant une dimension fantastique inattendue. Sa réalisation inspirée sublime chaque plan.
Synopsis : À 12 ans, Bailey vit avec son frère Hunter et son père Bug, qui les élève seul dans un squat au nord du Kent. Bug n’a pas beaucoup de temps à leur consacrer et Bailey, qui approche de la puberté, cherche de l’attention et de l’aventure ailleurs.
Des bovins aux oiseaux…
Critique : Après son très beau documentaire Cow (2021) qui a été présenté à Cannes, la réalisatrice britannique Andrea Arnold est revenue dans sa zone de confort en écrivant le scénario de Bird (2024) qui suit les mésaventures d’une adolescente au cœur d’une banlieue pauvre d’Angleterre. D’ailleurs, dès les premières images, on retrouve la patte à la fois esthétique et nerveuse de la cinéaste qui nous a bluffés avec des œuvres majeures comme Red Road (2006) ou encore Fish Tank (2009).

© 2024 Bird Limited, Ad Vitam Production, Arte France Cinéma, British Broadcasting Corporation, The British Film Institute, Pinky Promise Film Funf Holdings LLC, Firstgen Content LLC, and Bord Film LLC. / Photographie : Atsushi Nishijima. Tous droits réservés.
Ainsi, Bird commence par une peinture sans concession d’une banlieue britannique totalement sinistrée sur le plan social et économique. La jeune Bailey est une gamine de 12 ans qui vit dans un squat en compagnie de son frère ainé, un petit délinquant, de son père, un dealer de drogue et de sa future belle-mère. Effectivement, si Andrea Arnold continue à observer avec bienveillance ce milieu touché par la misère, elle s’empare également du sujet des familles décomposées. Elle évoque notamment la tendance de la population misérable à faire des enfants dès l’âge de 14 ans.
Andrea Arnold, une cinéaste qui a du style
Dans Bird, aucun couple ne tient vraiment et l’ambiance globalement sordide pousse les femmes à s’enfuir et à se protéger d’hommes violents, car défoncés à l’alcool ou aux acides. Toutefois, comme elle une auteure fine et intelligente, Andrea Arnold ne signe aucunement une charge féministe qui prendrait pour cible tous les hommes. Ainsi, malgré ses défauts de jeune père dépassé, le personnage interprété par Barry Keoghan n’est pas décrit comme négatif. On peut en dire autant de celui de Bird, joué par Franz Rogowski, dont le statut demeure mystérieux pendant une grande partie du long métrage, avant que celui-ci ne bascule totalement dans le fantastique.
Boosté par une réalisation caméra à l’épaule douée pour saisir de purs instants de vérité, Bird bénéficie également d’une superbe photographie de Robbie Ryan, particulièrement à l’aise pour sublimer les quelques images de nature sauvage qui apparaissent au cœur d’une œuvre pourtant très urbaine. Enfin, comme à son habitude, Andrea Arnold se sert d’une excellente bande originale composée aussi bien de musique urbaine récente que de grands classiques de la Brit Pop (Blur, The Verve, Coldplay sont notamment mis à contribution pour notre plus grand plaisir).
Un glissement dans le fantastique poétique plutôt étonnant
Récit initiatique poignant, Bird se mue progressivement en film fantastique puisque le personnage mystérieux qui ne cesse de se réfugier sur les toits n’existe peut-être pas du tout et peut être considéré comme un ange gardien qui viendrait prendre sous son aile cette adolescente perdue entre deux familles dysfonctionnelles. Toutefois, ceci n’est qu’une interprétation possible puisqu’Andrea Arnold se garde bien de donner la clé de son récit fantastique. En tout cas, elle y fait intervenir toute une ménagerie – crapaud, serpent, chevaux, oiseaux, papillon, renard et chien – qui semble finalement davantage ancrer le film dans le réel, tout en lui donnant une dimension poétique et même panthéiste.

© 2024 Bird Limited, Ad Vitam Production, Arte France Cinéma, British Broadcasting Corporation, The British Film Institute, Pinky Promise Film Funf Holdings LLC, Firstgen Content LLC, and Bord Film LLC. / Photographie : Atsushi Nishijima. Tous droits réservés.
On peut trouver cette intrusion du fantastique très belle ou maladroite, selon les points de vue de chacun, mais cela a le grand mérite d’extraire le film de sa gangue sociale hyperréaliste pour l’amener vers une forme plus poétique, et dès lors plus positive quant à l’avenir de l’héroïne. Après tout, celle-ci ne prend-elle pas symboliquement son envol en fin de parcours ?
Des jeunes comédiens impeccables
En tout cas, Andrea Arnold peut une fois de plus s’appuyer sur des jeunes comédiens non professionnels dont la découverte Nykiya Adams qui crève l’écran, un peu à la manière de la regrettée Emilie Dequenne à l’époque de Rosetta (des frères Dardenne, 1999). Les seuls comédiens confirmés sont les très justes Franz Rogowski et Barry Keoghan, deux exemples de la nouvelle vague d’acteurs européens en pleine ascension.
Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2024, Bird a récolté des critiques plutôt positives, mais est tout de même reparti bredouille de la manifestation. Cependant, Franz Rogowski a gagné un Prix du meilleur second rôle aux British Independent Film Awards 2024.
Box-office français de Bird
Pour la France, il a fallu patienter jusqu’au 1er janvier 2025 pour que Bird soit distribué par Ad Vitam sur une combinaison raisonnable de 156 salles pour un résultat encourageant de 53 478 entrées. Ainsi, le métrage entre en 17ème position du box-office national hebdomadaire. Si le drame recule en deuxième semaine, il attire encore 27 994 curieux et franchit la barre symbolique des 100 000 tickets au bout d’un mois de présence dans les salles.
Par la suite, Bird continue à grapiller des miettes et termine son vol à 115 602 tourtereaux, soit un peu plus du double de ses entrées initiales. Il s’agit du meilleur score obtenu par la cinéaste en France depuis Fish Tank en 2009 et ses 190 082 entrées. Ce résultat plutôt satisfaisant a permis au distributeur Ad Vitam d’éditer le métrage en DVD et blu-ray.
Critique de Virgile Dumez
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Affiche Metanoïa © 2024 2024 Bird Limited, Ad Vitam Production, Arte France Cinéma, British Broadcasting Corporation, The British Film Institute, Pinky Promise Film Funf Holdings LLC, Firstgen Content LLC, and Bord Film LLC. Tous droits réservés.
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Andrea Arnold, Franz Rogowski, Frankie Box, Barry Keoghan, Nykiya Adams
Mots clés
Cinéma britannique, Les drames de l’adolescence, Récit initiatique, Jeunesse paumée au cinéma, Festival de Cannes 2024