Pur produit d’exploitation bis, Le château du vice (Au service du diable) bénéficie de comédiens chevronnés et d’une ambiance sympathique. Toutefois, la banalité du script et l’incongruité de certaines scènes le réservent à un public de connaisseurs.
Synopsis : Berlin, 1944. Son épouse morte en couches, le baron von Rhoneberg tue son enfant, espérant mettre un terme à l’antique malédiction familiale, qui veut que chaque fille devienne un succube au service du diable. 25 ans plus tard, sept personnes voyagent dans la Forêt Noire. Ils vont frapper à la porte du château du baron pour demander asile.
Un script balisé Au service du diable
Critique : Au début des années 70, l’écrivain Patrice Rondard, plus connu des cinéphiles sous son pseudo Patrice Rhomm, écrit un scénario de film d’horreur gothique qui trouve assez rapidement preneur car la mode est propice à ce sous-genre fantastique. Le producteur Charles Lecocq se porte donc acquéreur des droits et propose même à Patrice Rondard de le réaliser lui-même. Malheureusement, comme la production est majoritairement belge, les producteurs sont contraints d’engager un réalisateur du cru, en l’occurrence l’inconnu Jean Brismée. Ce dernier fut autrefois professeur de Charles Lecocq et l’idée de tourner son tout premier long-métrage le séduit. Le cinéaste, essentiellement documentariste, voit surtout cette aventure comme une occasion d’expérimenter la fiction.

© 1972 Belfilm. © 2019 Artus Films / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
Il se retrouve donc à la tête d’une équipe où se mêlent belges (pour la partie technique), français (beaucoup d’acteurs) et italiens pour des raisons de coproduction. En ce sens, Au service du diable est une œuvre étonnante puisqu’elle brasse des influences très diverses comme le gothique anglais, le surréalisme belge, l’érotisme à la française et même une pointe de western spaghetti par l’ajout de la musique d’Alessandro Alessandroni.
Des poncifs en pagaille
Le mélange ne se fait pas toujours de manière harmonieuse et le film souffre indiscutablement de ce patchwork créatif. Il s’appuie sur un scénario qui ne cesse d’enfoncer les portes ouvertes du fantastique, accumulant poncifs et passages obligés. Ainsi, le réalisateur s’avère incapable de créer le moindre suspense quant à son intrigue transparente. Dès l’apparition d’Erika Blanc, le spectateur sait qu’elle est un succube, alors que les personnages ne le découvrent que très tardivement. De même, le caractère de chaque protagoniste est brossé grossièrement en quelques traits. Par contre, on apprécie l’idée que chaque membre du groupe périsse par là où il a péché. Ainsi, la gourmandise, la luxure, la colère et les autres péchés capitaux sont illustrés par des meurtres sympathiques, à défaut d’être flamboyants.
Des longueurs, mais l’ensemble reste sympathique
Assez rapidement , le spectateur comprend les tenants et aboutissants de l’intrigue, tandis que la réalisation illustre le tout avec fort peu d’imagination. Il faut finalement tout le talent des interprètes pour nous divertir. Ainsi, Erika Blanc fait un succube fascinant, Jean Servais compose un châtelain inquiétant et Daniel Emilfork bouffe l’écran lors de ses rares apparitions. On ne peut pas en dire autant de Jacques Monseau au charisme très limité en séminariste résistant à la tentation de la luxure, mais succombant à l’orgueil.
Dans Au service du diable, le spectateur qui trouvera sans doute le temps un peu long pourra également profiter d’une jolie photographie, de décors étranges de l’iconoclaste Jio Berk, et enfin d’une musique inspirée d’Alessandroni (habituel collaborateur d’Ennio Morricone).
Si l’ensemble tient essentiellement du film d’exploitation pur et dur – comme en témoigne l’ajout d’une inutile scène de lesbianisme – on est toutefois plutôt face à une œuvre maladroite, parfois très ennuyeuse et irrémédiablement kitsch. Pas de quoi bouder la projection et encore moins le plaisir de la découverte d’une telle rareté. Mais rareté ne rime pas nécessairement avec qualité.
Box-office :
Au service du diable se fait connaître sur Paris le 3 avril 1974 sous le titre Le château du vice. Un titre opportun accompagné d’une interdiction aux moins de 13 ans.
Le film belge sort face à Portier de nuit, Le plumard en folie, La grande nouba, Dillinger, Violent Kid Karaté, Planque-toi minable, Trinita arrive, Les horizons perdus, Un amour de pluie et le documentaire de Louis Malle, Humain trop humain.
Le château du vice devient La nuit des pétrifiés sur Paris
Le château du vice, supervisé par André Hunnebelle, trouve trois écrans parisiens : le Beverley, l’Axis et le Cinévog. Son titre putassier lui vaut la présence de 6 399 spectateurs en première semaine, via le distributeur Comacico.
En deuxième semaine, le film régresse à 2 682 spectateurs sur P.P. , avec un total de 9 081 spectateurs. Seuls le Beverley et l’Axis le diffusent alors sur la capitale. Au service du diable / Le château du vice reste dans ces deux cinémas pour sa troisième semaine, accompagné de deux salles de banlieue, ce qui lui vaut 2 688 spectateurs (11 769).
Il lui faudra attendre l’été 1979 pour qu’ils reviennent dans les salles parisiennes via le distributeur Lancaster Films (Sacrés gendarmes, Devil’s Story) qui le projette à Paris durant l’été sous le titre La nuit des pétrifiés. Il y fait alors 3 197 entrées.
Après des éditions VHS méconnues, La nuit des pétrifiés fait l’objet d’un magnifique combo DVD/Blu-ray chez Artus Vidéo, sous le titre d’Au service du diable.
Box-office de Frédéric Mignard

Affiche 1979. La nuit des pétrifiés (La plus longue nuit du diable), reprise distribuée par Lancaster Films. Copyrights : Tous Droits Réservés.
Le test du Mediabook d’Au service du diable
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Compléments & packaging : 4/5
Fidèle à sa politique de Médiabook luxueux, l’éditeur Artus propose un produit superbe avec un petit livre central d’une soixantaine de pages rédigé par Christophe Bier et richement illustré. On y apprend absolument tout sur ce petit film très rare, y compris ses dates de diffusion dans les salles et ses sorties VHS. On adore ce goût de la précision.
Sur la galette elle-même, on peut admirer tout d’abord des affiches et des photos d’exploitation (3min), puis la bande-annonce et des scènes alternatives (début et fin du film, 4min). Ensuite, le fidèle Alain Petit y va de sa présentation détaillée du film durant 22min. Classique, mais efficace et sans redite par rapport au livret. On aime aussi l’entretien avec le cinéaste Jean Brismée (6min) qui souhaite être rattaché au mouvement surréaliste, alors que son œuvre documentaire et cette unique incursion dans le fantastique ne semblent guère s’y référer. Enfin, Erika Blanc revient sur le film et surtout sur la fin de sa carrière durant 16min. Elle est fière de toute son œuvre et de ses rôles actuels au théâtre. Passionnant et attachant.
L’image du blu-ray : 4/5
Belle restauration générale, même si certains plans sont plus abîmés que d’autres. On citera notamment le générique de début, puis quelques petites scènes où les plans sont plus flous. Parfois, des impuretés et petites rayures s’invitent sur les bords de l’écran, mais rien de bien gênant d’autant que la majorité des scènes sont propres et bénéficient d’une très belle définition. Les couleurs sont pimpantes alors que le procédé du Gevacolor a plutôt tendance à mal se conserver. Le résultat, sans être parfait, est donc très satisfaisant.
Le son du blu-ray : 3/5
L’unique piste sonore française en mono DTS HD Master Audio est plutôt correctement restaurée, même si certains passages paraissent plus étouffés que d’autres. On repère de temps à autre du souffle, quelques dialogues un peu brouillons et des petites saturations sur la musique. Là encore, les amateurs de raretés bis passeront outre car rien n’est rédhibitoire.
Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 3 avril 1974
Biographies +
Jean Brismée, Erika Blanc, Jean Servais, Jacques Monseau, Lucien Raimbourg, Daniel Emilfork

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