À l’aube du cinquième jour (Les déserteurs du dernier espoir) : critique (1970)

Guerre, Drame | 1h50min
Note de la rédaction :
8,5/10
8,5
A l'aube du 5e jour, VHS 2e édition

  • Réalisateur : Giuliano Montaldo
  • Acteurs : Franco Nero, Richard Johnson, Bud Spencer, Helmuth Schneider
  • Date de sortie: 09 Sep 1970
  • Nationalité : Italien, Yougoslave
  • Titre original : Gott mit uns (Dio è con noi)
  • Titres alternatifs : Les déserteurs du dernier espoir (VHS, France), The Fifth Day of Peace (Royaume Uni, USA), Y Dios está con nosotros (Espagne)
  • Année de production : 1969
  • Scénariste(s) : Ottavio Jemma, Lucio Battistrada, Giuliano Montaldo, Andrea Barbato
  • Directeur de la photographie : Silvano Ippoliti
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Société(s) de production : Clesi Cinematografica, Jadran Film
  • Distributeur (1ère sortie) : Les Films Jacques Leitienne
  • Éditeur(s) vidéo : Cocktail Vidéo (VHS,1983), Marathon Pictures (VHS), M6 Vidéo (2008)
  • Date de sortie vidéo : 1983 (VHS), 11 juin 2008 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 402 887 entrées / 25 750 entrées
  • Box-office nord-américain -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification :
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs (Eastmancolor) / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Italian National Syndicate of Film Journalists (Prix du Ruban d'argent)
  • Illustrateur / Création graphique :
  • Crédits : 1969 SNC / Minerva / Clesi Cinematografica
Note des spectateurs :

Pamphlet antimilitariste, A l’aube du cinquième jour est une œuvre puissante et bouleversante qui ne peut laisser de marbre. Assurément du grand cinéma italien.

Synopsis : Les derniers jours de la Seconde guerre mondiale sur le front. Les Américains capturent les déserteurs allemands. Ils sont incarcérés dans un camp avec d’autres prisonniers allemands. Ceux-ci demandent ce que la justice militaire soit faite. Les caractères puissants s’affrontent…

Montaldo a optimisé un budget restreint

Critique : Réalisateur de quelques films d’auteur qui n’ont guère rencontré de succès, Giuliano Montaldo a obtenu quelques beaux scores au box-office en acceptant de réaliser deux commandes. Il s’agit des polars Le carnaval des truands (1967) et Les intouchables (1969) qui lui ont permis de conforter sa position au cœur de l’industrie cinématographique italienne. Dès lors, Montaldo parvient à convaincre le producteur Silvio Clementelli, plutôt spécialisé dans la comédie, d’investir dans un film de guerre qui serait avant tout une critique du système militaire.

A l'aube du cinquième jour, jaquette DVD

1969 SNC / Minerva / Clesi Cinematografica

Grâce à une coproduction montée avec la Yougoslavie, Montaldo peut profiter de décors entièrement construits pour l’occasion, de matériel militaire et de nombreux figurants pour un prix modique. Par la puissance de son script, il arrive à convaincre des artistes aussi populaires que Franco Nero ou encore Bud Spencer de tourner pour une somme dérisoire. Au final, A l’aube du cinquième jour (1970) paraît être une grosse production alors que le long-métrage n’a pas coûté très cher.

Entre Les sentiers de la gloire (Kubrick) et Pour l’exemple (Losey)

S’inscrivant dans une certaine tradition du film antimilitariste, Giuliano Montaldo s’empare d’une histoire supposément vraie qui ne peut que scandaliser. Ainsi, il suit le parcours de deux Allemands déserteurs qui se retrouvent en mai 1945 dans un camp de prisonniers aux Pays-Bas. Géré par les forces canadiennes, le camp regroupe des militaires allemands qui attendent avec anxiété la fin de la guerre. Alors que la paix est proclamée, les prisonniers organisent un tribunal militaire pour juger les deux déserteurs et les condamner à mort. Ainsi, le long-métrage est construit sur un suspense mortifère : est-ce que les deux hommes vont être exécutés, alors que la paix vient d’être décrétée depuis cinq jours ?

Largement inspiré par Les sentiers de la gloire (Kubrick, 1957), A l’aube du cinquième jour en reprend la logique froide et mécanique du rouleau compresseur militaire. Même si le commandant du camp – interprété avec nuance par l’excellent Richard Johnson – fait tout son possible pour éviter l’inéluctable, la machine administrative est difficile à enrayer. Dès lors, le long-métrage décrit le lent cheminement qui mène une institution comme l’armée à prendre des décisions absurdes uniquement par principe.

On retrouve d’ailleurs à la même époque des œuvres similaires en Italie. On songe notamment à l’excellent Les hommes contre (1970) de Francesco Rosi qui était situé durant la Première Guerre mondiale, mais qui entendait dénoncer l’absurdité des décisions militaires. Enfin, on peut rappeler l’exceptionnel Pour l’exemple (Losey, 1964), lui aussi situé durant le premier conflit mondial.

Un film parfaitement maîtrisé et qui s’avère saisissant

Si le film de Giuliano Montaldo jouit d’une moins bonne réputation auprès des critiques, c’est surtout à cause de la présence au générique d’acteurs plus populaires et, soi-disant, moins prestigieux. Pourtant, le métrage bénéficie d’une excellente réalisation qui utilise au mieux des décors impressionnants, de larges mouvements d’appareil et une photographie parfaitement maîtrisée. Il faut ajouter à cela une partition musicale du grand Ennio Morricone qui habille de manière intelligente les images de Montaldo. Quant aux acteurs, ils se donnent à fond pour bouleverser le spectateur. Franco Nero est un déserteur anarchiste parfaitement crédible, le jeune Larry Aubrey fait un couard très convaincant et même Bud Spencer s’avère très juste en soldat conciliant et aimable.

Certes, il faut accepter l’idée que tout ce beau monde parle la même langue (l’italien ou l’anglais en fonction de votre choix de visionnage), mais c’est une concession que l’on est prêt à faire pour pouvoir profiter pleinement d’une œuvre puissante qui sait ménager le suspense jusqu’à un final déchirant ne pouvant laisser de marbre.

Premier volet d’une « trilogie du pouvoir » remarquable

Premier volet de ce qui sera nommé ensuite « la trilogie du pouvoir » de Montaldo, A l’aube du cinquième jour (1970) impose un autre grand nom du cinéma politique italien, à forte tendance gauchiste. Le réalisateur a enchaîné avec l’exceptionnel Sanco et Vanzetti (1971) qui lui a apporté la gloire, puis avec Giordano Bruno (1973), tout aussi réussi. Il s’agit indéniablement d’une trilogie remarquable qui conteste de manière forte et engagée toute forme de pouvoir, qu’il soit militaire, judiciaire ou politique.

Sorti en France par le distributeur Jacques Leitienne, A l’aube du cinquième jour a surtout connu une carrière honorable en province. Il a ensuite été exploité en VHS sous le titre : Les déserteurs du dernier espoir à partir de 1983. Enfin, il est aujourd’hui disponible sous son titre d’origine chez M6 Vidéo dans une édition correcte et qui bénéficie d’un entretien passionnant avec Giuliano Montaldo.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 9 septembre 1970

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