Daryl Hannah est une actrice américaine à la carrière longue, mais chaotique, heurtée par la timidité et des choix malheureux, mais aussi la vengeance d’un agresseur sexuel dont la chute est entrée dans la légende du combat féministe.
Qui se souvient de la sirène de Splash de Ron Howard? La déesse blonde issue de l’imaginaire Disney, en 1984, avait été l’objet d’un culte générationnel pas forcément voulu par la jeune femme qui rêvait, dès l’enfance d’être actrice, mais qui s’est toujours sentie mal à l’aise quand les regards se posent sur elle. Et pour cause, la jeune femme de l’Illinois, dont la mère et le beau-père sont producteurs, se découvre atteinte du syndrome d’Asperger, ce qui explique notamment sa très grande réserve et son besoin de solitude qui la classe à part dans la nouvelle garde du cinéma américain des années 80.
Brian De Palma et Ridley Scott, deux maîtres en début de carrière
A 15 ans, Daryl Hannah répond à un casting pour tourner chez le jeune cinéaste à la mode, Brian De Palma, qui sort des succès de Phantom of the Paradise, et Carrie au Bal du diable. Après Furie (1978), elle enchaîne avec un petit rôle dans Hard Country, inédit en France, malgré la présence de Kim Basinger et Jean-Michael Vincent.
Daryl Hannah trouve en 1982 l’un des 5 grands rôles de sa carrière : elle est une “Réplicant” punk dans Blade Runner de Ridley Scott, épopée de science-fiction fondatrice aux yeux de plusieurs générations de cinéphiles. Son personnage insaisissable appartient à l’histoire.
Dans la foulée, l’actrice tourne la comédie romantique de Randal Kleiser Amours de vacances, mais le nouveau film du réalisateur de Grease et du Lagon Bleu ne marque pas les esprits. Il sort même aux USA trois semaines après Blade Runner. Le film d’épouvante Final Terror d’Andrew – Le Fugitif – Davis ne sort même pas en salle en France et Reckless de James Foley, film de jeunesse, de bruit et de fureur, écrit par Chris Columbus, dans lequel elle envoûte le rebelle Aidan Quinn, sert de brouillon pour toute l’équipe.

© 1984 Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) / Affiche : Jouineau-Bourduge. Tous droits réservés.
Star 80 : la carrière de Daryl Hannah fait Splash
En 1984, Daryl Hannah incarne finalement le personnage le plus emblématique de sa filmographie. Elle est la vedette féminine de Splash, production Disney qui est un succès mondial, le premier pour Ron Howard réalisateur et Tom Hanks avec lequel elle forme un tandem charismatique et immortel, gravé dans le marbre de son époque.
Dans la foulée, Daryl Hannah enchaîne des films qui font parler d’eux à différents niveaux : elle figure chez Stuart Rosenberg dans le thriller mafieux Le pape de Greenwich Village avec les étoiles montantes Mickey Rourke et Eric Roberts. Elle est l’héroïne du Clan de la caverne des ours de Michael Chapman qui surfe sur le succès de La guerre du feu, mais sombre au box-office en 1986. Ivan Reitman (S.O.S Fantômes) la dirige face à Robert Redford et Debra Winger dans la pétillante comédie à procès L’affaire Chelsea Deardon qui est un petit succès. Elle est aussi Roxanne dans l’adaptation éponyme de Cyrano de Bergerac de Rostand par Fred Schepisi. Steve Martin dans le rôle principal a eu du pif : le succès est réel aux USA ; pas en France.

© 1984 Touchstone Pictures. All Rights Reserved.
En 1987, Daryl Hannah trouve l’un de ses rôles les plus importants dans Wall Street d’Oliver Stone. Un vrai succès pour le réalisateur de Platoon, avec Michael Douglas qui ne cesse de monter et Charlie Sheen qui était au firmament de sa (jeune) carrière d’acteur de cinéma. Il s’agit avec le féministe Potins de femmes d’Herbert Ross (1989) de son dernier succès personnel car sa carrière dans les années 90 va péricliter. Au moins Steel Magnolias (donc Potins de femmes en VO) lui permet de finir la décennie la tête haute, puisque ce gynécée cinématographique, avec Sally Field, Dolly Parton, Shirley MaClaine et Julia Roberts réalisera ses plus grosses recettes nord-américaines, avec 83M$. Malheureusement, Julia Roberts capitalisera davantage sur cette réussite.
La loi des séries : de l’homme invisible à la femme invisibilisée
Après le four d’High Spirits de Neil Jordan en 1988, le fantastique ne semble plus réussir à Daryl Hannah. Au début des années 90, années de la trentaine, Les aventures de l’homme invisible de John Carpenter, avec Chevy Chase, est un flop qui la met en danger aux yeux des studios qui ne croient plus guère en elle pour devenir une star de premier plan. Ils vont la restreindre aux seconds rôles insipides dans des comédies pour amerloques. Il faut dire que même le cinéma classique à statuettes, comme l’ambitieux En liberté dans les champs du Seigneur d’Hector Babenco, la place en situation d’échec.

©1987 Twentieth Century Fox
En 1993, Daryl Hannah est contrainte à faire de la figuration dans la comédie vioque Les Grincheux de Donald Petrie (1993) et sa suite d’Howard Deutsch (1995), et Les Chenapans de Penelope Spheeries. Ces trois cartons représentent le pire de la comédie américaine des années 90, genre dans lequel elle s’était déjà compromise, en 1990, dans le raté Les fous de la pub de Tony Bill, avec Dudley Moore (1990), qui s’était abîmé en salle, au point d’être inédit chez nous.
Perdue dans des films dérisoires (Les liens du sang de Wesley Strick, en 1995), Daryl Hannah n’est plus dans les petits papiers des grands auteurs. Elle apparaît néanmoins dans Two Much de Fernando Trueba, remake du Jumeau avec Pierre Richard, petit sursaut en 1995, mais le film avec Antonio Banderas et Melanie Griffith réussit davantage à ces deux acteurs dont la romance fait la Une de la presse people.
Daryl Hannah ne trouve pas plus d’honneur à être dirigée par Robert Altman dans The Gingerbread Man, avec Kenneth Branagh (1998) qui ne laisse aucune trace au box-office, des USA jusqu’à la France. Au moins, chez Tom DiCillo dans Une vraie blonde, elle s’offre en 1997 un petit rôle chez un cinéaste indépendant à la mode, mais là encore, les recettes sont inconsistantes. Le cinéaste fera mieux avec Ça tourne à Manhattan, son film suivant.

© 2002. Improduction Limited, Metropolitan FilmExport. All Rights Reserved.
Strip-tease, Kill Bill et la rancœur d’un harceleur sexuel
A partir des années 2000, l’ancienne sirène de Disney disparaît quasiment du grand écran en France, et pourtant elle tournera dans une trentaine de longs métrages. On ne la verra désormais plus que dans 6 longs métrages, au cinéma en France, dont dans deux films qui lui permettront de renaître (provisoirement) à l’écran. En strip-teaseuse dans Dancing at the Blue Iguana de Michael Radford, l’actrice, aux portes de la quarantaine, se met à nue. Le film indépendant à la sensibilité prégnante lui vaut bien des louanges même si la carrière de ce petit long métrage ne s’échappe pas d’un circuit limité à l’art et essai. L’actrice, touchée par le film, réalisera un moyen métrage de 50 minutes, autour du tournage du film. Strip Notes (2002) s’intéresse en particulier à ses recherches dans différents clubs de strip-teases, réalisées pour préparer la construction de son personnage.
Quentin Tarantino lui offre le rôle “badass” d’Elle Driver dans le diptyque Kill Bill. On parle à nouveau de Daryl Hannah, malgré l’engouement autour d’Uma Thurman, mais à l’arrivée, l’actrice de 40 ans n’en tirera aucun égard de la part de ses pairs qui la réduiront à des séries B improbables comme Blind Revenge d’un certain Raoul Ruiz, en 2009. Toutefois, rarement prolixe concernant sa vie personnelle, y compris lorsque surgissent des rumeurs de violences physiques à son encontre, qu’aurait commises son ancien compagnon de 9 ans, le musicien Jackson Brown, Daryl Hannah expliquera au moment de l’affaire #MeToo, en 2017, être convaincue qu’Harvey Weinstein aurait sabordé sa carrière après la sortie du classique de Tarantino. La star évoque des faits de harcèlements sexuels de la part du producteur éconduit et rancunier. Effectivement, la carrière de Daryl Hannah ne reprendra jamais de hauteur après cette ultime réussite d’une filmographie dont on retiendra également Blade Runner, Splash, Wall Street et Dancing at the Blue Iguana.
Même aux USA, dans les années 2010, Daryl Hannah ne retrouvera plus sa place sur le grand écran, avec éventuellement des rôles en direct-to-VOD, mais rien de bien visible dans tous les sens du terme.

© 1984. Walt Disney Productions. Tous droits réservés.
Et Daryl Hannah rencontra Neil Young et devînt réalisatrice
En 2015, Daryl Hannah trouve néanmoins la rédemption par la plateforme Netflix. Elle est Angelica Turing dans la série de science-fiction Sense8. Certes, il n’en y aura que deux saisons mais, au moment de l’ascension de la plateforme qui révolutionne le système de diffusion des divertissements américains, le message est encourageant. Mieux, en 2018, pour la société spécialisée dans la SVOD, elle réalise Paradox, thriller où elle met en scène Neil Young qu’elle épouse la même année. Elle semble fréquenter le musicien depuis 2014. Elle réalisera par la suite deux documentaires, un en 2018 et l’autre l’année suivante. Ils portent sur la réunion de Neil Young et du groupe collaborateur Crazy Horse, après plus d’une décennie de pause.
Cela ne fait pas de Daryl Hannah une musicienne pour autant. L’actrice-réalisatrice passe depuis les années 2000 beaucoup de temps dans l’activisme écologique, mais aussi féministe. La star, végétarienne depuis l’adolescence et désormais végane, a passé des décennies à se battre pour une agriculture saine et contre des projets pétroliers aberrants. Elle a même passé quelques heures en prison à la suite de l’une des nombreuses manifestations auxquelles elle a participé. Elle a par ailleurs produit en 2012 le documentaire Greedy Lying Bastards, pamphlet contre l’aveuglement des climatosceptiques face au réchauffement climatique.
Avec seulement cinq films millionnaires en France, Daryl Hannah la superbe n’a sûrement pas eu la carrière qu’elle méritait en raison des réticences hollywoodiennes face à sa fragilité, mais elle a su entretenir une carrière d’une cinquantaine d’années. Son basculement dans le cinéma indépendant a aidé. Mais contrairement à beaucoup d’icones féminines éclairs des années 80, Hannah a durablement impacté l’iconographie de cette décennie charmante et pleine de magie. Elle est le visage de la renaissance de Disney via le film “live”. Splash est son portrait craché, celui d’une héroïne d’un conte de fées chimérique qui ne saura jamais faire le choix entre la tête et les gambettes, référence à sa taille mannequin de plus d’1,80 m.

Illustrateur : Philippe Druillet. Tous droits réservés.
Filmographie de Daryl Hannah
(Actrice, longs métrages)
- 1978 : Furie (The Fury) de Brian De Palma
- 1981 : Hard Country de David Greene
- 1982 : Blade Runner de Ridley Scott
- 1982 : Amours de vacances (Summer Lovers) de Randal Kleiser
- 1983 : The Final Terror d’Andrew Davis
- 1984 : Reckless de James Foley
- 1984 : Splash de Ron Howard
- 1984 : Le Pape de Greenwich Village (The Pope of Greenwich Village) de Stuart Rosenberg
- 1986 : Le Clan de la caverne des ours (The Clan of the Cave Bear) de Michael Chapman
- 1986 : L’Affaire Chelsea Deardon (Legal Eagles) de Ivan Reitman
- 1987 : Roxanne de Fred Schepisi
- 1987 : Wall Street de Oliver Stone
- 1988 : High Spirits de Neil Jordan
- 1989 : Potins de femmes (Steel Magnolias) de Herbert Ross
- 1990 : Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors) de Woody Allen
- 1990 : Les Fous de la pub (Crazy People) de Tony Bill
- 1991 : En liberté dans les champs du seigneur (At Play in the Fields of the Lord) de Héctor Babenco
- 1992 : Les Aventures d’un homme invisible (Memoirs of an Invisible Man) de John Carpenter
- 1993 : L’attaque de la femme de 50 pieds (Attack of the 50 Ft. Woman) de Christopher Guest (téléfilm exploité en salle en France, en 1994)
- 1993 : Les Grincheux (Grumpy Old Men) de Donald Petrie
- 1994 : Les Chenapans (The Little Rascals) de Penelope Spheeris
- 1995 : Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma d’Agnès Varda : une actrice muette
- 1995 : Les Liens du sang (The Tie That Binds) de Wesley Strick
- 1995 : Two Much de Fernando Trueba
- 1995 : Les Grincheux 2 (Grumpier Old Men) de Howard Deutch
- 1996 : Les derniers jours de Frankie la Mouche de Peter Markle
- 1997 : Une vraie blonde (The Real Blonde) de Tom DiCillo
- 1998 : The Gingerbread Man de Robert Altman
- 1998 : La Famille Addams : Les Retrouvailles (Addams Family Reunion) (Vidéo) de Dave Payne
- 1998 : Hi-Life de Roger Hedden
- 1999 : Speedway Junky de Nickolas Perry
- 1999 : Mon Martien bien-aimé (My Favorite Martian) de Donald Petrie
- 1999 : Wildflowers de Melissa Painter
- 1999 : Otages en péril (Diplomatic Siege) de Gustavo Graef-Marino
- 2000 : Jeu mortel (Cord) de David Worth
- 2001 : Dancing at the Blue Iguana de Michael Radford
- 2001 : Cowboy Up de Xavier Koller
- 2001 : Jackpot des Frères Polish
- 2002 : Bank de Sinan Çetin
- 2002 : Le Temps d’un automne (A Walk to Remember) de Adam Shankman
- 2002 : Hard Cash de Predrag Antonijevic
- 2003 : Northfork des Frères Polish
- 2003 : The Job de Kenny Golde
- 2003 : The Big Empty de Steve Anderson
- 2003 : Casa de los babys de John Sayles
- 2003 : Kill Bill : Volume 1 (Kill Bill: Vol. 1) de Quentin Tarantino
- 2004 : Kill Bill : Volume 2 (Kill Bill: Vol. 2) de Quentin Tarantino
- 2004 : Yo puta de María Lidón
- 2004 : Silver City de John Sayles
- 2006 : Love Is the Drug de Elliot Lester
- 2006 : Keeping Up with the Steins de Scott Marshall
- 2006 : Olé de Carlo Vanzina
- 2007 : The Poet (Opération Varsovie : Le Poète) de Damian Lee
- 2008 : The Cycle de Michael Bafaro
- 2008 : Vice de Raul Inglis
- 2008 : The Garden de Scott Hamilton Kennedy
- 2008 : Blood Bride : Les Noces de sang (Dark Honeymoon) de David O’Malley
- 2009 : L’Antre du mal (The Devil’s Ground) de Michael Bafaro
- 2009 : Dès le premier regard (Amazing Racer) de Frank E. Johnson
- 2010 : A Closed Book (Blind Revenge) de Raoul Ruiz
- 2012 : Eldorado de Richard Driscoll
- 2013 : The Hot Flashes de Susan Seidelman
- 2015 : I Am Michael de Justin Kelly
- 2015 : 2047, The Final War d’Alessandro Capone
- 2015 : Awaken de Mark Atkins
- 2015 : A Hitman in London (Skin Traffik) d’Ara Paiaya
- 2015 : Sicilian Vampire de Frank D’Angelo
- 2017 : The Slider de Carlo Fusco
- 2018 : Papa de Dan Israely
- 2019 : Undateable John de Demian Lichtenstein
- 2021: The American Connection de Jeff Espanol
- 2023 : Buckle Up de Ross Fall et Phil Purdy
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Filmographie de Daryl Hannah
(Réalisatrice, longs métrages)
- 2018 : Paradox
- 2019 : Mountaintop (documentaire)
- 2022 : Barn (A Band, A Brotherhood, A Barn) (documentaire)

Neil Young dans Paradox de Daryl Hannah © 2018 Netflix. All Rights Reserved.