Reviens, Jimmy Dean, reviens : la critique du film + le test blu-ray (1983)

Drame | 1h49min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Affiche de Reviens Jimmy Dean, reviens

  • Réalisateur : Robert Altman
  • Acteurs : Kathy Bates, Cher, Karen Black, Mark Patton, Sandy Dennis, Sudie Bond
  • Date de sortie: 06 Avr 1983
  • Année de production : 1982
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Come Back to the 5 & Dime, Jimmy Dead, Jimmy Dean
  • Titres alternatifs : Jimmy Dean, Jimmy Dean (Italie), James Dean længe leve (Danemark), Komm' zurück, Jimmy Dean (Allemagne), Todos te recordamos, James Dean (Uruguay), Wróć, Jimmy Deanie (Pologne), Tule takaisin, Jimmy Dean (Finlande), Volta Jimmy Dean, Volta para Nós (Portugal), James Dean, o Mito Sobrevive (Brésil), Vuelve a la tienda de baratijas, Jimmy Dean (Espagne), Geri Dön Jimmy Dean (Turquie)
  • Casting : Caroline Aaron, Kathy Bates, Karen Black, Sudie Bond, Cher, Sandy Dennis, Marta Heflin, Ruth Miller, Mark Patton, Gena Ramsel
  • Scénariste : Ed Graczyk
  • Monteur : Jason Rosenfield
  • Directeur de la photographie : Pierre Mignot
  • Décorateur : David Gropman
  • Assistante réalisatrice : Sonja Webster, Marlene Arvan
  • Scripte : Luca Kouimelis
  • Producteurs : Scott Bushnell, Paul D. Smith
  • Producteur exécutif : Giraud Chester
  • Sociétés de production : Mark Goodson-Bill Todman Productions, Viacom Enterprises, Sandcastle 5 Productions
  • Distributeur : Ginis Films (France), PM Productions, Cinecom Pictures (USA)
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Super Vidéo Productions (VHS, 1983), TF1 Vidéo (DVD, 2010), Rimini Editions (2026)
  • Date de sortie vidéo : 7 juillet 2026
  • Budget : 850 000$
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 27 034 entrées / 17 249 entrées
  • Box-office USA : 840 958$
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35mm) / Mono
  • Festivals : Montréal World Film Festival (Canada, 1982), Festival de Venise (Italie, 1982), Festival de Chicago (Etats-Unis, 1982)
  • Nominations : Meilleur second rôle féminin (Golden Globes, 1983),
  • Récompenses : Grand Prix/Gold Hugo au festival de Chicago (USA, 1982)
  • Illustrateur/Création graphique : © Kilowatt (affiche cinéma)
  • Crédits : © 1982 MG Cable Productions and Viacom Enterprises. A Division of Viacom International, Inc. All Rights Reserved.
  • Attachées de presse : Denise Breton, Marquita Doassants
Note des spectateurs :

Reviens, Jimmy Dean, reviens est un mélodrame théâtral dans la tradition de Tennessee Williams qui compte parmi les bijoux méconnus de Robert Altman.

Synopsis : Dans le bazar d’une petite ville du Texas, quelques admiratrices de James Dean se retrouvent pour le 20ème anniversaire de la mort du comédien. L’occasion pour elle de faire le bilan des années passées, des rêves perdus et des désillusions.

Après l’expérience Disney, Robert Altman traverse le désert pendant les années 80

Critique : Avec Reviens, Jimmy Dean, reviens, Robert Altman entame une spectaculaire traversée du désert. Le réalisateur de M.A.S.H. (1970), Nashville (1975) et Un mariage (1978), piqué au vif, réagit à la mésaventure de Popeye par l’orgueil.  La superproduction Disney-Paramount au budget de 20 millions de dollars, avec Robin Williams et Shelley Duvall, avait été caractérisée par un tournage chaotique et un accueil critique franchement déstabilisant qui avait ébranlé la crédibilité artistique d’Altman, trop vintage aux yeux d’une Amérique frappée par son obsession grandissante pour Star Wars de George Lucas et les divertissements de Steven Spielberg.

Le cinéaste entreprend alors un recentrage de ses activités créatrices hors des studios, vers des productions indépendantes issues du patrimoine théâtral. Reviens, Jimmy Dean, reviens met en images une pièce d’Ed Graczyk ; Streamers, en 1983, adapte David Rabe ; Secret Honor, en 1984, transpose une œuvre de Donald Freed et Arnold M. Stone ; et Fool for Love, coproduit par la firme Cannon, est issu des textes de Sam Shepard, également en haut de l’affiche. Enfin, la comédie Beyond Therapy, en 1987, produite par New World Pictures, naît de l’imagination du dramaturge Christopher Durang.

Come Back to the 5 & Dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean lance Cher, l’actrice

Programmé aux festivals de Montréal et de Venise à la fin de l’été 1982, Reviens, Jimmy Dean, reviens coûte moins d’un million de dollars, mais ne sera pas rentable pour autant. Il passe inaperçu aux États-Unis, avec à peine 840 000 dollars de recettes. Le film n’entre pas dans le Top 130 du box-office annuel de 1982. Les critiques s’avèrent mitigées et même les Oscars lui tournent le dos. Altman est en plein divorce avec Hollywood.

Pourtant, l’adaptation aurait pu rebondir sur la renommée de la pièce que Robert Altman avait lui-même mise en scène en 1982, avec la même distribution : Cher, Karen Black, Kathy Bates, Sudie Bond, Mark Patton et l’épatante Sandy Dennis. Le film offre en fait à la chanteuse Cher, dont la carrière musicale connaît une période difficile au début des années 1980, la possibilité de se reconstruire au théâtre et surtout au cinéma. Exit Las Vegas : la chanteuse conquiert New York sur les planches, puis Hollywood avec l’incarnation à l’écran de son personnage de serveuse sexy dans un Texas paumé des années 1970. Elle connaît un véritable renouveau grâce à la crédibilité cinématographique qu’un autre maître du cinéma américain des années 1970, Peter Bogdanovich, lui offrira sur un plateau d’argent avec Mask, qui lui vaut le prix d’interprétation au Festival de Cannes.

Un casting féminin exceptionnel

Altman, qui envisage depuis plusieurs années de tirer un film de cette pièce du milieu des années 1970, en acquiert les droits en 1980 et monte la pièce dans la foulée. Il tourne ensuite pour le grand écran, en seulement dix-neuf jours, son portrait désenchanté de femmes laissées pour compte par la société patriarcale. L’unité de lieu met en valeur des actrices monumentales dans des rôles de femmes brisées et multiples, comme Sandy Dennis (Qui a peur de Virginia Woolf ?, Le Renard), Sudie Bond, qui a excellé à Broadway durant plusieurs décennies, ou encore l’étonnante et pétillante Kathy Bates, bien avant Dick Tracy, Misery et Beignets de tomates vertes.

Le cinéma gay friendly de Robert Altman

Le casting est d’autant plus fort qu’Altman, qui retrouvait Sandy Dennis après Cette froide journée dans le parc (1969) dirige pour la deuxième fois Karen Black, émanation préfigurant la mythologie de Lana Del Rey, révélation d’Easy Rider et déjà présente au générique du film choral Nashville en 1975. Dans un rôle à la fois « camp » et queer de femme transgenre — alors qualifiée de « transsexuelle » des deux côtés de l’Atlantique —, elle apporte au film une force émotionnelle et dramatique confondante.

Dans les années 1980, Robert Altman abordera à plusieurs reprises des thématiques aujourd’hui rattachées aux études LGBTQ+, notamment avec Streamers qui, comme Reviens, Jimmy Dean, reviens, évoque les dégâts causés par certaines formes de masculinité agressive. Cette virilité érigée en norme destructrice pèse sur les femmes esseulées, endeuillées, oubliées ou abandonnées, mais contribue également à abîmer le personnage homosexuel interprété par Mark Patton, lui-même jeune acteur gay qui accédera à la notoriété grâce au très queer La Revanche de Freddy (1985) de Jack Sholder.

VHS de Reviens, Jimmy Dean, reviens

Affiche © Kilowatt. © 1982 MG Cable Productions and Viacom Enterprises. A Division of Viacom International, Inc. All Rights Reserved.

Un drame de la névrose dans la tradition de Tennessee Williams

Reviens, Jimmy Dean, reviens ravive à l’écran les tourments des grandes adaptations fiévreuses de Tennessee Williams. On y retrouve la frustration sexuelle, les vertiges de la psychose et de la névrose, le mysticisme et la foi fracassés par la réalité psychologique, nés d’un passé indélébile qui laisse les plaies béantes, ainsi que l’impossibilité d’accéder à l’équilibre d’un bonheur social toujours illusoire. Le passé et le présent sont profondément imbriqués.

L’intrigue prend forme au cœur d’un magasin Woolworth d’une petite bourgade du Texas, point de ralliement d’une poignée de fans de James Dean à la veille de sa mort, en 1955. Dean, durant le tournage de son dernier film, Géant, avait marqué de ses visites une bourgade très semblable à celle du film, en l’occurrence Marfa, au Texas.

Sans transition apparente, la narration nous convie aux retrouvailles du fan-club local vingt ans plus tard, en 1975, dans ce lieu fantôme où les âmes en errance semblent avoir cessé d’exister pleinement. Par des effets de mise en scène, de jeux de miroir malin, les flashbacks et le présent s’entremêlent, au détour du flot de pensées des protagonistes, troublées par cette réunion, les heurts qu’elle provoque et les mise au point douloureuses qui sont moins des règlements de compte qu’une nécessaire thérapie de groupe par la confrontation des traumas pour envisager le lendemain.

Et le fantôme de James Dean en guest-star

James Dean, symbole d’une jeunesse terrassée trop tôt, masculinité tourmentée qui aspirait à rompre avec la rigidité des générations précédentes, avait déjà fait l’objet d’un documentaire d’Altman au début de la carrière du jeune auteur, The James Dean Story (1957). Le réalisateur en admirait le mythe ; sa présence derrière la caméra de cette adaptation n’en devient que logique dans une filmographie qui a déjà utilisé la culture populaire pour comme un miroir critique de la société américaine. Dans Nashville, la musique country et son iconographie étaient le théâtre d’une politique-spectacle. Dix ans plus tard, dans le film Reviens, Jimmy Dean, reviens, le fantôme de l’acteur, censé être le père du fils de l’héroïne la plus hallucinée, le fameux Jimmy Dean du titre, ne permet plus à l’Amérique de se raconter des histoires pour tenir debout. Plus intimiste, que Nashville, le film utilise la culture populaire comme le reflet déformant de ses propres angoisses. A l’instar de son (faux) père, Jimmy Dean est absent du long, parti en virée au volant d’une voiture volée, symbole de la fuite inexorable qui pourrait le mener à la mort. Les ambitions de succès, d’amour et de reconnaissance se fracassent à la réalité du rêve américain qui condamne chacun des protagonistes à la marge.

Parfois tendre et drôle, porté par l’interprétation remarquable de ses comédiennes, Reviens, Jimmy Dean, reviens est surtout une poignante démonstration des pièges de la mélancolie et de la nostalgie face à une Amérique incapable d’être à la hauteur des mythes qu’elle a elle-même fabriqués et des mensonges sur lesquels elle a bâti sa légende, si tant est qu’elle l’ait jamais été.

Box-office de Reviens, Jimmy Dean, reviens

Similairement à sa carrière américaine, Come back to the Five and Dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean a essuyé un échec en France, devenant, avec 27 000 entrées, l’un des cinq films les moins vus de Robert Altman dont le Popeye avait tout de même trouvé 851 000 spectateurs dans l’Hexagone en 1981.

Reviens, Jimmy Dean, reviens paraît discrètement à Paris le 6 avril 1983, dans trois cinémas, dans un contexte de nouveautés franco-françaises : Coup de foudre de Diane Kurys, avec Miou-Miou et Isabelle Huppert (28 écrans), Effraction, thriller miteux avec Bruno Crémer, Jacques Villeret et Marlène Jobert (21 salles), L’Indic, avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte (18 salles), Le dernier combat, premier long de Luc Besson (7 salles) et Merry Go Round de Jacques Rivette (2 écrans).

Le très jeune distributeur Ginis Films (Quartier de femmes, Ténèbres de Dario Argento, Le Cercle des passions, Phobia de John Huston, La fièvre de l’or de Charton Heston), associé à PM Distribution, réalise un premier jour parisien pas forcément catastrophique, avec 612 spectateurs, quand Rivette rame pour en séduire 132 dans ses deux seules salles.

Diminué par une carrière dite d’art et essai, le drame avec Cher, Sandy Dennis et Karen Black achève sa carrière à l’issue de sa 8e semaine, avec un dernier tour à l’Olympic Luxembourg où il trouve encore 397 spectateurs, pour un total un peu décevant de 17 249 entrées.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 6 avril 1983

Affiche de Reviens Jimmy Dean, reviens

Affiche © Kilowatt. © 1982 MG Cable Productions and Viacom Enterprises. A Division of Viacom International, Inc. All Rights Reserved.

Test blu-ray de Reviens, Jimmy Dean, reviens

Après une édition vidéo en VHS dès 1983 chez Super Vidéo Productions, Reviens, Jimmy Dean, Reviens fait une apparition remarquée en DVD et Blu-ray chez Rimini Films durant l’été 2026. Le film avait déjà profité d’une restauration en 2011 et avait fait son grand retour au cinéma à l’occasion, lors d’une projection au UCLA Film and Television Archive’s Festival of Preservation, au Billy Wilder Theater de Westwood, en présence de Karen Black, heureuse de retrouver le film. L’actrice décèdera deux ans plus tard…

Packaging & suppléments : 3 / 5

Le film est édité dans un boitier amaray noir et profite d’un étui au design identique. La jaquette n’est malheureusement pas la plus représentative du film. Elle ne reflète en rien la beauté de cette œuvre méconnue qui se doit d’être redécouverte, de par la modernité des thématiques abordées et la force de son interprétation.

Des bonus pertinents pour une durée d’une heure apportent une véritable plus-value au format physique. Le critique Frédéric Mercier de la revue Positif, présente le long métrage et son histoire pendant 35 minutes, de façon enthousiaste et savante. On a beaucoup de chance de profiter d’une interview du monteur du film (Jason Rosenfield, 25min) et du chef décorateur (David Gropman, 11min) qui débutaient tous deux sur ce projet d’excellence par l’un des plus grands réalisateurs de l’époque. Ils reviennent sur leurs parcours, leur relation avec Robert Altman et tous les défis autour de cette œuvre intimiste qui n’aura plus aucun secret après le visionnage de ces suppléments.

Image : 3.5 / 5

Après des années d’oubli et l’abandon de copies 35 mm dans un état dangereux pour la préservation de l’oeuvre, Reviens, Jimmy Dean, Reviens a été restauré au début des années 2010 et a profité de formats numériques qui ont rendu l’oeuvre de nouveau accessible, notamment chez Olive Films aux USA, Eureka en 2019, et, plus récemment, en 4K chez Vinegar Syndrome en 2026.

La copie proposée en blu-ray chez Rimini, simple 1080p, semble être un master HD nettoyé de l’époque 2010, sans l’apport attendue d’une restauration 2K ou comme chez Vinegar en 4K cette année.

Pour restituer la photographie très picturale de Pierre Mignot, le 1080p ne démérite pas dans sa douceur, mais reste assez limité en matière de texture et de profondeur de champ. Film à petit budget, le lumineux Reviens, Jimmy Dean, Reviens, avait été tourné en Super 16 afin d’être projeté en salles en 35 mm, avec un léger grain. Le master proposé est propre, harmonieux, mais en retrait de la réalité des capacités de restauration contemporaine.

Son : 4 / 5

Partition théâtrale mettant l’accent sur les dialogues, Reviens, Jimmy Dean, reviens a été tourné en mono. Celui-ci est retranscrit sans artifice dans son jus originel, rehaussé par un encodage DTS-HD Master Audio. La piste mono a été copiée sur les deux canaux afin d’harmoniser la projection, qui se veut intimiste et accessible. Aucun défaut de restitution n’est à signaler : l’ensemble est propre.

À noter qu’une seule piste est proposée, la version originale. Se pose alors la question de l’existence d’une version française. En salle, le film a été projeté en VOSTF dans un réseau restreint de cinémas d’art et d’essai. En revanche, il existe une édition vidéo chez Super Vidéo Productions, société de Sergio Gobbi, éditée en 1983, mais la jaquette ne mentionne nullement la présence d’une piste VO ou VF, à une époque où les VOSTF étaient rares en vidéocassette et donc généralement signalées sur les jaquettes. On n’en tirera aucune conclusion, mais cette cassette, qui reprenait le visuel de l’affiche cinéma dessinée par Kilowatt, laisse envisager l’existence d’une version française…

Frédéric Mignard

© 1982 MG Cable Productions and Viacom Enterprises. A Division of Viacom International, Inc. All Rights Reserved. © 2026 Paramount Pictures. All Rights Reserved.

x