Premier film séduisant d’Antoine Besse, Ollie décrit le monde des skateurs des champs avec sensibilité et en s’attachant à des personnages bien écrits.
Synopsis : À 13 ans, Pierre revient vivre à la ferme de son père après le décès brutal de sa mère. Harcelé à l’école, il se réfugie dans sa passion : le skate. Il rencontre Bertrand, un marginal qui cache un passé d’ancien skateur, et qui le prend sous son aile. Ensemble, ils vont tenter de se reconstruire.
Skate or Die
Critique : Premier long métrage d’Antoine Besse, Ollie (2024) a connu une assez longue gestation puisqu’il s’inspire du court métrage Le Skate moderne (2014) que le cinéaste a consacré aux skateurs des champs (ceux qui vivent à la campagne, donc). Entre-temps, le cinéaste a tourné des épisodes de séries télé, ainsi qu’un clip pour Nekfeu. Finalement, avec Ollie, il choisit de revenir à sa passion initiale qui est le skate, tout en rendant également hommage au cinéma indépendant américain qu’il aime tant.

© 2024 Rézo Productions, Alhambra Studios, Les Films du Kiosque, Kiss Films, Tropdebonheur Productions, Fin Août Début Septembre / Wayna Pitch. Tous droits réservés.
Ainsi, pour écrire le script de son premier essai, il s’est largement inspiré, selon ses propres dires, de la structure narrative du film Mud – Sur les rives du Mississippi (Jeff Nichols, 2012) avec Matthew McConaughey et Tye Sheridan. Effectivement, on retrouve dans Ollie la même relation amicale tissée entre un adolescent et un homme un peu plus mûr qui sert de figure tutélaire. Le cinéaste a ajouté à cette intrigue de nombreux éléments autobiographiques, en s’inspirant notamment de Béranger, dit “Béber” pour créer le personnage de Bertrand interprété par Théo Christine.
Une bonne part d’autobiographie
Ce skateur a marqué la jeunesse d’Antoine Besse, notamment à cause de son destin tragique à la suite d’une blessure au genou qui l’a entraîné dans une spirale mortelle au point de décéder en 2020. Le film lui est d’ailleurs dédié. On peut donc ressentir toute l’affection qu’Antoine Besse porte envers ce personnage à qui il octroie ici une sorte de seconde chance, là où la réalité s’est avérée bien plus triste et sordide.
Pour pouvoir tourner en toute liberté, Antoine Besse n’a pas effectué son casting en cherchant des acteurs confirmés qui apprendraient le skate pour l’occasion, mais plutôt des skateurs capables de jouer la comédie. C’est notamment le cas du jeune Kristen Billon, champion de France U16 à seulement 14 ans. Il venait de décrocher ce titre en 2023 quand il a été sélectionné par l’équipe de casting et le réalisateur afin d’interpréter Pierre, l’ado harcelé au collège et sur les réseaux sociaux. Le tournage a d’ailleurs eu lieu en intégralité en 2023, avant d’être présenté dans certains festivals en 2024, puis de connaître des mésaventures au niveau de sa distribution.
La résilience par l’amitié
Situé à la campagne, Ollie s’intéresse donc au destin de deux personnages principaux. Tout d’abord, Pierre est un gamin de 13 ans qui vient de perdre sa mère et qui doit supporter la vie dans la ferme de son père (très juste Cédric Kahn). Frêle d’apparence, l’ado est harcelé au collège, tandis qu’il s’entraine toutes les nuits au skate, sa passion. Ensuite, le deuxième protagoniste est un jeune homme proche de la trentaine qui trimbale un mal-être chronique lié à un passé traumatique que nous découvrirons en cours de film. Ancien cador en skate, ce rasta sans cesse stone va prendre sous son aile protectrice le gamin de 13 ans.
Dès le début, cette relation amicale touche le spectateur car elle permet de réunir deux douleurs qui ont un rapport avec un deuil impossible. S’instaure alors une relation de mentor à élève qui offre aux personnages une possibilité de se sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent tous deux coincés. Pour cela, Antoine Besse a pu s’appuyer sur l’excellente prestation du jeune Kristen Billon, tandis que Théo Christine s’avère formidable dans un total contre-emploi où il semble reproduire les gestes outrés de Johnny Depp en Jack Sparrow dans la saga Pirates des Caraïbes.
Un bel habillage sonore pour une ambiance éthérée
Outre une belle prestation physique, Théo Christine se révèle toujours aussi convaincant lorsqu’il doit aborder les passages plus dramatiques. Le reste du casting est à l’avenant et l’on apprécie aussi la courte présence d’Emmanuelle Bercot en tante assistante sociale. Mais ce qui fait d’Ollie – nom d’une figure basique au skate pour les néophytes – une première œuvre aussi attachante vient de la capacité du réalisateur à sublimer ses images par quelques notations oniriques (l’apparition régulière d’un magnifique chien blanc) et par une bande sonore éthérée composée par Yann Apfel et Jimmy Whoo, deux compositeurs de synthwave.

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Comme en apesanteur, le récit initiatique possède donc des moments de pure grâce, notamment lorsque l’auteur filme les héros en train de skater sur les routes provinciales françaises, comme autrefois certains héros de Larry Clark (en nettement moins sordide ici). Même si le jeune réalisateur n’échappe pas toujours au piège du film à caractère social – le harcèlement scolaire ou encore la crise de la filière laitière – il arrive tout de même à ne jamais perdre de vue ses personnages et la justesse de leur psychologie. Une qualité désormais devenue assez rare.
Ollie, film resté longtemps sans distributeur
Lorsque le long métrage a été achevé, son distributeur initial Rezo Films a fait l’objet d’une liquidation judiciaire en mars 2024 et Ollie s’est donc retrouvé orphelin d’un seul coup. Il a fallu attendre le mois d’octobre de la même année pour qu’un nouveau distributeur se déclare intéressé, l’indépendant Wayna Pitch. Toutefois, celui-ci n’a pu placer son nouveau poulain dans les salles qu’à partir du 21 mai 2025, soit deux ans tout juste après son tournage. Il a tout de même pu profiter de l’exposition du Festival de Cannes où le métrage a été projeté dans la section Cannes Écrans Juniors.
En amont, de nombreuses avant-premières ont été organisées dans toute la France afin de générer un bouche à oreille positif. Toutefois, pour sa première semaine, Ollie ne fédère que 10 021 skateurs sur toute la France. Un score très faible qui ne s’arrange guère en seconde tournée avec seulement 4 656 retardataires. Par la suite, le métrage n’a grapillé que des miettes avant de disparaître de l’affiche avec 24 115 entrées, essentiellement dues aux avant-premières.
Pourtant, ce premier film méritait davantage d’égards et il est toujours temps de se rattraper à l’aide du DVD édité au mois de novembre 2025 ou encore en VOD pour en profiter en HD.
Critique de Virgile Dumez
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Antoine Besse, Cédric Kahn, Emmanuelle Bercot, Théo Christine, François Godart, Lucas Mortier, Kristen Billon
Mots clés
Cinéma français, Cinéma provincial français, L’adolescence au cinéma, Le monde paysan au cinéma, Jeunesse paumée