Evil Dead Burn est un projet radical dans sa violence, calibré pour compter parmi les meilleurs de la série, mais dont on ressort peu convaincu par son ADN française qui se détache du ton méphistophélique de cette franchise longue de six films.
Synopsis : Après l’enterrement de son mari, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas à sa mémoire. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.

Affiches internationales d’Evil Dead Burn – © Warner Bros, New Line Cinéma, Ghost House Pictures. All Rights Reserved.
La franchise Evil Dead
Critique : Avec 147M$ dans le monde dont 67M$ aux USA, Evil Dead Rise de Lee Cronin avait largement dépassé les pronostics de ses propres producteurs, Sam Raimi et Rob Tapert, et faisait encore mieux que le remake de leur micro budget de 1982. Evil Dead proposé par Fede Alvarez en 2013, avait ravivé la flamme pour cette anthologie, avec pas moins de 97M$ dans le monde dont 54M$ aux USA.
Ce qui a caractérisé cette deuxième trilogie autour d’Evil Dead, c’est évidemment le nom de cinéastes non-américains derrière la caméra, des jeunes gens qui n’avaient pas vraiment de carrière établie, comme Sam Raimi quand il réalisa son premier long métrage en 1981. Ainsi, Fede Alvarez, en 2013, était un auteur uruguayen qui n’avait pas encore accouché de Don’t Breathe et d’Alien Romulus. Lee Cronin, de son côté, cinéaste irlandais qui avait commencé tout petit avec le surnaturel The Only Child, en 2019, devient le réalisateur heureux de Rise en 2023.
Evil Dead Burn tourné par un Français
La promesse française que représentait Sébastien Vanicek pour ce troisième épisode burné était risquée. Le jeune cinéaste n’avait réalisé à ce jour qu’un long bien de chez nous. Vermines (Infested à l’international) avait fait parler de lui en salle en France en 2023 et sur les plateformes internationales en 2024. Mais son association cinéma de genre – banlieue française évoquait des dizaines d’avatars dont la descendance fut quasiment nulle et autant de poncifs que beaucoup d’auteurs de notre terroir ont eu du mal à transcender sur un plan artistique. Sheitan de Kim Chapiron, Kandisha de Julien Maury et Alexandre Bustillo, La horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, ou plus récemment La tour de Guillaume Nicloux… tous ces films ont eu tendance à tourner en rond et à ne mener nulle part surtout au box-office. Vermines au moins avait réussi à atteindre les 270 000 entrées pour un budget vraiment bas mais ses codes pouvaient-ils être applicables à une série B anglophone estampillée Evil Dead ?

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Des thématiques féministes déjà servies ailleurs en mieux
Evil Dead Rise avait déjà pris le risque d’élever le décor de la saga Evil Dead (une cabane dans les bois, comme unité de lieu, si l’on excepte le délire médiéval de Evil Dead 3 – L’armée des morts), dans un environnement urbain déliquescent propre au Vermines de Vanicek , celui d’une tour assaillie par une menace diabolique extérieure. Qu’allait donc faire Sébastien Vanicek si ce postulat avait déjà été traité ? Avec son poto Florent Bernard (co-scénariste de Vermines, mais qui a œuvré dans tous les genres, avec Nous les Leroys ou encore Jack Mimoun et les secrets de Val Verde), il choisit de livrer un script qui s’éloigne de la saga pour des thématiques quelque peu bancales. Confrérie et secte, deuil familial, violences faites aux femmes, masculinité toxique… les thèmes clichetons s’accumulent pour habiller un scénario peu original. Il ne s’agira jamais de transcender la réalité méphistophélique du premier long métrage qui demeure encore aujourd’hui inégalée, mais plutôt d’offrir un spectacle bardé d’effets pour que le spectateur puisse en avoir plein les yeux, même si, in fine, le film ne raconte rien de plus qu’un podcast de France Inter.
Une réalisation tarabiscotée dans le style virtuose de la saga virevoltante
Sam Raimi ayant eu envie de faire de sa saga une farce burlesque à partie du second numéro et les jeunes cinéastes internationaux qui lui ont succédé ayant fait de leurs films des foires aux effets numériques dans les années 2010-20, l’essence infernale du premier numéro, qui s’était érigé en véritable “opéra de la terreur”, n’a jamais été retrouvée. Le raccourci métaphorique de Sébastien Vanicek consistant à faire de la masculinité et de la perpétuation du patriarcat, de génération en génération, le mal absolu n’était pas l’idée la plus audacieuse pour rivaliser avec Evil Dead 1, surtout que le même mois, L’Odyssée de Christopher Nolan, avait approfondi cette approche intellectuelle de façon plus satisfaisante, élevant son péplum en chef d’œuvre du genre. Vanicek, lui, n’y parvient pas, exploitant passablement des idées qui nous écartent d’une peur plus profonde… Face à un déluge de violence cracra, il est ainsi triste de dire qu’Evil Dead Burn ne fait pas peur dans son incapacité à exploiter les sphères du macabre.
Aussi, Evil Dead Burn est-il un authentique film Evil Dead ? Au-delà des effets de caméras dronées qui veulent répéter les délires visuels de Sam Raimi, et une réalisation réellement tarabiscotée dans la tradition de la franchise virtuose, on n’en a pas l’impression. Visuellement, le film fait mal aux yeux, ravivant le pire de la production horrifique française : des gros plans laborieux qui insulte le format 2:35, un montage plus hystérique que frénétique, une photographie grisâtre tristounette… on se croirait encore face à une production de La Fabrique à films des années 2000, société qui s’était fait un nom en distribuant The Descent, mais qui avait dilapidé tout son capital de sympathie en produisant de gros nanars franchouillards comme Humains et La Meute.

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La répétition de l’intrigue (une famille attaquée par des créatures démoniaques) déjà au centre de Evil Dead Rise, ne permet jamais de raviver la curiosité autour du script qui manque d’imagination : Burn évoque le deuil d’une jeune femme battue par son époux, sa belle-famille regorge de secrets autour d’un pilier masculin détestable qui ne laisse aucune place à un fils hypersensible qu’il voit comme un lâche, les femmes passives (une mère de famille sacrificielle et une grand-mère sénile) partagent cette complicité par leur silence et le refus d’ouvrir les yeux… On n’avait pas du tout envie de suivre pareils archétypes dans un chapitre d’Evil Dead (et de surcroit, d’être servi de shots d’humour autour de la vieille dame frappée de troubles neurodégénératifs qui nous sortent du film).
Un vrai film d’horreur généreux dans sa violence et sa cruauté
Malgré ces nombreux reproches, Evil Dead Burn est-il à enterrer vivant? Non, cette production généreuse est aussi bel et bien une tuerie horrifique, celle que vendaient les remarquables bandes-annonces qui ont précédé le long pendant trois mois. Loin des attractions audiovisuelles pour adolescents, le film de Sébastien Vanicek se veut fidèle à la cruauté et à la violence intrinsèques à la franchise qui s’est rendue célèbre pour ses démembrements, énucléations, têtes éclatées, flots de sang et fluides fétides…Sur cet aspect, Sébastien Vanicek fait de son Evil Dead un digne successeur des deux premiers opus de Sam Raimi. Son long est probablement l’un des plus radicalement graphiques de toute la franchise et les effets sont particulièrement saisissants, malgré un recours au numérique qui parfois nous fait remonter sur terre lorsque l’on aurait préféré rester dans ses enfers souterrains. Si l’intrusion en entité dantesque de l’ex-mari de l’héroïne centrale, jouée par Souheila Yacoub (comédienne française vraiment solide, même en anglais), était une évidence narrative, son assimilation à un Terminator infernal laisse à désirer dans sa concrétisation numérique. L’effet est maladroit et nous sort du film quand l’action est au paroxysme.
Au vu de son résultat au box-office mondial qui est moitié moindre que Rise (65M$ dans le monde en trois semaines), la déception autour de ce sixième épisode de la franchise Evil Dead a été partagée, visiblement par le public et forcément par les producteurs.
Et ce n’est pas la chanson du générique de fin, l’excellent Paradis, par le duo de musiciens Double Danger et la chanteuse Chilla, interprétée en français, qui nous fera changer d’envie. Cette version dark du duo Kendrick Lamar/SZA All the Stars, nous évoque Black Panther quand on voit défiler les crédits d’un Evil Dead. Il y a donc forcément un problème.

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Bref, Evil Dead 1, Evil Dead Rise, er Evil Dead 2 demeurent les trois meilleurs opus de la franchise. Loin d’être au niveau, Burn a au moins le mérite de se hisser au-dessus du remake de 2013 dont le choix des acteurs et le recours au numérique nous restent encore à travers la gorge. Attendons maintenant 2028 pour voir ce que Francis Gallupi (Last Stop : Yuma County) en fera. Ce septième volet, en post-production au moment de la sortie d’Evil Dead Burn, se laisse tranquillement deux ans pour corriger le tir.
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