Polar typique du style Olivier Marchal, Bastion 36 ne se démarque pas dans sa filmographie et ressemble trop à un produit télévisé pour marquer durablement les esprits. Un coup pour rien.
Synopsis : Capitaine à la BRI, Antoine Cerda est muté à la BAC à la suite d’une sanction de l’Inspection générale. Il s’éloigne de ses coéquipiers et de son groupe de la BRI, commandé par le capitaine Sami Belkaïm. Environ un an plus tard, deux membres de son ancienne équipe sont tués, alors qu’un troisième est porté disparu. Antoine va alors enquêter et se retrouver malgré lui en pleine « guerre des polices ».
Olivier Marchal et les plateformes de streaming
Critique : Depuis maintenant une dizaine d’années, le réalisateur et comédien Olivier Marchal travaille dans le cadre des plateformes de streaming et non plus au cinéma. Ainsi, il a livré pour Netflix le polar Bronx (2020) et la série Pax Massilia (2023-2025), puis Overdose (2022) pour Amazon Prime. Malgré une qualité déclinante de sa production artistique, le cinéaste spécialisé dans le polar est toujours soutenu par le géant Netflix qui décide de produire, avec l’aide de Gaumont, Bastion 36 (2025).

© 2025 Netflix / Photographie : Laurent Le Crabe. Tous droits réservés.
Initialement, le long métrage devait être une suite plus ou moins indirecte de son classique 36 Quai des Orfèvres (2004), afin d’observer l’évolution de la police dans les vingt années d’intervalles. Mais le projet a finalement beaucoup évolué puisque les personnages ne sont plus du tout les mêmes et qu’Olivier Marchal a opté pour l’adaptation du roman Flics Requiem de Michel Tourscher publié en 2013.
La guerre des polices selon Marchal
Il faut dire que cette « guerre des polices » correspond tout à fait à l’univers déployé depuis près de trente ans par Olivier Marchal. Ainsi, dans Bastion 36, il est assez peu question de crime organisé et l’on retrouve l’obsession de l’auteur pour les règlements de compte entre policiers. Il nous convie une fois de plus à suivre une brigade de la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention) dont les membres sont présentés comme une grande famille, à l’image de celle de la série Braquo.
A la suite d’une erreur d’appréciation, le capitaine Antoine Cerda est mis sur la touche et envoyé dans une section de la BAC (Brigade anticriminalité). Interprété par Victor Belmondo qui suit les traces de son illustre grand-père Jean-Paul Belmondo, sans en posséder encore le charisme nécessaire pour s’imposer au sein d’un groupe, le capitaine va apprendre la disparition d’un de ses anciens partenaires et le meurtre de deux autres.
Un script un peu trop banal pour support
Commence alors une enquête pour savoir qui peut être derrière cette vendetta menée contre la brigade. Si le pitch est plutôt classique, le film va progressivement perdre de son intérêt lorsque le spectateur se met à deviner tous les rebondissements une bonne dizaine de minutes avant les personnages principaux. Contrairement aux précédentes réalisations de Marchal, les différents protagonistes sont croqués à gros traits et ne présentent donc guère d’intérêt en dehors des archétypes traditionnels du genre.
Alors que Bastion 36 démarre sur les chapeaux de roues avec une scène d’action efficace qui comprend une filature, puis une course poursuite à moto en plein Paris, la suite s’avère bien plus laborieuse, avec de nombreux tunnels dialogués et des séquences qui tentent de faire diversion pour masquer la faiblesse de la trame principale. Ainsi, le spectateur comprend assez vite les dessous de cette affaire et, connaissant bien l’univers très sombre d’Olivier Marchal, comprend les intentions de l’auteur.
Le film d’un misanthrope ?
Il s’agit une fois de plus de tirer à boulets rouges sur une institution gangrenée de l’intérieur, entre flics ripoux, donneurs d’ordres officieux et représentants du ministère frileux. De plus en plus désabusé, le réalisateur ne semble même plus croire en la solidarité entre flics, là où la notion de grande famille irriguait ses œuvres passées. Cela joue sur le manque de proximité entre le spectateur et les différents protagonistes du film. Désormais, on ne se sent plus assez proche des antihéros du cinéaste qui nous perd en chemin au long de ces deux heures bien longues.

© 2025 Netflix / Photographie : Laurent Le Crabe. Tous droits réservés.
Pire, ne pouvant pas s’appuyer sur des grosses pointures comme autrefois – si l’on omet la présence d’Yvan Attal – le cinéaste ne parvient pas à élever le jeu des comédiens au-delà d’une simple série télévisée. Même si sa réalisation demeure efficace, Olivier Marchal ne semble plus disposer des moyens nécessaires à ses ambitions. D’après certains entretiens, le tournage de Bastion 36 a d’ailleurs été émaillé de nombreux incidents liés à un tournage compliqué à Paris et sa banlieue. De quoi doucher les envies de réitérer l’expérience pour le cinéaste.
Victor Belmondo ne s’impose pas encore dans l’action
Si Victor Belmondo est par ailleurs un comédien que nous avons toujours apprécié dans des petits films d’auteur, il ne semble pas encore pleinement capable de porter un film d’action sur ses seules épaules et ne paraît pas très crédible lors des combats de MMA qu’il mène contre des colosses aux muscles saillants. Le reste du casting est composé des habitués du cinéaste, avec une tendance à récupérer les comédiens qui jouent dans ses séries. De quoi donner encore un peu plus le sentiment d’assister à un pilote de série télé plutôt qu’à un véritable film de cinéma.
Bastion 36 a été proposé sur la plateforme Netflix dès le mois de février 2025 et peut ainsi être visionné par des millions de spectateurs dans le monde. Il s’agit de l’argument le plus fréquent des réalisateurs qui pactisent avec les géants du streaming.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 26 février 2025
Voir le film sur Netflix

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Biographies +
Olivier Marchal, Erika Sainte, Nicolas Wanczycki, Tewfik Jallab, Yvan Attal, Muriel Combeau, Stéphan Wojtowicz, Soufiane Guerrab, Victor Belmondo, Moussa Mansaly, Guillaume Pottier, Juliette Dol
Mots clés
Cinéma français, Exclusivités Netflix, Thrillers français, Les flics ripoux au cinéma, Les violences policières au cinéma