Version trash du conte Cendrillon, The Ugly Stepsister de Emilie Blichfeldt est un OVNI d’une cruauté assez jubilatoire qui en profite pour égratigner les normes imposées aux femmes par une société à dominance masculine. Drôle et gore à la fois.
Synopsis : Dans un royaume où la beauté règne en maître, la jeune Elvira doit faire face à une redoutable concurrence pour espérer conquérir le cœur du prince. Parmi les nombreuses prétendantes, se trouve notamment sa demi-sœur, à l’insolente beauté. Pour parvenir à ses fins dans cette impitoyable course au physique parfait, Elvira devra recourir aux méthodes les plus extrêmes…
Cendrillon, le conte à rebours
Critique : Remarquée dès son court métrage de fin d’études (Saras intime betroelser en 2018) pour son originalité, la jeune réalisatrice norvégienne Emilie Blichfeldt a toujours travaillé sur la notion de féminité et de genre, souhaitant notamment déconstruire les représentations traditionnelles de la femme. A la suite d’un rêve où elle se voyait en demi-sœur de Cendrillon, Emilie Blichfeldt a choisi d’en faire le sujet de son premier long métrage intitulé The Ugly Stepsister (2025).

© 2025 Mer Film, Lava Films, Zentropa International Sweden, Motor, Film i Väst, Scanbox Entertainment / Affiche : Silenzio ; Photos de Marcel Zyskind. Tous droits réservés.
Afin de livrer sa propre version du conte traditionnel connu grâce aux versions littéraires de Charles Perrault ou encore des frères Grimm, la scénariste et réalisatrice a voulu centrer la narration sur l’une des demi-sœurs de Cendrillon, soit en principe une méchante. Afin de se réapproprier intégralement le conte, Emilie Blichfeldt a volontairement brouillé les repères géographiques et chronologiques de son long métrage, plongeant le spectateur dans un univers indéfini.
L’assignation à la beauté comme fardeau féminin
Toutefois, elle injecte dans le long métrage des thématiques particulièrement actuelles en nous obligeant à décentrer notre regard sur ce personnage secondaire, a priori négatif, mais qu’elle compte également montrer comme une victime de l’assignation à la beauté exigée des femmes par les normes sociétales. Ainsi, la cinéaste revient sur un thème qui la travaille beaucoup et qui correspond à une interrogation contemporaine parfaitement légitime.
Comme dans le récent drame lituanien Toxic (Saulė Bliuvaitė, 2024), nous allons suivre durant une grande partie du film les souffrances qu’une jeune fille inflige à son corps pour correspondre aux normes attendues d’elle. Dans les deux cas, l’usage d’un ver solitaire offre l’opportunité de répondre aux canons de minceur, au risque d’y perdre la santé. On peut aussi rapprocher le long métrage du récent The Substance (Coralie Fargeat, 2024) dans sa dimension cronenbergienne où la chair ne cesse d’être triturée et maltraitée. Ainsi, The Ugly Stepsister appartient bien au sous-genre du body horror qui semble être une préoccupation majeure des réalisatrices actuelles, comme une revanche sur des siècles d’injonction à la beauté permanente.
Du romantisme à la triviale réalité
En ce qui concerne les hommes, la réalisatrice se moque franchement de leur position dominante, exposant à plusieurs reprises leurs postérieurs, ainsi que leurs phallus en érection (une audace, même s’il s’agit a priori de prothèses en latex) pour stigmatiser leur désir de possession et leur emprise sur le corps féminin. Le contraste est particulièrement saisissant entre les rêves chastes et romantiques de la jeune fille et la réalité si triviale de l’acte sexuel. Là aussi, Emilie Blichfeldt tourne en dérision le mythe du prince charmant pour en faire un vulgaire soudard qui ne pense qu’à copuler.
Pourtant, loin de céder à l’idéalisation féministe, la réalisatrice propose une intrigue où les femmes sont amenées à se jalouser et parfois même à se concurrencer pour pouvoir survivre. Cela les pousse à des extrémités qui prennent la forme d’insultes, de mépris et, pire, de violence qu’elle soit verbale – les langues sont ici vipérines – ou physique. Même le personnage a priori positif de Cendrillon est loin d’être immaculé.
Du cinéma à la fois esthétique et trash
Très original dans son traitement trash, The Ugly Stepsister multiplie les séquences outrancières avec un bonheur constant. Le gore, réalisé à partir d’effets pratiques, fait toujours mal car lié au corps humain maltraité. Le tout est filmé avec talent, enrobé dans une photographie de Marcel Zyskind tour à tour fantomatique ou sombre, des décors gothiques à souhait et une musique électro volontairement kitsch et décalée de John Erik Kaada et Vilde Tuv qui rappelle le Marie Antoinette (2006) de Sofia Coppola. Encore une réalisatrice.

© 2025 Mer Film, Lava Films, Zentropa International Sweden, Motor, Film i Väst, Scanbox Entertainment / Affiche : Silenzio ; Photos de Marcel Zyskind. Tous droits réservés.
Financé majoritairement par la Norvège, mais intégralement tourné en Pologne, The Ugly Stepsister est assurément un OVNI dans la production horrifique actuelle, tout en s’inscrivant dans des thématiques féministes bien de leur temps. Présenté avec succès au Festival du film fantastique de Sitges en 2025, le conte horrifique est reparti avec le Prix du meilleur film. Par la suite, il a également raflé le Méliès d’argent du meilleur long métrage européen au Festival de Neufchâtel 2025, avant d’obtenir une nomination aux Oscars 2026 dans la catégorie des meilleurs maquillages et coiffures.
Box-office français de The Ugly Stepsister
En France, le film extrême qui a écopé d’une interdiction aux moins de 16 ans bien méritée a été distribué par ESC Films début juillet 2025, espérant sans doute renouveler le miracle de la saga Terrifier qui leur a apporté de beaux résultats en salles (70 939 entrées pour le 2 et surtout 490 237 convives pour le 3).
Exposé dans 94 salles sur toute la France, The Ugly Stepsister n’a pas su s’imposer avec seulement 21 533 spectatrices en première semaine. La suite n’est guère satisfaisante, avec une grosse chute à 9 111 retardataires en deuxième septaine. Si le body horror va rester exposé durant tout l’été dans quelques salles, il n’a pas réussi à dépasser les 39 672 adeptes, malgré des critiques favorables. Depuis, la bête de festival a été éditée bien évidemment par ESC dans une édition combo 4K UHD et blu-ray ou en simple DVD.
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Emilie Blichfeldt, Lea Myren, Ane Dahl Torp, Thea Sofie Loch Næss, Flo Fagerli
Mots clés
Cinéma norvégien, Cinéma polonais, Le Body Horror, Conte de fées, Les princesses au cinéma, Gore, Trash