Comédie noire grinçante, Aucun autre choix est une réussite patente, même si le jeu outré des acteurs coréens peut parfois irriter. Le constat anticapitaliste, lui, est proprement glaçant.
Synopsis : Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Une nouvelle version du Couperet de Costa-Gavras
Critique : Aucun autre bruit est un projet de longue date pour le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook (Old Boy et Mademoiselle). En fait, il a mis plus de vingt ans à le concrétiser puisqu’il s’agit initialement d’une proposition de StudioCanal qui souhaitait lui vendre les droits d’adaptation du Couperet (à la fois roman de Donald E. Westklake de 1997 et film de Costa-Gavras de 2005 avec José Garcia). Pourtant, l’affaire n’est pas conclue, puis sans cesse repoussée jusqu’à ce que le cinéaste coréen fasse véritablement la connaissance de Costa-Gavras lors du Festival international du film de Busan en 2019. L’entente est parfaite entre les deux hommes et cela relance l’idée d’un remake, ou plus exactement d’une seconde adaptation du roman de Westlake.

© 2025 CJ ENM Co., CJ Entertainment, KG Productions, Moho Film. Tous droits réservés.
Effectivement, le scénario de Park Chan-wook comprend des éléments qui ne sont aucunement présents dans le film français de 2005 et même dans le roman d’origine. Ainsi, le réalisateur sud-coréen a eu l’excellente idée de rendre toute la famille complice des agissements du chômeur qui envisage d’éliminer ses concurrents pour retrouver du travail. Peut-être est-ce là l’influence de Parasite (Bong Joon-ho, 2019) ?
Quand le capitalisme sauvage amène à la bestialité
En tout cas, Park Chan-wook situe le début de sa satire politique et anticapitaliste dans une superbe maison où l’on fait la connaissance d’une petite famille idéale. Tout semble aller comme sur des roulettes jusqu’au jour où le chef de famille – excellent Lee Byung-hun dans un contre-emploi étonnant – apprend qu’il est licencié après vingt-cinq ans de bons et loyaux services dans l’entreprise de papèterie locale.
Si le personnage commence par suivre des formations et multiplier les entretiens infructueux, la possibilité de perdre la maison familiale le fait totalement vriller. Ainsi, la possibilité de devoir sacrifier tout ce qu’il a mis des décennies à construire l’amène vers le choix le plus terrible qui soit : éliminer les concurrents potentiels sur le marché de l’emploi dans son domaine d’expertise.
Une comédie grimaçante, mais aussi très grinçante
D’ailleurs, la première heure de Aucun autre choix peut apparaître parfois un peu laborieuse puisque le cinéaste insiste sur le fait qu’il n’est décidément pas facile d’ôter la vie à un être humain. Les premiers essais infructueux du protagoniste principal en font un loser pathétique qui peut être irritant. Cela n’est pas facilité par le jeu grimaçant des comédiens, dans la grande tradition coréenne. Dès lors certaines outrances de jeu pourront éconduire les spectateurs qui n’apprécient pas ce style très expressionniste typique de la contrée.

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Nonobstant, une fois que Park Chan-wook enclenche la mécanique meurtrière (soit la dernière grosse heure du film), Aucun autre choix se fait plus jubilatoire grâce à une méchanceté réelle et surtout une satire sans concession d’un système capitaliste que le cinéaste semble abhorrer. A partir de là, le rire grinçant se fait plus direct et la métaphore d’un monde entièrement gouverné par la recherche du profit immédiat devient plus pertinente.
Aucun autre choix ou la satire d’un monde en perdition
Mieux, Park Chan-wook actualise les enjeux du roman en ajoutant toute une dernière partie où il dénonce à la fois l’inaction des Etats sur le plan climatique, ainsi que la future destruction des emplois lié à l’utilisation massive de l’IA. L’ironie de tout ceci vient de l’idée que la lutte pour la survie ne laissera leur chance qu’à un petit groupe d’individus, les plus carnassiers, forcément.
Pour appuyer son propos, le réalisateur continue à déployer des trésors d’imagination dans sa mise en scène. Il s’appuie sur une superbe photographie de Kim Woo-hyung et d’une musique efficace de Jo Yeong-wook, son fidèle complice. Enfin, il se sert judicieusement de l’image lisse de Lee Byung-hun (l’inoubliable interprète de A Bittersweet Life de Kim Jee-woon en 2005) qu’il emploie à rebours pour en faire un père de famille au-dessus de tout soupçon. Face à lui, la comédienne Son Ye-jin incarne une épouse d’abord ignorante, puis complice des méfaits de son mari. Enfin, l’acteur Lee Sung-min cabotine un maximum dans le rôle d’un des victimes potentielles du serial-killer.
Une comédie anticapitaliste assez jubilatoire
Le résultat donne donc une comédie noire plutôt savoureuse, pour peu que l’on fasse l’impasse sur quelques passages plus clownesques, typique des productions sud-coréennes. En tout cas, le réalisateur n’hésite pas à cracher sur le modèle capitaliste qu’il rend parfaitement ignoble jusque dans ses conséquences les plus actuelles.
Sorti aux Etats-Unis dans un circuit limité fin 2025, Aucun autre choix a connu une exploitation remarquable dès le mois de janvier, amassant jusqu’à 10 millions de dollars et réussissant à être nominé dans trois catégories prestigieuses des Golden Globes 2026. En Europe, le thriller social a d’abord été présenté au Festival de Venise en 2025 d’où il est reparti bredouille. Pour la France, Aucun autre bruit a déboulé dans nos salles à partir du 11 février 2026 sur une combinaison assez limitée de 158 salles.
Box-office provisoire d’Aucun autre choix
Le film connaît immédiatement un joli succès avec 102 880 chômeurs et une 11ème place hebdomadaire. La semaine suivante, le distributeur ARP lui offre 170 copies pour une chute de 43 % et 58 481 retardataires. Pourtant, avec 270 salles, ARP mise tout sur son poulain et parvient à limiter la casse en troisième septaine. Le film dépasse déjà les 200 000 entrées. Au vu de la réussite certaine de la comédie noire, Aucun autre choix devrait poursuivre son chemin durant de longues semaines en salles. De notre côté, on vous le recommande.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 11 février 2026

© 2025 CJ ENM Co., CJ Entertainment, KG Productions, Moho Film / Affiche : Caractères. Tous droits réservés.
Biographies +
Park Chan-wook, Lee Byung-hun, Lee Sung-min, Son Ye-jin
Mots clés
Cinéma coréen, Le chômage au cinéma, Films anticapitalistes, Remakes, Comédie noire, Comédie sociale