Avec Le teckel, Todd Solondz, réalisateur du monument trash Happiness, revient aux délices du film à sketches cruel, autour d’un fil conducteur canin particulièrement goguenard.
Synopsis : Le portrait d’un teckel et de tous ceux auxquels il apportera un bref instant de bonheur.
Critique : De Storytelling à Palindromes, Todd Solondz a toujours su faire des merveilles de l’art narratif, emboîtant les récits dans des narrations complexes autour de situations désabusées et dépressives. Dans le court, il expose l’universalité humaine, dans ce qu’elle a de plus cynique et de plus cruelle, rassemblant parfois les personnages dans un format choral qui explose en big bang. Happiness (1998) reste à ce jour sa plus grande réussite, d’une truculence jamais égalée à l’écran.
Avec Le Teckel, le cinéaste revient aux sketches et se sert de l’imagerie canine pour faire resurgir l’absurdité de la vie, avec ce ton grinçant de l’humour noir qui est le sien. Avec son allure fière et digne, tout en longueur, le teckel est un fil conducteur né, totalement passif dans les trames, mais à chaque fois miroir des crises existentielles, variées et de tous âges. S’il a des vertus soignantes dans le deuxième segment, avec Greta Gerwig, où naît en filigrane une drôle d’histoire d’amour entre deux weirdos, il ne s’embarrasse pas de montrer les linceuls d’une famille totalement désabusée dans un premier bloc, où Julie Delpy initie son jeune fils à la cruauté du monde avec le langage non émoussé qu’on lui connaît. Jusqu’à la mort du chien, piqué sur une table de vétérinaire, la comédie tourne au morbide, mais avec une force d’intention in fine pas si gratuite que cela.
Le chien est également, dans sa qualité principale d’animal domestique et donc de compagnon de vie, le reflet des solitudes humaines, des échecs et des déchéances — ou les trois à la fois. Dans un bain de dépression assurée, il côtoie les ratés d’un professeur de cinéma à l’art raté (Danny DeVito), incapable de trouver le bonheur affectif et professionnel. Cet homme doit trouver sa réalisation dans une vie retranchée, aigrie, quand la jeunesse face à lui n’est pas davantage dépeinte avec davantage d’égards par Solondz, qui souligne la vacuité des propos et leur inanité.
Dans un dernier segment, le chien est baptisé Cancer et assiste une vieille femme abandonnée (Ellen Burstyn). La visite de la petite-fille, plus paumée qu’elle, s’achève avec un épilogue cru et féroce qui confirme toute l’insolence de l’auteur, conférant à son dernier film tous les traits de caractère de son œuvre unique.
En quelques dialogues corrosifs, Solondz dynamite les clichés et plonge le spectateur dans les délices d’un cinéma écrit, où la cruauté satirique égratigne avec panache. Une verve qui ne saura laisser indifférent. Nous, on exulte.

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Box-office de Le Teckel
Malgré d’excellents papiers en France et deux prix à Deauville en septembre 2016, Le Teckel n’aura pas un grand retentissement dans les salles françaises, avec une carrière nationale à 55 079 entrées. Score a priori médiocre, mais il est le deuxième meilleur de son auteur sur notre territoire, derrière l’indétrônable Bienvenue dans l’âge ingrat (60 000 entrées, 1996). Donc finalement, osons le dire, c’était plutôt pas mal pour son distributeur.
Dans le détail, observons la carrière en Île de France. Le film dispose de 14 écrans à Paris Périphérie, dont des cinémas clés comme l’UGC Ciné Cité les Halles et Bercy, les MK2 Beaubourg et Bibliothèque. Il débusque 11 000 curieux.
La deuxième semaine est plus compliquée avec une baisse à 3 500 spectateurs dans 8 salles.
Le chien de Solondz est à l’agonie en 3e semaine, avec 700 spectateurs dans 5 salles, pour un total de 15 109 entrées. Le MK2 Beaubourg est le seul cinéma de poids à encore le diffuser. La production indépendante passe à 416 entrées en 4e semaine (15 525), puis 176 entrées (15 701), 63 entrées (15 836), et 40 entrées en 7e semaine au seul Lucernaire qui le propose. Le chien se promène encore une dernière semaine, à l’occasion d’une virée à Viry-Chatillon (18 entrées, 15 894).
Quid de la carrière nord-américaine?
Aux USA, le film est apparu sur les écrans en amont, lors du week-end du 24 juin. Le film ouvre à 24 000$ dans deux salles. Un score encourageant qui lui permet de gagner des écrans sur les 3 week-ends qui suivront (35 salles, 63 salles et 73 salles à son pic). Lors du week-end du 1er juillet 2016, Le Teckel dénichera 108 000$ et se contentera d’une 33e place insuffisante.
A l’issue de sa carrière sur 8 semaines, il ne trouvera que 466 000$ aux USA, loin des 4.6M$ de Bienvenue dans l’âge ingrat en 1995 et des 3M$ de Happiness en 1998. Le cinéaste très à la mode à la fin des années 90 ne parviendra jamais à retrouver le succès public aux USA, avec des scores systématiquement sous le million de dollars. Dark Horse, en 2011, plongera même à 166 000$. Un désastre.
On attend désormais le grand retour de Todd Solondz depuis 2016. Une comédie noire avec Elisabeth Olsen est annoncée depuis 2023.
Les sorties de la semaine du 19 octobre 2016

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Todd Solondz, Danny DeVito, Julie Delpy, Ellen Burstyn, Greta Gerwig, Tracy Letts, Kieran Culkin, Birkett Turton