Touch’ pas à mon biniou (Gueules de vacances) : la critique du film (1980)

Comédie, Nanar | 1h24min
Note de la rédaction :
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Affiche de Touch' pas à mon biniou

  • Réalisateur : Bernard Launois
  • Acteurs : Henri Génès, Jeannette Batti, Sim, Florence Blot
  • Date de sortie: 03 Déc 1980
  • Année de production : 1980
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Touch' pas à mon biniou
  • Titres alternatifs : Gueules de vacances (reprise, 1987, DVD), Das Berühren des Dudelsacks ist verboten (Allemagne)
  • Casting : Sim, Gaëtan, Florence Blot, Henri Génès, Jeannette Batti, Gérard Croce, Nicole Pescheux, Evelyne Broussole, Robert Rollis, Léon Marie, Luc Barney, Chantal Doukhan, Béatrice Marcillac, Jacqueline Alexandre, Marie Dayan, Gillian Gill, Martine Gobern, Martine Lambel, Nicole Michallec, Emile Balin, Pascal Bernard, Sébastien Floche, Bernard Launois, Carlo Nell
  • Scénariste(s) : Bernard Launois
  • Compositeur : Paul Piot
  • Directeur de la photographie : Guy Maria
  • Monteur : Raymonde Battini (sous le pseudo de Sakie Chanteau)
  • Ingénieur du son : Robert Deraedt
  • Caméranman : Max Monteillet
  • Assistants réalisateur : Serge Meynard, Michèle Arnould
  • Producteurs : Bernard Launois
  • Société de production : Critère Films
  • Distributeur : Sedimo Distribution (1980)
  • Distributeur (reprise ) : Delta Films Distribution (1987)
  • Date de sortie (reprise) : 1987
  • Editeur vidéo : Condor Films Production (VHS), Gaumont Columbia Films RCA Distribution (VHS), LCJ Editions & Productions
  • Date de sortie vidéo :
  • Budget :
  • Box-office Paris-Périphérie : 10 253 entrées
  • Classification / Visa : Tous publics / 52 711
  • Formats : Couleur (35mm, Panavision, Eastmancolor) / Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Landi. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1980 Critère. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Sim tournait peu, mais tournait mal comme en témoigne Touch’ pas à mon biniou, sa deuxième collaboration avec le réalisateur Bernard Launois, futur auteur du nanar d’épouvante culte, Il était une fois le diable / Devil’s Story.

Synopsis : Propriétaire d’un splendide hôtel-restaurant d’une charmante station balnéaire, Mlle Kerlouette, que tout le monde respecte, est douée d’une avarice à faire rougir Harpagon lui-même. Cela ne facilite pas les affaires de Gaëtan, son mari, qui voudrait bien se rendre à Paris avec ses copains de belote pour assister à la grande finale. Il va lui falloir employer toute l’astuce et la ruse qu’il possède pour soutirer à son épouse quelques pièces de monnaie…

Touch’pas à mon biniou, l’après Sacrés gendarmes de Sim, Henri Genès et Bernard Launois

Critique : Après le succès de Sacré Gendarmes en mars 1980 (511 000 entrées tout de même), Bernard Launois enchaîne immédiatement avec Touch’ pas à mon biniou.. Un titre historique car le seul à jamais avoir contenu ce mot aussi cinégénique qu’est le biniou.

Launois y retrouve trois des acteurs principaux des Gendarmes : Sim, François Blot et Henri Génès. Si Henri Génès n’est pas le plus rare des comédiens au cinéma (Les gendarmes et les extra-terrestres, L’avare, La soupe aux choux, Mon curé chez les nudistes, Le braconnier de dieu sortent tous entre 1979 et 1983), Sim l’humoriste est moins présent au cinéma, avec 3 films entre 1979 et 1984, dont les deux films de Launois. Aussi peut-on regretter de le voir dans cet ersatz de divertissement qui passera à la vitesse de la lumière dans les salles franchouillardes d’un hexagone à cinq ans de tourner la page définitivement de ce type de produit d’arrière-boutique.

Affiche de Gueules de vacances de Bernard Launois

© 1980 Critère Films. Affiche : Landi. Tous droits réservés.

Film normand bretonnant au casting d’un autre temps

Tourné en Normandie à la va-vite durant l’été 1980, pour une sortie hivernale en décembre 1980, Touch’ pas à mon biniou essaie en fait de vendre du terroir breton, via l’image du “biniou”. L’instrument exotique est en réalité une cornemuse dans laquelle le personnage principal dissimule l’argent qu’il met de côté pour se payer une participation à une compétition de belote à Paris, alors que son épouse, tenancière d’un grand-hôtel restaurant, essaie de mettre le grappin sur les moindres rentrées d’argent. Dans ce rôle, Françoise Blot qui entame sa 4e décennie de cinéma, feint de jouer les harpies conjugales non sans plaisir. Elle a peut être l’un des seuls rôles humoristiques au générique de par ce type de stéréotypes toujours gagnants à l’écran (1980 était aussi l’année de L’avare de Jean Girault et Louis de Funès).

Affiche alternative de Touch' pas à mon biniou

© 1980 Critère Films. Affiche : Landi. Tous droits réservés.

Un film de vieux à l’aube des années 80

Sim en marinière, en fait des tonnes pour justifier son bas salaire dans un contexte de légèreté estivale où la plage est encore histoire de drague et de marivaudage, mais avec un acteur qui a du coffre et de la bouteille, sous la carapace costaude d’Henri Génès, égal à lui-même. Ici, le dandy rond de bonhommie apparaît dans l’obsession de cocufier sa femme avec une conductrice de car et de caractère qui se rapproche le plus de ce que l’on peut qualifier de jeune femme dans le film. Dans ce film de vieux, l’objectif n’est pas d’engager l’exercice de séduction avec un public jeune qui ne voit dans cette production qu’un divertissement de pépés et de mémés d’une époque forcément révolue alors qu’en ce début de décennie 80, les blockbusters américains déferlent avec leurs effets spéciaux pour s’adresser à eux.

Production improvisée et donc en roue libre, Touch’ pas à mon biniou est l’illustration de la médiocrité (nullité?) faite film. Ce qui est écrit ne marche pas à l’écran et ce qui est improvisé rend l’ensemble pathétique. Le débit est plat, jusque dans les tentatives de narration à la première personne (l’entame du film) ou à la personne canine (on entre dans la tête bien-pensante d’un chien).

Pourquoi est-ce tant laborieux? Probablement en raison de l’inexistence des mouvements de caméra. Tout est platement filmé, l’esthétique est inexistante et les plans sont rarement harmonieusement cadrés (à l’exception d’une tentative d’aligner la tête de Sim avec un phare en arrière-plan).

Il faudra quelques années pour que Bernard Launois s’en remettent, avec un film d’horreur du terroir qui redéfinira les canons du cinéma de genre français, pour le meilleur et pour le rire. Son Devil’s Story/Il était une fois le diable deviendra cultissime dans le monde et sonnera la revanche sur le “biniou” par l’arme blanche. Sacré Bernard.

DVD de Gueules de vacances de Bernard

Une carrière en salle très compliquée

Sorti dans 16 salles à Paris et dans sa périphérie, par le distributeur Sédimo connu pour Les machines à sous de Bernard Launois en 1976 et Freddy (Jeannot la frime) de Robert Thomas en 1978, Touch’ pas à mon biniou a été un tel bide sur Paname qu’il ne restera qu’une seule semaine à l’affiche.

Sept sites le proposent en intra-muros : le Mercury, le Paramount Galaxie, le Paramount Marivaux, le Paramount Montmartre, l’UGC Gare de Lyon, l’UGC Opéra, et Les Montparnos. Aucunes de ces salles ne réalisent plus de 1 000 entrées par écrans. Neuf autres cinémas le diffusent en banlieue. En vain. Le public évite la mascarade.

L’affiche de Landi (ce qu’il y a de mieux en fait dans ce projet) n’aura tapé dans l’œil que de 10 253 spectateurs. Face à la grosse nouveauté de la semaine (Inspecteur la Bavure, de Claude Zidi, avec Coluche) cette production du terroir n’avait aucune chance : elle ne restera donc qu’une semaine dans les cinémas de “Francilie” avant de disparaître à jamais des souvenirs des Parisiens.

Bernard Launois, sournois ou bon commercial de pellicule d’un village à l’autre, essaiera de revendre le film en 1987 sous un autre titre (Gueules de vacances), probablement en référence à Quoi, ma gueule, le single parodique de Sim qui s’amusait du tube de Johnny Hallyday.

En VHS, les sorties du Biniou seront multiples, et l’on s’étonnera d’une édition chez GCR (Gaumont Columbia RCA), une major, qui puisait dans les fonds de catalogue des indépendants.

En DVD, vingt ans plus tard, LCJ, roi de la peloche franchouille que personne ne veut éditer sur galette numérique, osera l’éditer deux fois, avec ses deux titres cinéma. Une idée farfelue, purement marchande, en hommage au traitement malhonnête des spectateurs à qui l’on dissimulait la réalité de ces reprises sous un autre titre. La seule obligation qu’imposait le CNC était de mentionner obligatoirement, en bas d’affiche, le titre original. Il y figurait alors en tout petit. Même chose sur la jaquette DVD de Gueules de vacances qui mentionne à peine le film original. La filiation d’une époque à l’autre, tout aussi anachronique que savoureuse pour un public aguerri qui veut encore consommer de la comédie franchouillarde venue d’hier.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 3 décembre 1980

Affiche de Touch' pas à mon biniou

© 1980 Critère Films. Affiche : Landi. Tous droits réservés.

Biographies +

Bernard Launois, Henri Génès, Jeannette Batti, Sim, Florence Blot

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