Actrice, réalisatrice, scénariste et documentariste suédoise, Mai Zetterling est née en 1925 à Västerås en Suède. Bien qu’elle soit d’une famille modeste, ses parents décident de partir vivre en Australie en 1929, mais optent finalement pour un retour à Stockholm où ils s’établissent à partir de 1932. Très jeune, la jeune fille embrasse la carrière d’actrice en se produisant sur scène dans une pièce de Pär Lagerkvist. Elle continue sur sa lancée en intégrant le Théâtre royal d’art dramatique, jouant des pièces de Sartre, Brecht et consorts.
Mai Zetterling, une actrice suédoise populaire en Grande-Bretagne
Mai Zetterling apparaît pour la toute première fois à l’écran dans le film Lasse-Maja (Gunnar Olsson, 1941), mais elle perce véritablement en 1944 grâce à Tourments (Alf Sjöberg, 1944) sur un scénario d’Ingmar Bergman. Toujours sous la direction d’Alf Sjöberg, l’actrice devient une héroïne romantique dans L’épreuve (1946) qui est un tel succès que la firme britannique Rank décide de lui proposer un rôle dans Frieda (Basil Dearden, 1947) où elle donne la réplique à David Farrar. Elle enchaîne aussitôt avec une œuvre ambitieuse d’Ingmar Bergman intitulée Musique dans les ténèbres (1948).
Pourtant, la jeune femme choisit plutôt de mener une carrière internationale et intègre notamment de nombreuses productions britanniques comme Le Mystère du camp 27 (Terence Fisher, 1949), Blackmailed (Marc Allégret, 1951), Aventures à Berlin (Compton Bennett, 1953), Hold-up en plein ciel (Mark Robson, 1955). A la même époque, elle n’hésite pas à accepter des rôles pour la télévision britannique et continue une riche carrière au grand écran avec notamment Pour que les autres vivent (Richard Sale, 1957), Jet Storm (Cy Enfield, 1959) ou encore le thriller Faces in the Dark (David Eady, 1960).
Mai Zetterling, pionnière en tant que réalisatrice et féministe
De manière étonnante – surtout à l’époque – l’actrice très en vogue décide de passer à la réalisation par le biais du documentaire. Elle en tourne plusieurs pour le compte de la BBC en ce début des années 60, ce qui lui permet de se faire la main avec une caméra. En 1964, elle passe pour la première fois au long-métrage de fiction avec Les amoureux (1964) qui reçoit un bon accueil et déploie un style propre qui séduit. Alors qu’elle a également publié un roman intitulé Jeux de nuit, elle en livre une transposition cinéma réussie en 1966 avec Ingrid Thulin dans le rôle principal. Désormais réalisatrice confirmée, Mai Zetterling confirme avec Doktor Glas (1968) et Les filles (1968) qui défendent tous un point de vue féministe.
Durant ces années 60, on la retrouve aussi dans quelques films d’autres cinéastes comme On ne réveille pas les morts (Quentin Lawrence, 1963) et The Bay of St. Michel (John Ainsworth, 1963).
Cependant, au cours des années 70, elle met réellement en sommeil sa carrière d’actrice pour se consacrer à ses réalisations et notamment plusieurs documentaires pour la BBC. Elle a notamment participé à la réalisation du documentaire collectif sur les JO intitulé Visions of Eight (1973). En 1977, elle s’égare quelque peu avec un petit film familial inconséquent (Månen är en grön ost), mais revient aux affaires sérieuses avec Dangereuse Humiliation (1982) qui évoque le quotidien des détenues d’une prison pour femmes. Par la suite, elle réalise un biopic sur une romancière intitulé Amorosa (1986) qui est sa dernière contribution au cinéma en tant que réalisatrice. En réalité, elle a continué à réaliser des téléfilms.
Entre-temps, on la revoit également en tant que simple actrice dans quelques bons films comme Mon cœur est rouge (Michèle Rosier, 1976), Les sorcières (Nicolas Roeg, 1990) et surtout l’excellent Secret défense – Hidden Agenda (Ken Loach, 1990). Malheureusement atteinte d’un cancer, Mai Zetterling décède à Londres en 1994 à l’âge de 68 ans. Elle peut être considérée comme une pionnière dans son genre puisqu’elle fut réalisatrice à une époque où cela était bien plus rare qu’aujourd’hui.