Réalisateur, scénariste, producteur hongrois naturalisé britannique, Emeric Pressburger est né en 1902 à Miskolc en Hongrie dans une famille juive. Il a effectué ses études à Prague et Stuttgart avant de devenir journaliste en Hongrie, puis en Allemagne. Il entame une riche carrière de scénariste à la UFA en Allemagne au début du cinéma parlant.
Emeric Pressburger ou la fuite devant le nazisme
Toutefois, malgré des contributions nombreuses, il préfère fuir le nazisme et s’installe initialement en France en 1935. Là, il collabore avec Marcel Carné au script de La vie parisienne (Robert Siodmak, 1935). Toutefois, il opte pour la sécurité en s’exilant au Royaume-Uni où une forte communauté d’exilés hongrois est implantée. Il y fait ainsi la connaissance du très influent producteur et réalisateur Alexander Korda qui l’engage dans ses studios.
La rencontre décisive avec Michael Powell
Là, il lui demande de reprendre un scénario mal fagoté pour le film L’espion noir (1939) qui doit être réalisé par un certain Michael Powell. Lorsque les deux hommes se rencontrent, ils s’apprécient immédiatement et vont progressivement entamer une très fructueuse collaboration. En 1940, Michael Powell tourne seul Espionne à bord (1940) sur un scénario d’Emeric Pressburger. Leur formidable association se poursuit avec le film de propagande 49ème parallèle (1941) qui offre à Pressburger l’Oscar du meilleur scénario. En 1942, Michael Powell et Emeric Pressburger officialisent leur association en créant la compagnie de production The Archers.
Le temps des chefs d’œuvre au sein de The Archers
Désormais, ils vont cosigner la plupart de leurs films. Le premier à être signé des deux hommes est Un de nos avions n’est pas rentré (1942) qui est aussi nominé pour deux Oscars. Ils rencontrent un énorme succès avec le film en Technicolor Colonel Blimp (1943). Il se servent notamment du flashback pour construire une œuvre complexe et élégante à la fois. Les deux complices enchaînent les œuvres majeures avec A Canterbury Tale (1944) et Je sais où je vais (1945). Toutefois, c’est avec la fin de la guerre que les deux artistes donnent la pleine mesure de leur talent en créant le très étrange et décalé Une question de vie ou de mort (1946) avec David Niven.

© 1943 Carlton Film Distributors Limited / Affiche de la reprise : Dark Star. Tous droits réservés.
Sans doute trop bizarre, le long-métrage ne réunit que 122 797 spectateurs français. Autre grand classique du cinéma britannique, Le narcisse noir (1947) fait preuve d’une esthétique très travaillée qui éblouit encore de nos jours. Ainsi, la reconstitution d’un monastère himalayen en studio est de toute beauté. Cette fois, le succès est international et les Français en font un succès avec 1 388 416 aventuriers. Le long-métrage remporte également deux Oscars pour sa photographie en couleur et ses décors, ce qui est largement mérité.
Toujours fasciné par la couleur, Michael Powell et son complice Emeric Pressburger livrent un pur chef d’œuvre avec le génial Les chaussons rouges (1948). Le métrage est un pur triomphe avec 2,8 millions d’entrées rien qu’en France. Le drame musical obtient encore deux Oscars techniques pour ses décors et sa musique. Il s’agit du plus beau film du duo magique et Moira Shearer devient une star du jour au lendemain.
Les duettistes reviennent au drame de guerre avec La mort apprivoisée (1949), puis signent Le Mouron rouge (1949) qui ne rencontrent pas le même écho. Ils retrouvent un certain succès avec La renarde (1950) qui met en avant la plastique et le jeu de Jennifer Jones. Toutefois, Michael Powell retrouve l’univers musical qui a fait son succès avec Les contes d’Hoffmann (1951) qui est encore d’excellente tenue et qui reçoit deux nominations aux Oscars.
En 1953, Emeric Pressburger choisit de s’individualiser et tourne pour la première fois seul une comédie familiale anodine intitulée Twice Upon a Time. Cela fut le seul effort en solitaire du célèbre scénariste. Après cette pause, Powell et Pressburger livrent un nouveau film musical intitulé Oh! Rosalinda! (1955). Cette fois, l’inspiration semble quelque peu en berne.

© 1948 The Archers. Tous droits réservés.
Désormais dépassés par le style du nouveau cinéma britannique qui va déferler à la fin des années 50, Powell et Pressburger ennuient fortement avec deux films de guerre très moyens. On se fiche pas mal de La bataille du Rio de la Plata (1956) qui réunit pourtant 1,1 million de spectateurs français. Enfin, Intelligence service (1957) n’est guère plus enthousiasmant malgré la présence de Dirk Bogarde en haut de l’affiche.
La fin de The Archers et le temps de l’écriture de romans
Ces deux films de guerre scellent le divorce entre le réalisateur Michael Powell et son acolyte scénariste Emeric Pressburger. The Archers ferme donc définitivement ses portes et chacun part voguer vers d’autres cieux. Emeric Pressburger change de registre et publie deux romans dont l’un est adapté au cinéma par Fred Zinnemann sous le titre Et vint le jour de la vengeance (1964) avec Anthony Quinn, Gregory Peck et Omar Sharif.
En tant que scénariste, le Hongrois naturalisé britannique depuis 1946 contribue au film d’espionnage Opération Crossbow (Michael Anderson, 1965) avec Sophia Loren. Après avoir aidé Michael Powell sur ses derniers films plus anodins, Emeric Pressburger a passé la fin de sa vie à la retraite, succombant d’une pneumonie en 1988 à l’âge de 85 ans.