Note des spectateurs :

Découvrez l’ampleur du phénomène Matrix à sa sortie en 1999, avec une analyse complète de sa sortie et de son box-office. A quel point le premier Matrix a-t-il été un phénomène de société. Retour chiffré sur une vraie révolution qu’aucune de ses suites n’égalera dans le prestige.

Film vendu par un trailer révolutionnaire qui affichait des apparats new age, révolutionnaires en terme d’action et d’effets spéciaux pour un blockbuster américain, Matrix a eu la lourde tâche de rendre Keanu Reeves à nouveau bankable. Certes l’acteur sortait du succès du film diabolique avec Al Pacino L’associé du diable, mais surtout, il devait effacer l’après Speed peu brillant (les flops bibliques des Vendanges de feu, Feeling Minnesota ou Poursuite). Pis, il fallait pour Warner détacher le spectateur du souvenir catastrophique de l’accident industriel que fut Johnny Mnemonic (1995) pour Columbia TriStar, dans un genre similaire à Matrix.

Un pari risqué pour Warner pour un film sans grandes stars

Le pari est certain pour Warner Bros. Le studio a misé un gros budget de 63M$ en 1999, soit l’équivalent de 105M$, et doit faire confiance à deux réalisateurs, Andy Wachowski et Larry Wachowski, dit les frères Wachowski, issu du cinéma d’auteur (le succès du thriller lesbien Bound avait été encourageant). Le studio doit aussi faire face à la réputation fluctuante de Keanu Reeves, et à un casting peu bankable, Laurence Fishburne (Boyz the Hood, Juste cause, Event Horizon), l’inconnue Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving (Priscilla Folle du désert).

Lire notre rétro de l’année 1999

Matrix devait donc tout baser sur une promotion à la fois sibylline et fascinante, et rien de tel qu’une musique épique d’Enigma, très à la mode dans les trailers de cinéma de l’époque, pour amplifier les émotions à l’écran. Un extrait du single The Eyes of Truth, d’Enigma est ainsi choisi pour marquer davantage les spectateurs lors de la découverte de la bande-annonce (qui est littéralement bombardée dans les cinémas). On notera que le titre ne figurerait pas sur la bande originale définitive du film éditée par Warner et Maverick, la société cofondée par Madonna qui avait été envisagée pour le rôle féminin du film. Mais elle déclina la proposition.

Evidemment, c’est lors du SuperBowl que la première bande-annonce fut lancée sur le marché américain. L’événement télévisuel le plus regardé de l’année fut subjugué par une bande-annonce plastronnant de ses effets de “bullet time”. Elle posait pour la première fois la question : What is the Matrix? Une interrogation qui deviendra l’énigme de la trilogie avec un site officiel cryptique pour en savoir plus (www.whatisthematrix.com sert aujourd’hui à vendre des tickets pour Matrix Resurrections).

La révolution numérique une fois de plus en marche

Les effets spéciaux numériques vendus dans la bande-annonce mythique de Matrix marquait une nouvelle étape dans l’histoire du cinéma, à l’instar de Terminator 2, Jurassic Park, Independence Day ou du clip de Michael Jackson Black or White. Oublié les effets spéciaux approximatifs des films catastrophes qui abusaient d’images pas souvent précises et satisfaisantes, dans cette grande démocratisation des CGI, fameux effets numériques.

Lancé pour la Fête du cinéma, avec Sexe Intentions (Columbia TriStar) et Mod Squad (UIP), Matrix devait aussi affronter les continuations The Faculty (en 4e semaine), Haute Voltige (en 6e semaine) ou Tout sur ma mère d’Almodovar, droit dans ses bottes en 6e semaines. En direct sur ED TV de Ron Howard (2e), la comédie homo Recto Verso (2e), Waterboy (Adam Sandler, 2e), Le Créateur d’Albert Dupontel (2e) étaient des échecs dès leur première semaine. Ils ne seraient en rien concurrents.

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Copyrights Warner Bros (Matrix) – Sony Pïctures (Cruel Intentions)

Grâce, entre autres, à Matrix, la cuvée 1999 de la Fête du Cinéma battra un record de fréquentation avec 4 300 000 entrées. Matrix était un cadeau pour la manifestation qui, en 1998 devait se contenter du film SexCrimes avec Matt Dillon et Denise Richards pour 553 295 spectateurs. Le film de science-fiction, au contraire, effectuera sa première semaine à 1 778 279 spectateurs. Rien que sur Paris et sa périphérie, l’affluence fut de 433 912 curieux, soit le deuxième démarrage de l’année derrière Astérix & Obélix contre César de Claude Zidi, avec Depardieu et Clavier. Matrix obtient à lui seul pas moins de 36% pour de l’exploitation française lors de sa sortie. A l’UGC Ciné Cité les Halles, le film des Wachowski fait salle pleine (26 963 entrées), suivi du Grand Rex (19 101), de l’UGC Normandie (18 505), du Gaumont Grand Ecran (17 727) ou de l’UGC Ciné Cité Bercy (17 085). Les temples avec des écrans prestigieux font le plein, à l’exception du Gaumont Kinopanorama, isolé sur sa rive et voué à disparaître malgré son passé mythique (7 743).

Sur toute la France, la déferlante Matrix est au sommet, toujours suivi, en deuxième place, par la version adolescente des Liaisons dangereuses, Sexes intentions, qui sera un beau succès avec son casting adolescent ( Sarah Michelle Gellar, Ryan Phillippe, Reese Witherspoon, Selma Blair).

En deuxième semaine en France, la matrice conserva 36% de la fréquentation. Celle-ci s’écroule pour tous les films (Sexe Intentions perd 75% de son affluence, en 2e semaine, En direct sur ED TV 90%, Le créateur 87%, Mod Squad 96%…). Keanu Reeves, lui, n’en perd que 59% et avec 729 374 apôtres de science-fiction métaphysique à ses côtés, dépasse les 2 500 000 entrées en 15 jours.

Matrix, 4e succès mondial de l’année 1999

Au final, après un été d’une belle stabilité, l’œuvre visionnaire des Wachovski achèvera sa carrière en 4e place annuelle, déconcertant 4 771 685 spectateurs. Des productions plus accessibles comme Asterix et Obélix contre César (8 948 624 entrées), Tarzan de Disney ( 7 859 751) et La menace fantôme (7 303 131 entrées) se positionneront devant.

Aux USA, le film cérébral achèvera sa carrière à 171 479 000$ pour une magnifique 4e place annuelle. Si on ajuste ses chiffres au cour du dollar en 2021, il faut compter sur 309M$. Le meilleur score pour Warner cette année-là. La major allait donner son feu vert pour poursuivre une trilogie complète.

A une époque où les pays émergeants comme la Chine, le Brésil ou la Russie ne comptent pas sur l’échiquier mondial de l’exploitation cinématographique, l’épique de science-fiction new-age grappillera pas moins de 463 517 383$ à l’international pour une 4e place annuelle.

Aujourd’hui, les chiffres de Matrix Resurrections nous paraissent bien dérisoires.

Frédéric Mignard

Matrix, l'affiche du premier volet

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