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Actrice la plus vénérée des années 80, Nastassia Kinski est passée de la gloire instantanée à la sortie de l’adolescence aux films cannois applaudis, puis à l’anonymat forgé par des années de retrait en Europe, où elle ne tournait plus que dans des productions italiennes pour prendre en charge ses enfants. Au lendemain de son divorce difficile, elle quitte le vieux monde et tente un come-back américain. Mais à plus de 33 ans, l’âgisme rendra difficile une réinsertion dans une industrie où les beaux rôles étaient encore réservés aux hommes. Nastassja Kinski aborde le pan de sa carrière le plus riche en titres, avec des dizaines de longs en moins de quinze ans, mais au prix d’y laisser son âme d’artiste tourmentée et de perdre son public. Galvaudé, son nom si précieux devient synonyme de téléfilms, d’inédits vidéo et de naufrages intégraux… Pourtant, resplendissante, l’actrice a surtout fait preuve d’une malchance qui colle à sa filmographie depuis le début. 

  1. Nastassja Kinski : une biographie (partie 1)
  2. Nastassja Kinski : une biographie (partie 2)
  3. Nastassja Kinski : une biographie (partie 3)
  4. Nastassja Kinski : une biographie (partie 4)
  5. Nastassja Kinski : une biographie (partie 5)

Nastassja Kinski passe à l’action

En 1994, de retour en Amérique, Nastassja enchaîne dans un genre qui n’est pas le sien, le cinéma d’action, alors très à la mode, notamment pour nourrir les rayons des vidéo-clubs preneurs en direct-to-video.

Pour démarrer, le DTV canadien Crackerjack pique les yeux. Sexy Kinski n’y est pas à l’aise et la mise en scène ringarde provoque l’ennui des samedis soirs devant son poste de télévision. En fait, Terminal Velocity avec Charlie Sheen et James Gandolfini, est le vrai film du come-back, mais cette production d’une filiale live action de Disney, qui préfigure les turpitudes de Fast & Furious, est un cuisant échec. Au fil du temps et des sorties (blu-ray, VOD), le nom de la comédienne, passée de mode, sera retiré du haut de l’affiche. Au moins, cette production bien ancrée dans son époque reste plaisante et surtout regardable, ce qui ne sera pas le cas du drame familial Somebody Is Waiting, avec Gabriel Byrne, où elle semble avoir perdu toute flamme (1996).

Nastassja Kinski a perdu l’envie, la confiance en elle, et semble se rétracter une fois de plus dans des œuvres alimentaires qu’elle enchaîne, pour le cinéma et la télévision, afin de nourrir sa famille qui s’est depuis agrandie, puisque de son union avec Quincy Jones (1992-1995), elle deviendra en 1993 la mère d’une petite fille, Kenya Kinski-Jones, son troisième enfant qui deviendra plus tard mannequin à son tour. On la croisera notamment dans le documentaire Quincy, sur Netflix.

Terminal Velocity, cover VOD du film d'action avec Charlie Sheen et Nastassja Kinski

© Hollywood Pictures, Interscope Communications, PolyGram Filmed Entertainment

Terminal Velocity, le Fast and Furious de la Kinski

Désormais matriarche à Hollywood, elle enchaîne plus de trente-cinq films en une dizaine d’années. L’ancienne égérie Lux, Ungaro et L’Oréal, est radieuse dans ces années-là. Si elle a perdu le sex-appeal de la vingtaine, elle a gagné en beauté féminine dans sa simplicité. Nastassia se rhabille définitivement, mais joue dans n’importe quoi, et, poisseuse légendaire, se retrouve encore impliquée dans quelques échecs monumentaux.

On passera sur la litanie de téléfilms, de DTV que même un fan de l’actrice n’osera tenter. Ces œuvres obscures utilisent de façon contractuelle un nom qui n’est plus que l’ombre de lui-même, pour se focaliser sur les quelques productions qui parviendront à se frayer un chemin sur nos écrans.

Pour une nuit de Mike Figgis, avec Kinski, Wesley Snipes

© New Line Cinema, Red Mullet Productions

Drôles de pères, remake cabotin des Compères de Francis Veber, par Ivan – S.O.S Fantômes – Reitman, est un blockbuster avec Robin Williams et Billy Crystal. Mais cette grosse production perd plus de 60 millions de dollars aux USA. Kinski y intervient en potiche et ça, ce n’est pas drôle. Le tempérament volcanique de l’actrice est réduit à se contenir derrière un casting de deux mâles en manque de gags. Lamentable.

Dans Pour une nuit, elle joue pour Mike Figgis qui vient de recevoir tous les suffrages avec le canonisé Leaving Las Vegas. Ce dernier avait relancé la carrière de l’actrice Elizabeth Shue et permis à Nicolas Cage de remporter l’Oscar du Meilleur acteur. Mais Pour une nuit, drame romantique urbain, sensuel mais un peu toc, avec Wesley Snipes, Kyle MacLachlan et Robert Downey Jr, est encore un gros échec, avec 21 millions de dollars de perte sur le marché américain. Kinski y reste digne, le film l’est aussi. Pour le come-back, il faudra toutefois encore attendre.

L’actrice conservera sa dignité sur Entre amis & voisins, le film indépendant de Neil LaBute qui succède à son féroce premier long, En compagnie des hommes. Cette comédie de mœurs typiquement new-yorkaise joue de malchance dans sa notoriété, mais demeure un excellent métrage, dans la lignée des comédies verbales de Woody Allen. On y retrouve Ben Stiller, Jason Patric, Aaron Eckhart et surtout l’admirable Catherine Keener, nouvelle muse du cinéma indépendant, avec laquelle le personnage de Kinski entretient une relation saphique. Les dialogues savoureux emportent l’adhésion, le casting est jubilatoire. La star Kinski apparaît peu, mais bien. Très bien même, avec des apparitions millimétrées dans une volonté de répétitions absurdes.

Affiche de One Night Stand de Mike Figgis (Pour une nuit en VF)

© New Line Cinema, Red Mullet Productions

En 1998, John Landis embarque l’ex-gloire des eighties – ce qu’il fut lui-même quand il réalisa The Blue Brothers ou Le loup-garou de Londres –, en tête de casting d’une production indépendante sans avenir. Le réalisateur du clip Thriller de Michael Jackson propose une comédie policière dans la lignée de sa Série noire pour une nuit blanche (1984). Kinski, pas très à l’aise, ne se sent pas très concernée en tête d’un casting télévisuel : Billy Zane, Michael Biehn, Rob Schneider, Lara Flynn Boyle, Thomas Haden Church… L’ennui est total, le flop mondial et les Etats-Unis se contenteront d’une sortie vidéo méritée. Dans le film choral qui nous a laissés sans voix, le sirupeux La carte du cœur (avec Gillian Anderson, Ellen Burstyn, Sean Connery, Gena Rowlands, Angelina Jolie, Dennis Quaid…), le nom de Kinski n’apparaît même pas au générique. On ne comprend plus le sens de cette carrière.

En revanche, Savior, premier film américain sur la guerre en Bosnie, utilise son nom de façon outrageuse, du moins en France. Kinski est officiellement placée en deuxième position, mais la réalité de son apparition se résume à quelques minutes en début de film. La production Oliver Stone avec Dennis Quaid connaît une sortie très discrète, aux USA et en France, avant d’être un titre principalement vendu sur le nouveau support à la mode, le DVD.

The Lost son de Chris Menges

Paname Cinéma © 1999 d’après des photos de Joss Barrat

En 1999, Kinski tient à apparaître dans The Lost Son du directeur de la photo Chris Menges, également réalisateur d’Un monde à part (1988). Nastassja Kinski, membre du Jury à Cannes en 1988, lui avait remis le Grand Prix du Jury pour ce premier film lors de la clôture. Elle avait eu un réel coup de cœur pour cette œuvre qui mêlait volontarisme contre l’apartheid et le combat d’une jeune fille de 13 ans, extraite de son enfance prématurément, pour une cause plus grande qu’elle…

Dans The Lost Son, le sujet de l’exploitation des enfants à des fins pédophiles tient à cœur à la femme dont on connaît l’incarnation dans la défense du droit des mineurs. Malheureusement, si Kinski y apparaît peu, mais toujours avec force, la double nationalité (franco-britannique) du film retire de sa force. Le thriller sombre souffre du premier rôle offert à Daniel Auteuil, moins à l’aise en anglais qu’il ne peut l’être dans notre cinéma. Le film échoue au box-office en France, l’un des rares pays à l’avoir massivement programmé dans ses salles. Le sujet glauque était de toute façon invendable.

Nastassja Kinski contre l'exploitation sexuelle des enfants : The Lost Son

En 1999, Nastassja Kinski poursuit ses seconds rôles inutiles dans The Intruder. Le film aurait pu être un événement puisqu’il marquait le retour à la réalisation du photographe culte des Swinging Sixties, l’ancien époux de Catherine Deneuve, le légendaire David Bailey. Le thriller canadien et britannique rassemble du beau monde (Charlotte Gainsbourg, en premier lieu, dans le rôle principal), mais aussi la trouble Molly Parker et John Hannah. Une fois de plus, la production canadienne s’avère être une œuvre fantomatique qui ne répond aux attentes de personne, en particulier des producteurs. L’Hexagone sera l’un des rares marchés à lui offrir une carrière en salle, en raison de la présence de Charlotte Gainsbourg. Flop inévitable au box-office.

Nastassja Kinski obtient le plus grand rôle de cette époque compliquée dans le western féministe Rédemption (The Claim) de Michael Winterbottom. Le cinéaste britannique est connu pour son adaptation d’un roman nihiliste de Thomas Hardy, le déprimant Jude l’obscur (1996). Il récidive dans une adaptation de l’auteur, choisissant cette fois-ci The Mayor of Casterbridge qu’il transpose dans le contexte de la ruée vers l’or, en Amérique du Nord.

L’œuvre dramatique aux thèmes intelligemment entrelacés est une splendeur magnifiée par la musique symphonique de Michael Nyman. Titré en France Rédemption, titre passe-partout, The Claim met en scène des acteurs remarquables : Wes Bentley, Peter Mullan, Sarah Polley (pendant canadien dans son jeu de la grande Nastassja) et Milla Jovovich. Kinski est un choix évident pour interpréter le rôle d’une mère courage sacrifiée sur l’autel du veau d’or, puisque vendue avec son bébé par son jeune époux pour une concession d’or, à leur arrivée en Amérique. Son personnage, qui fait écho au rôle-titre de Tess, un autre roman de Thomas Hardy, boucle la boucle de ces destins tragiques, exploités par les hommes. Rongé par la maladie, le personnage de Kinski octroie à la fin de carrière de Nastassia Kinski sa plus belle composition et l’un de ses plus beaux rôles.

Rédemption : Nastassja Kinski retrouve Thomas Hardy, 20 ans après Tess

The Claim par Michael Nyman : requiem pour une fin de carrière

On sera beaucoup moins convaincu par la prestation de Kinski dans le bourgeois Potins mondains & amnésies partielles de Peter Chelsom, avec Warren Beatty. Cette production au budget de 90 millions de dollars, pour spectateurs de plus de 50 ans (outre Beatty, Goldie Hawn, Diane Keaton sont du bide), est un véritable accident industriel, l’un des plus gros des années 2000, avec au moins 80 000 000 de pertes dans les caisses de son studio, New Line. La comédie du verbe ne rapportera que 6 719 973$ aux USA pour un budget opportuniste de plus de 90 000 000.

La réception d’American Rhapsody, film dramatique et historique, n’aide pas Nastassja Kinski à donner un nouveau souffle à sa carrière. La vraie héroïne, Scarlett Johansson, à peine 16 ans – l’actrice sortait de Maman, je m’occupe des méchants (Home Alone 3) – est peut-être aujourd’hui l’une des seules raisons de revoir cette production académique à l’échec cinglant en France.

Entre 2003 et 2004, la Kinski revient en France pour jouer, tout d’abord, dans une mini-série. Le format télévisuel a su apporter à la star allemande un vrai beau succès dans le téléfilm mafieux en 1997, avec Bella mafia (Vanessa Redgrave, Jennifer Tilly). En 2003, Nastassja incarne Madame de Tourvel dans l’adaptation contemporaine des sulfureuses Liaisons dangereuses que réalise Josée Dayan, avec Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Rupert Everett et Leelee Sobieski. Le format lui va bien et l’actrice tournera donc dans La femme mousquetaire, avec Gérard Depardieu et Michael York deux ans plus tard.

En 2004, Kinski incorpore l’écurie Luc Besson le temps d’une production EuropaCorp avec Christophe Lambert. Le thriller de science-fiction sur fond de clonage, A ton image, est intéressant, mais le film est un triste échec dans nos salles, malgré une promo et une diffusion suffisante. Par ailleurs, il se vendra mal à l’étranger en dépit d’un casting qui pouvait au moins lui ouvrir les portes de l’exploitation vidéo. Kinski y délivre une belle partition, convaincue par le sujet.

Nastassja Kinski dans A ton image

2004 © EuropaCorp

Christophe Lambert et Nastassja Kinski rejoignent l'écurie Luc Besson

L’ultime tour de force de Nastassja sera sa présence dans le laborieux et dernier film de David Lynch au cinéma, Inland Empire (2006). Le cinéaste s’y autoparodie, s’enfonce dans l’énigmatique et il faut bien patienter pendant 2h55mn de non-sens pour découvrir une apparition codée de la vedette dans le rôle de « the Lady ». Dans le copinage Nastassia ? En fait, on ne comprend pas trop la signification de son apparition opaque dans cet échec patenté dans la carrière du réalisateur dElephant Man. Pourquoi elle, pourquoi n’a-t-elle pas de dialogue ? Ce rôle qui relève davantage du caméo de luxe permettra au moins à l’ancienne star des années 80 de clôturer une filmographie prodigieuse.

En 2008, Nastassja Kinski aurait pu ajouter un autre auteur culte à son curriculum vitae, celui de Quentin Tarantino. Le réalisateur de Kill Bill la veut dans son film de guerre à tendance bis, Inglorious Basterds, mais les négociations tombent à l’eau. Kinski ne connaîtra pas la résurrection artistique dans une production ambitieuse à la démesure de sa carrière. Le premier septembre 2008, Reuters annonce que le cinéaste est allé à sa rencontre en Allemagne, mais qu’un accord n’a pas été trouvé. On n’en saura pas plus si ce n’est que Diane Kruger obtiendra le rôle.

Frédéric Mignard

  1. Nastassja Kinski : une biographie (partie 1)
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