Note des spectateurs :

Les années 2010 seront les années d’une retraite cinématographique pour Nastassia Kinski qui refuse de s’aventurer dans des projets sans intérêt. Moins désirée par les grands réalisateurs contemporains, elle se fait donc très rare sur le grand écran. Il faut désormais accepter l’improbabilité d’un retour sur les devants de la scène.

Nastassja Kinski tourne un court de 20 minutes en Italie (The Nightshift Belongs to the Stars) très réussi, avec Julian Sands en 2012. Puis, elle rompt sa décision de mettre un terme à sa carrière en jouant dans Sugar de Rotimi Rainwater. De cette production indépendante sur la jeunesse désœuvrée et sans abri, on n’en verra qu’une bande-annonce en France, sur YouTube, malgré toute la persévérance du cinéaste pour essayer de faire de cet essai assez pauvre un manifeste pour les jeunes de la rue. Le film relate en effet plus ou moins son histoire quand il vivait dans les rues de Los Angeles en 1989. La courte apparition de l’actrice, en religieuse, est motivée par des intentions philanthropiques dans son éternel combat pour la jeunesse, notamment pour les jeunes victimes d’abus venant de leurs propres familles, et qui se retrouvent à devoir quitter leur domicile au prix du vagabondage. Le cinéma a pu permettre à Nastassia de ne pas mal tourner. Elle l’utilise donc pour aider les autres en retour. Son poids cinématographique est toutefois difficilement perceptible et le discours peu audible, notamment chez ses anciens aficionados qui n’ont plus vraiment de nouvelles de la star qu’elle a été.

Depuis, Nastassja Kinski semble avoir abandonné l’idée d’un film documentaire sur les athlètes et l’importance du sport chez les jeunes, projet original qu’elle nourrissait depuis 2010 en tant que réalisatrice. Sportive, danseuse, elle a beaucoup voyagé, au gré des festivals, pour découvrir la réalité du terrain aux quatre coins du monde.

Qu’est devenue Nastassja Kinski ?

Nastassja n’a pas disparu pour autant. Il faut rappeler qu’elle apparaît ponctuellement tout au long de la décennie lors de cérémonies de festivals.

En 2012, on la redécouvre à Cannes pour la projection en version restaurée 4K de Tess de Roman Polanski, au côté du réalisateur au passé réputé sulfureux. Pour nous Français, la revoir le soir de la clôture après sept ans d’absence est un choc tant le temps fut long. Comme une éternité pour les enfants des années 80 à jamais acquis au style et au jeu de la star alors juvénile de Coup de cœur et La féline. L’actrice y apparaît changée, dans le refus du jeunisme, dans le style vestimentaire, et le refus des excès de la chirurgie. La femme fatale est restée pudique et timide, plus introspective que jamais, semblant mal à l’aise avec les caméras et le regard des autres. Le temps a passé, et l’on ne connaît plus vraiment Nastassja, l’actrice, la femme, la mère… De sa vie américaine opulente à Los Angeles, à son évolution personnelle, on ne peut émettre à son sujet que des hypothèses psychologiques tirées par les cheveux. Et donc, plus que jamais, la femme Kinski intrigue, passionne, fascine, tant son mystère demeure intact.

En 2013, à New York, le Film Society du Lincoln Center lui rend un hommage. L’année suivante son visage recouvre le palais de Venise, avec un portrait tiré de Si loin, si proche !  de Wenders. En 2015, elle figure à la cérémonie du Busan International Film Festival à l’occasion des vingt ans de la manifestation. Elle reçoit un léopard d’honneur en 2017 à Locarno. En 2018, elle gagne un prix spécial au Moscow International Film Festival pour l’ensemble de sa carrière. En 2020, elle est même membre du jury du Festival 2 Valenciennes, en France, édition annulée au bout de quelques jours en raison du grand confinement. Jean-Hugues Anglade en était le président.

Renaissance chez les people

Nastassja Kinski s’emploie aujourd’hui, alors que ses trois enfants ont désormais l’âge de voler de leurs propres ailes, à profiter de son bonheur. Elle s’amuse, parcourt le monde, sa passion de jeunesse. Avec une fortune personnelle estimée à 20 millions de dollars, elle est de tous les galas et cérémonies prestigieuses, trouvant même l’excitation de l’instant dans des spectacles de téléréalité improbables comme Let’s Dance en Allemagne.

Non, Nastassia n’est pas oubliée. Elle est aimée, célébrée et l’on comprend aussi son besoin viscéral de silence médiatique sur les sujets polémiques qui ont démoli sa vie. La nouvelle génération prend d’assaut les réseaux sociaux dans l’ère #MeToo pour évoquer les souffrances qui font écho à ce qui a pu miner sa construction en tant qu’enfant, puis de jeune adolescente : la maltraitance à la maison, le viol incestueux d’une sœur, l’utilisation de son image nue lorsqu’elle n’était alors qu’une jeune adolescente, et tellement d’abus… Autant de violences qu’elle a désignées longtemps avant les révélations contre Weinstein et qui font d’elle tout un symbole douloureux qui force l’admiration.

La Kinski, itinéraire d’une gamine paumée… Nastassja a passé sa vie en quête du père, désir plus précieux à ses yeux que la fugace célébrité. Son besoin de stabilité familiale aura guidé l’actrice narcoleptique à sortir des cauchemars pour trouver sa quiétude au détriment de sa carrière et de ses nombreux fans.

Egérie éternelle, incarnation d’un art dramatique à vif, Nastassja Kinski restera à jamais le visage des années 80. Elle a désormais 60 ans en cette date de publication du 24 janvier 2021. Ces lignes lui sont forcément dédiées, ainsi qu’à ses nombreux fans qui se sont souvent demandés ce qu’elle était devenue. Une réponse à nos lèvres, la vie, tout simplement.

Affiche du festival de Venise 2015, Nastassia Kinski (Paris,Texas)

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