Zardoz : la critique du film (1974)

Science-fiction, Anticipation, Dystopie | 1h45min
Note de la rédaction :
8/10
8
Zardoz, l'affiche

  • Réalisateur : John Boorman
  • Acteurs : Sean Connery, Charlotte Rampling, Sara Kestelman, John Alderton
  • Date de sortie: 13 Mar 1974
  • Nationalité : Britannique, Américain
  • Scénariste : John Boorman
  • Directeur de la photographie : Geoffrey Unsworth
  • Compositeurs : David Munrow, Ludwig van Beethoven
  • Distributeur : Fox-Lira
  • Editeur vidéo : CBS-Fox (VHS) / Movinside (blu-ray)
  • Sortie vidéo (blu-ray) : 13 novembre 2017
  • Budget : 1 570 000 $
  • Box-office USA : 5,5 M$
  • Box-office France / Paris-périphérie : 682 776 entrées / 205 837 entrées
  • Crédits affiche : © 1973 Renewed © 2001 Century Fox Film Corporation. Tous droits réservés.
  • Format : 2.35 : 1 / Panavision
Note des spectateurs :
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Souvent raillé et conspué, Zardoz est pourtant un film d’anticipation furieusement original, puisant ses idées philosophiques aux sources d’une longue tradition littéraire. Il s’agit assurément d’un film hors norme, fou et psychédélique, à redécouvrir d’urgence.

Synopsis : 2293. Sur une Terre dévastée, la société se divise en plusieurs castes : les Brutes, les Exterminateurs et les Barbares qui vouent un culte sans limites au dieu Zardoz. Tous œuvrent pour les Éternels, un groupe d’humains immortels. Zed, un Exterminateur, décide de pénétrer chez les Éternels, et bouleverse ainsi cette société…

John Boorman investit le cinéma d’anticipation avec une ambition démesurée

Critique : En ce début des années 70, le cinéaste britannique John Boorman est désormais influent à Hollywood puisqu’il a signé deux succès avec Lee Marvin à la fin des années 60 et qu’il vient surtout de s’imposer avec Délivrance (1972), film choc qui a terrassé le grand public et les critiques. Le réalisateur peut donc envisager sereinement la suite de sa carrière et dispose en quelque sorte d’un chèque en blanc auprès des grands studios.

Zardoz, la jaquette du blu-ray

© 1973 Renewed © 2001 Century Fox Film Corporation / © 2017 Twentieth Century Fox Home Entertainment LLC. Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

Il choisit de signer un script totalement original intitulé Zardoz qui s’inscrit dans un genre en pleine expansion à l’époque : le cinéma d’anticipation. Effectivement, les studios américains ont rencontré quelques beaux succès en imaginant un futur immédiat pas toujours rose. On pense par exemple au Mystère Andromède (Wise, 1971), à Silent Running (Trumbull, 1972), Soleil Vert (Fleischer, 1973) ou encore Mondwest (Crichton, 1973).

Un budget raisonnable pour un film peu commercial

Il n’est donc pas étonnant que les grands studios répondent présents à la proposition de Boorman, d’autant que celui-ci s’entoure d’une star (d’abord Burt Reynolds, puis finalement Sean Connery) pour garantir la validité commerciale de l’entreprise. Autre élément rassurant, le budget de 1,5 million de dollars est plutôt contenu, notamment par un tournage en Irlande bien moins onéreux.

Tous ces éléments, ainsi que l’éloignement par rapport aux lieux du tournage, peuvent expliquer comment des exécutifs américains ont pu valider la création d’une œuvre aussi peu commerciale que ce Zardoz totalement sous acide. A revoir de nos jours, il est effectivement impossible d’imaginer le grand public répondre présent à cette proposition de cinéma radicale.

Une étude politico-sociologique de toute société humaine

Tout d’abord, le film de Boorman ne répond à aucun critère commercial établi puisque le personnage principal est un exécuteur qui sera finalement porteur de mort. En l’absence de héros véritable, le cinéaste se penche donc sur la description d’un monde totalement original. Si la séparation entre classes sociales élevées et basses peut être vue comme un cliché typique du genre dystopique, elle n’est jamais traitée comme on l’attend puisque John Boorman ne juge jamais ses protagonistes, mais préfère les observer tel un entomologiste.

Certes, il décrit bien deux mondes différents dont l’un est asservi par l’autre, mais cela n’assure pas pour autant le bonheur des nantis. Ainsi, la haute société qui a découvert le secret de l’immortalité peut être vue comme un habile mélange entre les aspirations capitalistes (il s’agit d’arriver à la satisfaction des besoins matériels) et communistes (tous ces êtres sont reliés par une sorte de conscience collective). Toutefois, si les nantis sont parvenus à « la fin de l’histoire » (comme le clamaient les communistes) en annulant l’idée même de temporalité, ils n’échappent pas au mal principal qui ronge l’être humain, à savoir l’insatisfaction. De même, leur collectivité propose un simulacre de démocratie, mais qui masque mal une forme de totalitarisme collectiviste.

Une esthétique psychédélique qui n’évite pas quelques dérapages kitsch

Plongé au cœur d’un monde qu’il ne connaît pas et qu’il découvre avec stupéfaction, le personnage de brute incarné par Sean Connery traverse le miroir et nous sert en quelque sorte de guide au cœur d’un monde décidément étrange où le spectateur perd tous ses repères. La création de ce monde de 2293 a permis aux artistes de se lâcher en terme de décors et de costumes (avec un choix malheureux pour la tenue très kitsch et ringarde arborée par Sean Connery). L’influence du psychédélisme est ici manifeste, mais cela n’empêche pas une vraie prise de risque sur les plans visuel et esthétique. Le réalisateur multiplie les plans tarabiscotés, avec notamment des perspectives brisées et sans cesse contredites par l’emploi de miroirs.

La photographie de Geoffrey Unsworth ose également des délires psychédéliques, comme si l’ensemble de l’équipe avait pris trop d’acides. Dire que Zardoz bouscule les attentes du spectateur est donc un euphémisme.

De nombreuses références littéraires et philosophiques pour un film au parfum nihiliste

John Boorman, dans la création de ce monde total, en profite pour citer de nombreux auteurs. Cela va de la référence évidente au Magicien d’Oz (Zardoz n’est rien d’autre que la contraction de The Wizard of Oz), en passant par les œuvres dystopiques de Ray Bradbury et de George Orwell pour finalement citer des philosophes plus nihilistes comme Nietzsche. Car ce dont parle John Boorman, c’est bien de la mort de Dieu. Il décrit ici la religion comme une forme d’asservissement du bas peuple aux intérêts d’une classe supérieure. Pire, il s’attaque à l’idée même de divinité. Si l’Homme atteint bel et bien une forme de perfection, il perd alors aussitôt toutes ses caractéristiques humaines. Voilà ce que démontre Boorman à travers cette communauté du Vortex qui vit éternellement, mais meurt d’ennui.

Avec sa folie destructrice finale, le long-métrage nous invite donc à reconsidérer notre rapport à la mort. Celle-ci n’est plus à voir comme une menace, mais bien plutôt comme un bienfait donnant de la valeur à nos vies. Le film se termine d’ailleurs par un plan qui symbolise à lui seul le retour de la temporalité et de l’Histoire. Très ambitieux, furieusement littéraire par ses multiples sources – jusqu’au chœur antique grec – Zardoz ne pouvait clairement pas fédérer un large public autour de sa proposition radicale.

Une réputation de nanar terriblement injuste pour une œuvre ambitieuse et hors norme

Le film fut donc une déception commerciale en son temps, tandis que les critiques restèrent assez perplexes devant un OFNI (objet filmique non identifié) que l’on ne savait pas appréhender. Depuis cette époque, le film est devenu culte auprès des amateurs de cinéma bis à cause de la tenue vestimentaire arborée par Sean Connery. Beaucoup considèrent encore le film comme un nanar, alors qu’ils ne l’ont tout simplement pas vu. Certes, John Boorman n’évite pas quelques dérapages bis (n’oublions pas que le réalisateur savait aussi manier l’humour so british), mais il signe avec Zardoz une œuvre décidément très originale et qui, là est son grand mérite, ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même.

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Critique de Virgile Dumez

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Les sorties de la semaine du 13 mars 1974

Zardoz, l'affiche

© 1973 Renewed © 2001 Century Fox Film Corporation. Tous droits réservés.

Box-office :

Sorti à Paris le 13 mars 1974, Zardoz n’avait que 4 écrans à sa disposition pour sa sortie. C’était peu, mais avec 37 228 entrées, Zardoz faisait salles pleines. C’est la raison pour laquelle le film bénéficia de deux écrans supplémentaires pour sa 2e semaine.

Outre le Concorde Pathé, le Cluny Palace, le Hautefeuille et le Gaumont Lumière, John Boorman gagnait dans son circuit le Dragon et le Gaumont Convention, ce qui lui permettait de se stabiliser à 33 030 entrées pour deux semaines à 70 258 spectateurs.

Frédéric Mignard

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Zardoz, l'affiche

Bande-annonce de Zardoz (VO)

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