Vendredi 13 : la critique du film (1981)

Thriller, Epouvante, Slasher | 1h35min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Vendredi 13 affiche française du premier volet

  • Réalisateur : Sean S. Cunningham
  • Acteurs : Kevin Bacon, Betsy Palmer, Adrienne King, Harry Crosby
  • Date de sortie: 11 Fév 1981
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Friday the 13th
  • Scénariste : Victor Miller
  • Maquillages : Tom Savini
  • Éditeur vidéo : Warner Bros Vidéo
  • Date de sortie blu-ray : 2 octobre 2019
  • Classification : Interdit aux moins de 16 ans
  • Box-office France / Paris : 603 008 entrées / 126 926 entrées
  • Box-office USA : 39 754 601$ (18e annuel)
Note des lecteurs

Vendredi 13 est l’un des slashers les plus célèbres du genre, célèbre pour ses meurtres en série qui exploitaient avec talent les peurs conservatrices et réactionnaires d’une Amérique réprobatrice quant à l’affirmation d’une jeunesse, ici réduite à ses instincts primaires. Cette oeuvre fondatrice est de très loin le seule vrai bon épisode de l’increvable saga. 

Synopsis : En 1957, un jeune garçon, prénommé Jason, mourut noyé au camps de Crystal Lake. L’année suivante, les deux personnes responsables du camps furent également tuées. L’endroit ferma mais il est ré-ouvert par un jeune couple en 1980, le même jour anniversaire des autres meurtres. Lors de la préparation du camps pour l’été, les adolescents, employés par le couple, commencent à disparaître un par un…

Vendredi 13 affiche française du premier volet

© 1980 New Line Productions, Inc, Warner Bros
© 2019 Warner Bros Entertainment Inc

Vendredi 13, un bon “before” avant le week-end?

Critique : Revoir en haute définition le premier des Vendredi 13, c’est redécouvrir une œuvre à la réputation quelque peu ternie par une bonne décennie de suites à la qualité déclinante (avec une ou deux exceptions notables comme le 6e numéro, Jason le mort-vivant, sorti en 1987).

Ce premier segment, souvent éclipsé par des œuvres fondatrices comme Halloween, la nuit des masques de Carpenter mérite pourtant une réévaluation, en particulier après la tentative de rebooting par Markus Nispel en 2009 qui tourna au vinaigre et n’engrangea aucune suite, si ce n’est le désir des producteurs de réitérer une fois de plus un reboot qui tomba à l’eau, probablement celle du fameux Crystal Lake, au bord duquel la saga se déroule.

Réalisé par Sean S. Cunningham, producteur à succès derrière le barré La dernière maison sur la gauche de Wes Craven et futur producteur de la franchise House, Friday 13th sort un peu de nulle part au début des années 80, propulsé par Warner Bros qui va battre de sérieux records d’audience dans un « mauvais » genre où sexe et violence copulent jusqu’au trépas. Le teen movie en vogue au virage des années 80 s’accorde bien avec les exigences du genre horrifique. Avec le talent démontré dans le film et le flair opportuniste de l’époque, le succès ne pouvait que couronner l’efficacité des meurtres en série de Vendredi 13, réalisé à une époque où l’on ne parlait pas encore de tuerie de masses aux USA et donc où l’on pouvait réaliser des fictions folles, loin de toute la démence de réalité quotidienne des Américains.

Slash me if you can!

Dans ce premier Vendredi 13, grand slasher devant l’Eternel, le producteur-cinéaste aborde un sujet qui aime nourrir les mauvais rêves d’adolescents à peine sortis de leur enfance, à savoir une légende aussi captivante qu’inquiétante, que l’on ressasse au bord d’un lac, les soirs de colonies de vacances : la mort d’un ado au visage monstrueux, handicapé et simple d’esprit, le futur grand Jason Voorhes, qui, selon les dires des locaux, serait de retour des années après sa noyade pour dégommer tout ce qui bouge aux abords de l’étendue d’eau où les moniteurs négligents, trop occupés à roucouler, l’ont laissé couler.

Outre l’intrigue simpliste mais forte dans sa capacité à parler au môme qui sommeille en nous, l’on est capté par la qualité de la mise en scène, carrée, pesante, dans la lignée des grandes œuvres d’atmosphère de l’époque. Le cinéaste structure un cadre forestier angoissant, lieu d’écueils mortels pour les jeunes proies, victimes de meurtres à l’arme blanche, donc forcément très douloureux. Dans ce premier film, on en recense une petite dizaine, ce qui était alors considéré comme conséquent, mais le nombre de victimes ne cessera de grossir de sequels en suites.

© 1980 Paramount Pictures / Illustrateur : Alex Ebel

Des eaux lugubres, reflet des peurs de l’Amérique à l’aube d’une nouvelle décennie

Le fameux Crystal Lake, à l’instar du plus viscéral Massacre à la tronçonneuse devient en 1980, dans l’inconscient collectif de l’Amérique pré-Reaganienne, le symbole du survival péquenaud dans lequel les autochtones forcément de tradition folk et country sont simples d’esprit et très conservateurs. Jason synthétise les peurs d’un monde réactionnaire au détour d’une décennie, qui passe à l’attaque pour rétablir l’ordre moral contre la petite drogue entre potes et la fornication hors mariage : donc le psychopathe zigouille tout particulièrement les jeunes sexués qui batifolent et se roulent des joints. La mise en abîme pour le public visé est jouissive, mais ironique. Les spectateurs sont-ils aussi bêtes que ne le sont les protagonistes du film ? Le spectateur jeune et mâle doit savoir casser l’effet miroir et faire preuve d’autodérision pour apprécier à sa juste valeur ce before (week-end), dans l’attente éventuelle d’un samedi 14.

Peur du noir

La crainte de l’obscurantisme se retrouve l’appréhension des ténèbres. Vendredi 13 et sa date de superstition de pacotille joue avec brio sur la peur ancestrale de l’obscurité. Le grand massacre des moniteurs se déroule lors d’une nocturne saignante. L’été de deuil est sombre et se doit, dans la moiteur de la nuit où l’on se déshabille aisément, de respecter les règles élémentaires qui sont également celles des prédécesseurs dans le slasher, Black Christmas et La nuit des masques. Le tueur frappe toujours plus fort la nuit, même si il ne demeure pas les bras ballants pour autant le jour.

Tom Savini, encore et en gore

La terreur est balisée, rythmée et décuplée par le thème musical, aux échos profonds d’une nuit bien noire, mais aussi par des effets saignants. Même si la caméra n’insiste pas sur le gore, les maquillages conçus par Tom Savini (qui sortait triomphant de Zombie de Romero et qui allait se précipiter dans le hardcore de Maniac) sont percutants. L’un des souvenirs persistants des années après avoir découvert le film restera l’agonie de Kevin Bacon, alors jeune débutant qui, contrairement à 99% des comédiens de ce type de productions kleenex, aura réussi à basculer dans le succès.

Une date dans le genre du slasher

Avec la vengeance maladive comme point de départ narratif (thème qui sera exploité par à peu près tous les ersatz consécutifs au triomphe de Friday 13th, comme Meurtres à la St Valentin, Le bal de l’horreur et surtout Carnage), la première tuerie de Jason (pour ne pas spoiler les rebondissements) apparaît aujourd’hui dans son sujet d’un classicisme ronfleur. Pourtant, cette date du genre qui a engendré plus d’une dizaine de suites, reboot, jeu vidéo et série télé, malgré sa trame basée sur la répétition, fonctionne encore.

Réédition Steelbook Vendredi 13 chez Warner

© 1980 New Line Productions, Inc, Warner Bros
© 2019 Warner Bros Entertainment Inc

Les qualités visuelles insufflées par la narration patiente et finalement la douce nonchalance de la jeunesse d’époque, nous apparaissent peut-être aujourd’hui moins insupportables que les montages épileptiques et les stéréotypes bruyants proposés dans les productions contemporaines du même style. Un revival tardif sera même opéré dans les années 90 avec les désormais classiques Scream, Urban Legend et Souviens-toi l’été dernier.

Le spectacle demeure donc émotionnellement puissant, même si l’on n’atteint pas le niveau d’exception du slasher de John Carpenter, dont la réalisation reste indétrônable, surtout par Cunningham qui n’est jamais parvenu à confirmer ce one-off mythique.

Sélectionné au Festival d’Avoriaz, en 1981, à l’instar d’Hurlements de Joe Dante, qui le précède trois semaines plus tôt, Vendredi 13 sera le seul épisode de la série a bien fonctionné en France, avec plus de 600 000 entrées, mais on reste loin du phénomène américain, où les exploits meurtriers de la famille Voorhees ont fini à la 18e place annuelle.

Après une première édition HD en 2009, Vendredi 13 refera son apparition en steelbook, chez Warner, à partir du 2 octobre 2019. Les mêmes bonus sont annoncés, seul le titre change, l’éditeur français privilégiant le titre original pour faire plus neuf. On attend toujours une intégral blu-ray de la saga en France, mais Paramount qui détient les droits de la plupart des titres, traîne la patte, alors que cette intégrale existe à l’étranger.

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 11 février 1981

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Vendredi 13 affiche française du premier volet

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