Une jeunesse dorée d’Eva Ionesco est un étonnant ratage artistique qui entraîne avec Isabelle Huppert et les autres comédiens dans un cabotinage embarrassant.
Synopsis : Paris 1979, au cœur des années Palace. Haut lieu de la nuit où se retrouvent artistes, créatures et personnalités, guidés par une envie de liberté. Rose, une jeune fille de 16 ans issue de la DASS, et son fiancé Michel, 22 ans, jeune peintre désargenté, vivent leur première grande et innocente histoire d’amour.
De fêtes en fêtes, ils vivent au jour le jour, au gré des rencontres improbables de la nuit.
Lors d’une soirée, Rose et Michel font la connaissance de Lucille et Hubert, de riches oisifs, qui vont les prendre sous leur aile et bousculer leur existence.
Une jeunesse dorée, deuxième film d’Eva Ionesco avec Isabelle Huppert
Critique : Eva Ionesco se devait de réaliser un film sur les années Palace. Cette icône de l’érotisme arty de la fin des années 70, alors qu’elle n’était que jeune adolescente, a connu l’excentricité des nuits parisiennes à leur paroxysme. Le mythique établissement des Grands Boulevards, antre d’une faune de noctambules déguisés, où elle pouvait laisser exploser sa différence aux yeux de people prestigieux venant des quatre coins du monde, était un microcosme fascinant où l’on l’imagine bien faire résidence, forte de sa jeunesse peu farouche
Après un premier long métrage qui faisait écho à ses rapports compliqués avec sa mère artiste, le singulier et touchant My Little Princess, où l’on retrouvait déjà Isabelle Huppert, son deuxième essai à la réalisation sonne faux. Faux, car le film se perd dans sa narration, à essayer de relater des destins finalement assez vains, qui ne parviennent pas à rendre les personnalités décrites, pourtant excentriques, comme attachantes. Faux, car le jeu des acteurs est en roue libre, même chez Isabelle Huppert dont les apparitions déconcertent par leur naïveté.
Même la jeunesse incarnée par la jeune Galatea Bellugi, dans une outrance antipathique, et son preux chevalier joué par Lukas Ionesco, plus sobre que chez Larry Clark (trop sobre en fait ; finalement on préfère son récent essai à la chanson), échoue à donner un souffle de fraîcheur à cette retranscription d’une époque sans tabous.

Galatéa Bellugi dans dans Une jeunesse dorée © Macassar. All Rights Reserved
Baratin de bourgeois décadent et horripilant
En fait, le film s’égare trop vite des moments festifs pour du baratin bourgeois décadent, dont on ne trouve pas le plaisir dans sa luxure et ses petites manipulations d’esprits jeunes. La narration prend de mauvais virages, accentués par une réalisation terne, sans conviction, et un montage poussif.
Pourtant, Eva Ionesco n’est pas n’importe qui . Son ton d’actrice décalée, elle l’a porté chez des auteurs formidables, où elle crevait elle-même l’écran — chez Patrick Mimouni (Quand je serai star), chez Virginie Thévenet, dans le formidable La Nuit porte jarretelles. Était-elle, sur Une jeunesse dorée, trop proche de son sujet, prisonnière de références et de souvenirs impossibles à retranscrire à l’identique à l’écran ? Nul ne le sait, mais le résultat n’est vraiment pas à la hauteur de cette décennie de folie.
Démoli par la critique à sa sortie, Une jeunesse dorée a connu une carrière éclair en salle, avec 10 452 spectateurs sur l’ensemble du territoire dont plus de la moitié sur Paname. La capitale a essayé d’y retrouver son histoire mais n’y aura même pas trouvé la vitriole nécessaire pour assaisonner pareil projet. Une faute de goût d’une décennie en fin de vie.
Les sorties de la semaine du 16 janvier 2019

Affiche In the Moon – © 2018 Macassar Productions, NJJ Entertainment, Diligence Films, Scope Pictures. All Rights Reserved
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Eva Ionesco, Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi, Alain-Fabien Delon, Lukas Ionesco