Une fille facile : la critique du film (2019)

comédie dramatique | 1h31min
Note de la rédaction :
8/10
8
Une fille facile, affiche

Note des lecteurs

Une fille facile scelle la rencontre chic et choc entre Rebecca la cérébrale et Zahia la voluptueuse pour donner naissance à un film solaire et léger sur fond d’apparence en trompe l’œil

Synopsis : Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

Magimel et Courau dans Une Fille Facile

© Photo Julian Torres / © 2019 Les-Films Velvet

Une fille facile, jeu de pouvoir, de puissance et de domination

Critique : Après l’échec commercial de Planétarium, son dernier film, avec Nathalie Portman, Rebecca Zlotowski éprouve le besoin de se tourner vers une œuvre plus intimiste qu’elle veut faite de pulsion, de soleil, de sexe et de plaisir. Dans une ambiance ensoleillée et lascive qui n’est pas sans rappeler celle de la collectionneuse de Rohmer, elle invite la pulpeuse Zahia plus habituée de la rubrique des faits divers que des chroniques cinéma pour l’habiller de la grâce d’une Brigitte Bardot orientale relookée années 2000, et en faire le cœur battant de ce tableau finalement suave et assurément moins futile qu’il n’y paraît où s’entrechoquent les jeux de puissance, de pouvoir et de domination dans tous les domaines (physique, sexuel, financier et culturel).

Zahia, une cousine qui vous veut du bien

En ce début d’été, Naïma, (Mina Farid, dont le minois enfantin s’oppose à la plastique artificielle de son aînée), 16 ans, entend bien profiter de ses vacances qui débutent. Elle passe le plus clair de son temps avec Dodo (Lakhdar Dridi), son meilleur ami, un jeune gay vif et drôle qui se prépare à une carrière de comédien. Le théâtre, elle en rêve aussi sans vraiment y croire. Elle doit d’ailleurs effectuer un stage de restauration au sein de l’hôtel très select où sa mère travaille comme femme de chambre. Finalement, ses projets vont être bouleversés par l’arrivée de Sofia (Zahia Dehar), sa cousine âgée de quelques années de plus qu’elle, qui lui ouvre les portes d’un chemin de liberté et d’autonomie dont elle ignore tout. Car Sofia n’hésite pas à afficher son corps aux cambrures parfaites, son mystère et sa féminité exacerbée, qui attirent tout naturellement le regard d’Andrés (Nuno Lopés), un Brésilien, à la fois collectionneur d’arts et banquier anarchiste qui affirme que « c’est plus facile de mépriser l’argent qu’on en a que quand on n’en a pas », propriétaire d’un de ses luxueux yachts amarrés dans le port de Cannes qu’il partage avec un ami prénommé Philippe (Benoit Magimel émouvant de dignité et de réserve). Sous les yeux d’un personnel peu enclin à accepter ce mélange des classes se met alors en place un troc : des cadeaux, des invitations, des dîners, en échange tacite de la présence des jeunes femmes, de leurs corps, de nuits de fêtes et de plaisirs.

Mina Farid et Zahia Dehar dans Une fille facile

© Photo Julian Torres / © 2019 Les-Films Velvet

Un pied de nez au mépris des classes

Une fille facile ne se contente pas d’être le récit initiatique de deux jeunes femmes qui rencontrent quelques noceurs sur la Côte d’Azur. Il est avant tout un conte moderne tout à la fois poétique et décomplexé sur l’émancipation d’une toute jeune fille qui découvre que l’on peut se livrer sexuellement sans réserve et sans états d’âme tout en préservant mystère et pouvoir. A l’âge où le destin se forge, la naïveté de Mina, dont la voix sert sobrement de fil rouge à la narration, se fracasse contre la liberté de corps et d’esprit de Sofia. A ceux qui auraient tôt fait de coller une étiquette d’immoralité à ce personnage exhibitionniste qu’une part de sincérité rend cependant attachant, Rebecca Zlotowski dévoile un autre aspect. En présentant Zahia Dehar, ex-escort-girl prise au piège en 2010 d’une affaire de mœurs impliquant plusieurs joueurs de l’équipe de France de football comme une jeune femme amatrice de littérature dotée d’un langage châtié, elle entend bien tordre le cou aux a priori qui voudraient que la culture et la bien-pensance n’appartiennent qu’aux classes bien nées, dont le mépris peut se mesurer lors d’une scène mémorable où la dénommée Calypso, sous les traits de Clotilde Courau, distille avec talent et élégance un cynisme de haute volée.

« Sea , sex and sun, le soleil au Zénith, je ressuscite, toi petite, tu es de la dynamite ». Des paroles extraites du célèbre titre de Serge Gainsbourg qui résument cette fable aux images chaudes et à la sensualité caressante, pas si amorale qu’elle a l’air grâce à la personnalité toute de paradoxes de sa muse Zahia/Sofia.

Critique : Claudine Levanneur 

Sorties de la semaine du 28 août 2019

 

Une fille facile, affiche

Crédits : Ad Vitam

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