Une fille facile : la critique du film (2019)

comédie dramatique | 1h31min
Note de la rédaction :
8/10
8
Une fille facile, affiche

  • Réalisateur : Rebecca Zlotowski
  • Acteurs : Benoît Magimel, Mina Farid, Zahia Dehar, Nuno Lopes, Clotilde Courau
  • Date de sortie: 14 Août 2019
  • Nationalité : Français
  • Scénario : Rebecca Zlotowski, Teddy Lussi-Modeste
  • Distributeur : Ad Vitam
  • Editeur vidéo : Ad Vitam
  • Date de sortie vidéo : 21 janvier 2020
  • Box-office France / Paris - Périphérie 90 226 entrées / 40 548 entrées
  • Festival : Quinzaine des Réalisateurs (Prix SACD)
  • Budget : 2 780 000 €
  • Format : 2.39 / Dolby SR-SRD
Note des spectateurs :

Une fille facile scelle la rencontre chic et choc entre Rebecca la cérébrale et Zahia la voluptueuse pour donner naissance à un film solaire et léger sur fond d’apparence en trompe-l’œil.

Synopsis : Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

Magimel et Courau dans Une Fille Facile

© Photo Julian Torres / © 2019 Les-Films Velvet

Une fille facile, jeu de pouvoir, de puissance et de domination

Critique : Après l’échec commercial de Planétarium, son dernier film, avec Nathalie Portman, Rebecca Zlotowski éprouve le besoin de se tourner vers une œuvre plus intimiste qu’elle veut faite de pulsion, soleil, sexe et plaisir. Dans une ambiance ensoleillée et lascive qui n’est pas sans rappeler celle de la collectionneuse de Rohmer, elle invite la pulpeuse Zahia plus habituée de la rubrique des faits divers que des chroniques cinéma pour l’habiller de la grâce d’une Brigitte Bardot orientale relookée années 2010, et en faire le cœur battant de ce tableau finalement suave et assurément moins futile qu’il n’y paraît où s’entrechoquent les jeux de puissance, de pouvoir et de domination dans tous les domaines (physique, sexuel, financier et culturel).

Zahia, une cousine qui vous veut du bien

En ce début d’été, Naïma, (Mina Farid, dont le minois enfantin s’oppose à la plastique artificielle de son aînée), 16 ans, entend bien profiter de ses vacances qui débutent. Elle passe le plus clair de son temps avec Dodo (Lakhdar Dridi), son meilleur ami, un jeune gay vif et drôle qui se prépare à une carrière de comédien. Le théâtre, elle en rêve aussi sans vraiment y croire. Elle doit d’ailleurs effectuer un stage de restauration au sein de l’hôtel très select où sa mère travaille comme femme de chambre. Finalement, ses projets vont être bouleversés par l’arrivée de Sofia (Zahia Dehar), sa cousine âgée de quelques années de plus qu’elle, qui lui ouvre les portes d’un chemin de liberté et d’autonomie dont elle ignore tout. Car Sofia n’hésite pas à afficher son corps aux cambrures parfaites, son mystère et sa féminité exacerbée, qui attirent tout naturellement le regard d’Andrés (Nuno Lopés), un Brésilien, à la fois collectionneur d’arts et banquier anarchiste qui affirme que « c’est plus facile de mépriser l’argent qu’on en a que quand on n’en a pas », propriétaire d’un de ses luxueux yachts amarrés dans le port de Cannes qu’il partage avec un ami prénommé Philippe (Benoît Magimel émouvant de dignité et de réserve). Sous les yeux d’un personnel peu enclin à accepter ce mélange des classes se met alors en place un troc : des cadeaux, des invitations, des dîners, en échange tacite de la présence des jeunes femmes, de leurs corps, de nuits de fêtes et de plaisirs.

Mina Farid et Zahia Dehar dans Une fille facile

© Photo Julian Torres / © 2019 Les-Films Velvet

Un pied de nez au mépris des classes

Une fille facile ne se contente pas d’être le récit initiatique de deux jeunes femmes qui rencontrent quelques noceurs sur la Côte d’Azur. Il est avant tout un conte moderne tout à la fois poétique et décomplexé sur l’émancipation d’une toute jeune fille qui découvre que l’on peut se livrer sexuellement sans réserve ni états d’âme tout en préservant mystère et pouvoir. A l’âge où le destin se forge, la naïveté de Mina, dont la voix sert sobrement de fil rouge à la narration, se fracasse contre la liberté de corps et d’esprit de Sofia. A ceux qui auraient tôt fait de coller une étiquette d’immoralité à ce personnage exhibitionniste qu’une part de sincérité rend cependant attachant, Rebecca Zlotowski dévoile un autre aspect. En présentant Zahia Dehar, ex-escort girl prise au piège en 2010 d’une affaire de mœurs impliquant plusieurs joueurs de l’équipe de France de football comme une jeune femme amatrice de littérature dotée d’un langage châtié, elle entend bien tordre le cou aux a priori qui voudraient que la culture et la bien-pensance n’appartiennent qu’aux classes bien nées, dont le mépris peut se mesurer lors d’une scène mémorable où la dénommée Calypso, sous les traits de Clotilde Courau, distille avec talent et élégance un cynisme de haute volée.

« Sea , sex and sun, le soleil au Zénith, je ressuscite, toi petite, tu es de la dynamite ». Des paroles extraites du célèbre titre de Serge Gainsbourg qui résument cette fable aux images chaudes et à la sensualité caressante, pas si amorale qu’elle a l’air grâce à la personnalité toute de paradoxes de sa muse Zahia/Sofia.

Critique : Claudine Levanneur 

Sorties de la semaine du 28 août 2019

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Une fille facile, affiche

Crédits : Ad Vitam

Box-office :

Une fille facile a été l’un des échecs français de l’année 2019, avec un total de 83 583 spectateurs dans l’ensemble du territoire. Le buzz autour de la présence de Zahia Dehar en haut de l’affiche aura fait son effet à Cannes, mais les Français ont largement ignoré ses premiers pas cinématographiques.

Lancé à la fin de l’été dans 145 cinémas, le film a à peine attiré 45 097 spectateurs, malgré la pertinence d’une date estivale qui s’ouvrait sur la rentrée cinématographique avec les films de qualité qui vont avec. La presse était par ailleurs largement enthousiaste.

Détruit par son bouche-à-oreille négatif, le film dégringole à 20 615 spectateurs en seconde semaine, puis à 8 148 en 3e semaine, pour ne plus attirer que 3 103 curieux en 5e semaine, malgré son beau casting.

La réalisatrice Rebecca Zlotowski, contrairement au cinéma de Céline Sciamma, n’arrive pas à imprégner. L’auteure ressortait de l’échec douloureux de Planetarium en 2016.

Malgré un budget bas (2 700 000 euros), Une fille facile est un film d’art et essai à la rentabilité réduite (11, 9% de son budget a été amorti au cinéma, une misère), alors qu’il avait de vraies chances de séduire dès son affiche, chaleureuse, très rohmérienne finalement. Suivant l’avis du public, l’Académie des César occultera cette oeuvre solaire malgré ses belles qualités.

Vraiment dommage.

Frédéric Mignard

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Bande-annonce d'Une fille facile

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