Un sac de billes : la critique du film et le test blu-ray (1975)

Drame | 1h45min
Note de la rédaction :
7/10
7
Un sac de billes de Jacques Doillon, jaquette blu-ray

Note des lecteurs

Première et meilleure adaptation du roman Un sac de billes, le film de Jacques Doillon a le grand mérite de n’être jamais larmoyant. Il propose même une vision réaliste d’une histoire nationale toujours aussi douloureuse.

Synopsis : Sous l’Occupation allemande, deux enfants juifs fuient Paris pour gagner le sud de la France, en zone libre.

Doillon, cinéaste de l’enfance

Critique : En 1973, Joseph Joffo publie Un sac de billes, récit de son enfance et de son escapade avec son frère aîné pour rejoindre la zone libre. Le bouquin devient très rapidement un best-seller et Claude Berri se porte acquéreur des droits d’adaptation pour le cinéma. Prévu d’abord pour Maurice Pialat, le projet piétine pendant plusieurs mois, avant que le producteur ne se laisse séduire par la fraîcheur du petit film indépendant Les doigts dans la tête (1974), réalisé par le jeune Jacques Doillon. Ce premier long-métrage avait le mérite de proposer des tranches de vie d’adolescents et de jeunes adultes particulièrement habiles. Berri est donc persuadé qu’il tient là un sérieux candidat.

Un sac de billes de Jacques Doillon, photo d'exploitation

© PHOTO.BERNARD PRIM. COLLECTION FONDATION JÉRÔME SEYDOUX-PATHÉ ©1975 – PATHÉ FILMS

Jacques Doillon accepte la proposition à condition de retirer du roman tout le pathos, ainsi que des événements qui ne lui paraissent pas crédibles. Il effectue cette reconstruction avec Denis Ferraris et peut ensuite se mettre en quête de son jeune casting, avec l’aide de Dominique Besnehard. Ils tombent rapidement sur Richard Constantini qui joue le rôle de Joseph, puis sur Paul-Eric Shulmann. Le reste des comédiens est également sélectionné parmi des gens novices – si l’on excepte la participation de Michel Robin ou encore de Marc Eyraud.

Des interprètes novices et naturels

Si la diction un peu artificielle des différents acteurs nécessite un léger temps d’adaptation de la part du spectateur – on est ici dans un ton qui se rattache à un naturalisme à la française – le naturel confondant des comédiens prend rapidement le dessus. Effectivement, le cinéaste Jacques Doillon met un point d’honneur à filmer les scènes dialoguées en continu. Peu importe si l’acteur se trompe ou hésite puisque nous sommes également peu sûrs de nous lorsque nous dialoguons. De même, les enfants peuvent se mettre à rire de manière naturelle au sein d’un plan plus dramatique, comme dans la vraie vie. Ces accrocs qu’on imagine involontaires sont donc conservés par le cinéaste afin de retranscrire au mieux les émotions des personnages.

Alors que la plupart des réalisateurs auraient opté pour le pathos, Jacques Doillon dégraisse au maximum le roman pour en saisir la substantifique moelle. Peu de musique, pas de sentimentalisme. Les séquences finales avec l’amourette pouvaient pourtant donner lieu à des passages dégoulinants de bons sentiments, comme dans le médiocre remake de 2017. Cette volonté d’en faire moins permet à Doillon de créer une vraie proximité du spectateur avec les protagonistes. Elle rend également crédibles des passages entiers du roman qui peuvent prêter à contestation.

Description sans fard de la situation des juifs en France durant les années de guerre

Enfin, il faut signaler que le long-métrage a eu le grand mérite de décrire avec beaucoup de tact et de justesse la situation des juifs de France durant la Seconde Guerre mondiale. Le réalisateur évoque également le cas de ces Français ayant collaborés par conviction idéologique, ce qui n’était pas encore habituel au sein du cinéma de l’Hexagone. A part le documentaire Le chagrin et la pitié (1969) et le film Lacombe Lucien (1974), le thème avait été très peu abordé jusque-là.

Le plus gros succès commercial de Doillon

D’une belle force tranquille, porté par une direction d’acteurs formidable, Un sac de billes a connu un beau succès avec plus de 1,2 millions de spectateurs. Il s’agit donc du plus gros succès de la carrière de Doillon. Celui-ci continua d’ailleurs à faire tourner des enfants, avec toujours la même maestria, que ce soit dans La drôlesse (1979), La fille de 15 ans (1989), Le petit criminel (1990), Le jeune Werther (1993) et Ponette (1996).

Nettement supérieur à la nouvelle adaptation de 2017, la version de Doillon ressort désormais dans une copie splendide grâce aux bons soins de Pathé. Le film fut effectivement bloqué par Joseph Joffo pendant des décennies car il n’aimait pas les libertés prises par Doillon avec son œuvre. On le contredira donc en affirmant qu’il s’agit pourtant du meilleur film adapté de son livre.

Le test blu-ray :

Un sac de billes de Jacques Doillon, jaquette blu-ray

© 2019 – PATHÉ FILMS. Tous droits réservés.

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Compléments : 4/5

Cette superbe édition bénéficie d’un documentaire exceptionnel d’une durée de 47min où sont interrogés le réalisateur Jacques Doillon, le directeur de casting et acteur Dominique Besnehard, l’acteur Richard Constantini et le scénariste de BD Kris. Ils reviennent tous sur la genèse d’un tournage qui fut heureux. Les souvenirs s’enchaînent de manière régulière et sans aucune langue de bois.

Ainsi, le portrait dressé de Joseph Joffo n’est guère à son avantage, même si Kris est davantage compréhensif. Par contre, tous s’accordent à dire le plus grand bien de la direction d’acteurs de Doillon et de son aisance à faire tourner les enfants. Lui-même avoue préférer les enfants à certaines stars capricieuses.

L’éditeur a ajouté deux petits documents d’archives maison, un sur la jeunesse de France au moment de l’exode (10min) et un sur l’accueil des enfants réfugiés en zone libre (1min).

L’image : 4/5

La restauration et numérisation en 2K permettent de redécouvrir le long-métrage dans d’excellentes conditions, avec une colorimétrie douce, mais solide, et surtout un léger grain cinéma. La compression est à la hauteur et la fluidité est parfaitement maîtrisée. On notera également un bon niveau de détail et une définition très pointue. Du tout bon.

Le son : 3,5/5   

L’unique piste sonore en mono DTS HD Master Audio est de très bonne tenue, ce qui n’était pas évident de prime abord. Effectivement, la prise de son initiale était parfois chaotique et les dialogues pouvaient être difficilement audibles. Un gros effort a été effectué pour que l’environnement sonore ne déborde pas sur les dialogues. Sans être idéal, le résultat final est quand même probant.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 10 décembre 1975

Un sac de billes de Jacques Doillon, l'affiche originale

© 1975 AMLF – Les Films Christian Fechner – Renn Productions / Affiche de Jean-Claude Labret / Photographie : J.J. Liégeois. Tous droits réservés.

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