Après son chef d’œuvre, Welcome, le réalisateur Philippe Lioret et Vincent Lindon repartent au combat, cette fois-ci en compagnie de Marie Gillain et contre le surendettement. Le résultat est plus mitigé. Toutes nos envies est l’une des œuvres dispensables d’un auteur généralement plus percutant.
Synopsis : Claire, Jeune juge au tribunal de Lyon, rencontre Stéphane, juge chevronné et désenchanté, qu’elle entraîne dans son combat contre le surendettement. Quelque chose naît entre eux, où se mêlent la révolte et les sentiments, et surtout l’urgence de les vivre.
Critique : On ne dira jamais assez de bien autour de la décennie passée de Philippe Lioret, cinéaste qui a su nous captiver et nous émouvoir avec pas moins de quatre excellents films consécutifs : la subtile romance adultère de Mademoiselle (2001), un Equipier battu par les vents bretons (2004), le drame de l’adolescence meurtrie et du deuil familial Je vais bien ne t’en fais pas (2006), son plus gros succès, et surtout Welcome et son combat pour les droits de l’Homme dans le traitement des clandestins. Un pionnier en France sur la thématique désormais éculé des migrants.
En 2011, dans Toutes nos envies, le cinéaste retrouve l’homme de lutte au regard transi par l’émotion, Vincent Lindon (qui nous étonne toujours par la qualité de ses choix et sa sobriété), pour un scénario s’inspirant dans la thématique du surendettement du livre autobiographique D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère. Le sujet y est articulé autour de deux juges révoltés contre le système, qui deviennent ici amis dans un combat doublé par des enjeux de maladie et de mort imminente.
Comme dans Welcome où le discours social était cimenté dans une romance bouleversante, le réalisateur nourrit une réflexion essentielle et rare sur les maux de notre société, en l’occurrence la détresse financière, l’hypocrisie des organismes de crédit et la complicité de la justice. Ce thème central aboutit à une formidable histoire d’amitié entre la jeune juge jouée par Marie Gillain, enfin devenue femme à l’écran, et un vétéran joué par Lindon. Il va l’accompagner dans son ultime combat judiciaire contre l’irrégularité des crédits à la consommation qui broient les précaires en les précipitant dans une banqueroute sans retour, mais aussi dans son ultime combat de vie, alors que la jeune femme s’écroule peu à peu, des suites d’une maladie qui la ronge et qu’elle dissimule à son mari fragile.
Box-office de Toutes nos envies
Le mélo du secret, de la femme forte dans ses combats jusqu’à celui qui l’oppose à la mort, du personnage noble qui assume toutes les luttes avant de s’éteindre (aider une inconnue contre Goliath, protéger sa famille, son mari, sa mère…), avec la complicité d’un témoin contraint au silence, tout cela nous émeut souvent, mais contrairement aux précédents opus du cinéaste qui étaient constant dans l’excellence, le résultat ici nous agace aussi par moments. Le drame personnel cannibalise ce qui aurait dû être l’essentiel du film, un thriller judiciaire sur un thème insolite. Il souligne les faiblesses dans la caractérisation des personnages (l’époux joué par Yannick Rénier est transparent et devient une véritable caricature). On déplorera également quelques scènes maladroites (la sortie d’hôpital de la malade qui assiste à un match de rugby et fait un petit tour par les vestiaires) dont on aurait pu se passer.
Nonobstant, faute d’être à la hauteur des attentes, Toutes nos envies reste malgré tout une œuvre de qualité, intelligemment pensée, réalisée et interprétée par ses deux acteurs principaux avec force et conviction. Son discours d’utilité publique méritait un vrai débat de société qui n’aura pas vraiment lieu au lendemain de sa sortie peu convaincante. Malgré des critiques globalement correctes et un public plutôt attentif, le drame doublera à peine sa mise de première semaine (170 000) pour finir sa carrière à 350 000 entrées sur l’ensemble de notre territoire, très loin des 1 205 000 entrées de Welcome (2009) et des 903 000 entrées de Je vais bien, ne t’en fais pas (2006).
Les sorties de la semaine du 9 novembre 2011

Design : Le Cercle Noir © Fin août productions / Photo Guy Ferrandis
Biographies +
Philippe Lioret, Pascale Arbillot, Clémentine Baert, Vincent Lindon, Marie Gillain, Yannick Renier, Emmanuel Courcol, Jean-Pol Brissart, Amandine Dewasmes