Tire Django tire : la critique du film (1971)

Western | 1h31min
Note de la rédaction :
6/10
6
Affiche du film Tire, Django tire

Note des spectateurs :

En dépit de son statut de film de commande, Tire Django tire est un western spaghetti de fort bonne facture.

Synopsis : Après s’être évadé de prison, un déserteur se fait capturer par un riche Mexicain. Ce dernier lui laisse la vie sauve, à une condition. Il doit lui ramener son fils Fidel qui a décidé de s’encanailler avec une bande de hors-la-loi.

Critique : Avec Tire Django tire, Bruno Corbucci signe son deuxième western, deux ans après sa première incursion dans le genre, Ringo e Gringo contra tutti (1966). Il s’agit probablement de son film le plus sérieux. Néanmoins, l’appétence de Corbucci pour le genre comique est ici manifeste. Il préfigure ainsi l’évolution du genre, comme l’atteste cette scène d’empoignade homérique dans le saloon, que n’auraient pas reniée Terence Hill et Bud Spencer. On sent Corbucci très à l’aise dans ce genre, même si certaines idées laisseront le spectateur perplexe. Il est ainsi question de canards de compagnie ou de pastèques faisant office de silencieux pour revolvers !

Un scénario intéressant porté par des acteurs inspirés

Tire, Django, tire est néanmoins un film cohérent, loin d’être entaché par les quelques délires qu’il s’autorise. Bruno Corbucci, qui a participé aux scénarios de quelques uns des meilleurs westerns de son frère Sergio, nous propose ici une sorte de buddy movie aux personnages charismatiques, à la faveur d’acteurs inspirés. Brian Kelly, plus connu pour sa participation dans la série Flipper, campe un protagoniste très convaincant et original, car maîtrisant le fouet bien avant Indiana Jones . On regrette de ne pas pouvoir le retrouver dans davantage de westerns , car il avait l’étoffe d’une pointure du genre.

Face à lui, Fabrizio Moroni excelle en tant que jeune premier. Le jeu des acteurs est d’autant plus important que la relation entre leurs deux personnages fait le sel du film. En effet, les deux hommes vont se haïr, se jauger, et finalement s’apprécier pour combattre ensemble. Si le happy end  un peu ridicule peut faire croire à certains sous-entendus, le film dépeint avant tout une amitié virile qui n’aurait pas dépareillé dans une production Shaw Brothers ou, plus tard, chez John Woo. Outre ce  captivant duo, le truculent Keenan Wynn tire son épingle du jeu en chef d’une bande de bandits hauts en couleur. Enfin, les amateurs de cinéma de genre italien seront ravis d’apercevoir une de leurs égéries, Erika Blanc, au cours d’une courte scène.

Tire Django tire est techniquement abouti.

Si le scénario du film n’est pas sans longueurs , répétitions et scènes déjà vues dans d’autres westerns, l’aspect artistique fait mouche. On trouve ainsi de très beaux cadrages. A titre d’exemple, la scène du désert est visuellement sublime et propose quelque chose de plus que celle du Bon , la Brute et le Truand. De fait, les décors sont magnifiques, la photo et les éclairages impeccables mettant grandement en valeur les paysages d’Almeria. Corbucci signe un film très solide visuellement, aux cadrages recherchés, en dépit de fortes contraintes budgétaires.

En effet, le producteur a décidé de couper les financements alors que le film était en cours de tournage. Ainsi, l’éclairagiste ne s’est pas contenté d’appliquer un filtre pour les scènes de nuit comme c’est trop souvent le cas dans certains films du genre. Enfin, le métrage propose des scènes d’action au rythme soutenu, notamment  la fusillade finale, et un montage efficace. Malheureusement, la musique est un peu en deçà de l’ensemble.  Si Sante Maria Romitelli a le mérite de ne pas singer Morricone, ses musiques détonnent un peu avec le film en tentant de le tirer un peu plus vers le genre comique. Néanmoins, le thème principal du film, qu’il soit instrumental ou chanté par Little Tony, demeure très convaincant.

Tire Django tire, un film prétexte.

Le western était un genre qui fonctionnait bien au milieu des années 60. Pour contrer un éventuel échec du film Escalation, le distributeur oblige le producteur Giuseppe Zaccariello à mettre en marche ce projet. Contre toute attente, Escalation fonctionne, et Zaccariello se désintéresse de Tire Django tire, au point de couper les fonds. Corbucci et son équipe décident tout de même de terminer le film. Néanmoins, le métrage connaîtra une distribution chaotique, réapparaissant de-ci-de-là sous divers titres. C’est en toute logique que Spara gringo spara est devenu Tire Django tire en France, afin de capitaliser sur le nom Corbucci, quand bien même le film n’a rien à voir avec Django. Une destinée bien injuste pour un film honnête qui mérite de trouver son public.

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Le test DVD :

Affiche du film Tire, Django tire

©Artus Films 2020. Tous droits réservés

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Test réalisé à partir du produit définitif

Compléments & packaging : 3 / 5

On retrouve le DVD dans un boîtier classique. La jaquette est jolie, oscillant entre tradition et modernité dans son design graphique, comme c’est le cas pour tous les films de la série “Western Européen” de chez Artus.

En supplément, nous retrouvons l’excellent Curd Ridel, dont les très intéressantes anecdotes sur la genèse du film ont été grandement utiles pour l’élaboration de cet article. Il nous propose également des commentaires très éclairants sur le parcours des acteurs et créateurs du film. Le tout s’étend sur une bonne demi-heure jamais ennuyeuse. Artus nous propose également un diaporama d’affiches et de photos d’une minute nous permettant de découvrir le matériel promotionnel d’époque. Le DVD inclut la bande-annonce ainsi que celles des autres de la collection.

Enfin, Artus nous propose un petit court-métrage d’une vingtaine de minutes, The Dead West, travail des étudiants de l’IUT de Béziers. Cet hybride entre western spaghetti et film de zombie est une bonne démonstration de leur savoir-faire technique. Il fait écho à Tire Django tire puisque tourné dans le même décor désertique d’Almeria.

L’image : 3 / 5

Artus nous propose comme à son habitude dans cette collection une copie de qualité, remastérisée en 2K, DVD oblige. Les couleurs sont vives et l’image ne souffre pas de tremblements. Néanmoins, le générique est un peu en deçà en terme de qualité, comme c’est souvent le cas dans les films de cette époque. L’image a un grain prononcé, on peut apercevoir quelques points blancs et certains passages manquent de netteté. Nonobstant, nous sommes face à une copie très agréable permettant de profiter pleinement de l’excellente photographie du film et de ses sublimes décors.

Le son : 3,5 / 5

La piste son française propose un son Dolby Digital très correct qui sonne toutefois comme du Mono. Néanmoins, on ne saurait que trop vous conseiller la version originale qui a beaucoup plus de pêche et met davantage en valeur la musique, d’autant plus que certaines scènes ne sont disponibles qu’en italien sous-titré.

Critique du film et test DVD de Kevin Martinez

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