Self Defense (Sunday in the Country) : critique et test Mediabook (1981)

Thriller, Drame | 1h33min
Note de la rédaction :
7/10
7
Sunday in the Country, jaquette Mediabook

  • Réalisateur : John Trent
  • Acteurs : Ernest Borgnine, Michael J. Pollard, Hollis McLaren, Louis Zorich
  • Date de sortie: 11 Nov 1981
  • Nationalité : Canadien, Britannique
  • Titre original : Sunday in the Country
  • Année de production : 1974
  • Scénaristes : Robert Maxwell, John Trent d'après une histoire de David Main
  • Directeur de la photographie : Marc Champion
  • Compositeur : William McCauley et chansons de Paul Hoffert
  • Distributeur : Société Philippe Modica (uniquement dans le sud de la France)
  • Editeur vidéo : Arena (VHS) / Artus Films (Mediabook)
  • Sortie vidéo (Mediabook) : 7 janvier 2020
  • Format : 2.35 : 1 / Son : Mono
  • Crédits visuels : © 2019 Artus Films. Tous droits réservés. Matériel fourni par l'éditeur.
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Note des spectateurs :
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Faux Home Invasion, mais vraie critique d’une certaine mentalité traditionaliste, Sunday in the Country (Self Defense à l’époque) est une œuvre étonnante qui mérite d’être réévaluée.

Synopsis : Dans la campagne de Locust Hill, le vieil Adam, aigri par la mort de sa fille, tente d’élever sa petite-fille selon ses principes de rédemption religieuse. Il se rend à l’office dominical quand il apprend que trois voyous sont en fuite après un braquage dans la ville d’à côté. Selon la police, ils rôderaient dans les parages. Ce serait une aubaine pour Adam de retrouver les voyous avant la police, et de leur donner la leçon qu’ils méritent…

Sunday in the Country, un home invasion canadien

Critique : En 1974, le gouvernement canadien met en place un système de Tax Shelter qui permet à des producteurs américains de venir investir de l’argent sur place en bénéficiant d’avantages fiscaux indéniables. Cette disposition qui a duré un peu moins d’une dizaine d’années a permis de développer l’industrie cinématographique canadienne et l’essor d’une nouvelle génération de producteurs et de cinéastes, dont le plus célèbre demeure David Cronenberg.

Sunday in the Country, photo d'exploitation 1

© 2019 Artus Films. Tous droits réservés. Matériel fourni par l’éditeur.

Il n’est pourtant pas le seul puisque le réalisateur John Trent et le producteur David M. Perlmutter se sont associés pour fonder leur propre compagnie de production nommée Quadrant Films. Sunday in the Country (1974) constitue l’un de leurs premiers projets dans l’espoir de décrocher un beau succès pour une mise de départ assez faible. Ils s’inspirent notamment du postulat de départ des Chiens de paille (Peckinpah, 1971), mais aussi de l’ambiance nauséabonde de La dernière maison sur la gauche (Craven, 1972) pour signer un home invasion au cœur de la campagne canadienne – qui pourrait d’ailleurs passer pour celle des Etats-Unis.

Du cinéma transgressif qui attaque les valeurs traditionnelles

Toutefois, si le long-métrage s’inscrit pleinement dans un cinéma de redneck comme on en produit des tonnes à l’époque – cela va de Délivrance (Boorman, 1972) à Massacre à la tronçonneuse (Hooper, 1974) en passant par des dizaines de séries B, voire Z – Sunday in the Country réussit à trouver son originalité par son traitement inattendu d’une histoire très ambiguë.

John Trent prend tout d’abord son temps pour nous présenter le personnage principal du vieux fermier interprété avec beaucoup de nuances par un Ernest Borgnine au meilleur de sa forme. Vivant avec sa petite fille dans sa ferme isolée, le vieux bonhomme aigri professe la bonne parole, va à l’église tous les dimanches (il s’appelle Adam) et vitupère contre la décadence de la société moderne et la corruption des élites. Sorte de papy ronchon, il représente une certaine Amérique traditionaliste comme on pouvait la découvrir dans les westerns. Une Bible dans une main, un fusil dans l’autre.

Sunday in the Country : Une Bible, un fusil et un pétage de plomb

Parallèlement, le réalisateur nous convie à suivre la cavale meurtrière de trois malfrats qui viennent de commettre un casse. Parmi eux, le détraqué incarné par Michael J. Pollard inquiète au plus haut point par ses tendances psychotiques. Il ne faut pas longtemps au spectateur pour imaginer la suite, celle toute tracée d’un banal home invasion. Pourtant – et c’est la grande force du long-métrage – le script diverge assez rapidement pour proposer au spectateur une expérience différente.

Sunday in the Country, photo d'exploitation 2

© 2019 Artus Films. Tous droits réservés. Matériel fourni par l’éditeur.

Alors que la menace semble venir des trois intrus armés et dangereux, le script opère un glissement progressif inattendu. Et si le psychopathe n’était pas du côté des truands, mais plutôt niché au cœur de son inviolable propriété. De plus en plus inquiétant au fur et à mesure du film, le vieux bougon se révèle en réalité une implacable machine à tuer. Non seulement le vigilante règle leur compte aux malfrats, mais il y prend un plaisir sadique qui en fait un grand malade, à l’image de ceux qu’il traque. La force du script est donc de renverser l’échelle des valeurs et de mettre sur un pied d’égalité les truands et celui qui professe être dans son bon droit.

Une sortie française discrète, sept ans après sa réalisation, sous le titre Self Defense

Sunday in the Country est donc une critique acerbe de la loi du talion, en renvoyant les protagonistes dos à dos. C’est aussi une étude plutôt fine et nuancée du glissement d’un être considéré comme normal et équilibré vers une forme de violence démentielle et perverse. Jamais ennuyeux, le film pâtit sans aucun doute d’une réalisation passe-partout, mais qui a le mérite de laisser les acteurs s’exprimer pleinement. Sans doute pas aussi excessif que bon nombre de productions de l’époque, le métrage n’en demeure pas moins marquant par son ambiance torve qui préfère la suggestion et la nuance au spectaculaire.

Sorti en catimini aussi bien au Canada qu’aux Etats-Unis, le film est parvenu à se frayer un chemin dans plusieurs salles du sud de la France en novembre 1981 sous le titre Self Defense. Puis, une VHS éponyme a ensuite été disponible chez Arena dans une version amputée de 16 minutes, avant que le film ne soit ressuscité dernièrement par l’éditeur Artus Films qui lui consacre un superbe Mediabook.

Le genre du Home Invasion sur CinéDweller

Le test du Mediabook

Sunday in the Country, jaquette Mediabook

© 2019 Artus Films / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Test basé sur le produit définitif

Acheter le Mediabook sur le site de l’éditeur

Compléments & packaging : 4,5 / 10

Troisième volume de la collection Redneck, Sunday in the Country bénéficie cette fois d’un Mediabook luxueux sur le modèle des épais volumes de l’éditeur consacrés à Lucio Fulci (avec un DVD, un Blu-ray et un livre). Elégant et doté d’un livre de 64 pages écrit par Maxime Lachaud, le produit est de toute beauté et vient compléter avantageusement ce qui s’avère être une magnifique collection.

Le livre constitue le bonus le plus conséquent. Il est rédigé par le meilleur spécialiste français du cinéma redneck et propose à la fois un historique du genre, une analyse pertinente du film et une contextualisation culturelle et cinématographique pointue. Un vrai régal d’autant que le bouquin propose aussi des photos d’exploitation et de nombreuses affiches pour un résultat jubilatoire pour tout amateur de cinéma bis.

Sur la galette elle-même, on retrouve Maxime Lachaud pour un entretien de 12 minutes où celui-ci répète plus ou moins ce qu’il a écrit dans l’ouvrage, avec des documents personnels à l’appui. Là encore passionnant bien qu’un peu court. Enfin, un diaporama d’affiches et de photos est disponible.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Une restauration plutôt convaincante pour une œuvre très rare et qui n’a été éditée en France que dans une VHS tronquée et au format non respecté. Artus répare donc l’affront avec un master propre qui conserve un certain grain cinéma et redonne au métrage son cadre large. Le film étant lumineux, on ne repère pas de défaut majeur si ce n’est peut-être un certain manque de piqué global. Rien de déshonorant toutefois.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Nous conseillons à nos lecteurs d’opter pour la version originale, bien plus naturelle dans le rendu des voix, des ambiances et de la musique. La piste mono est suffisamment ouverte et englobante pour nous immerger dans cette campagne canadienne étouffante. La version française paraît bien plus étriquée, avec des voix un peu nasillardes, même si le doublage est plutôt réussi. Par contre, de nombreux passages n’ont jamais été doublés puisque la copie française d’époque était amputée d’un bon quart d’heure. On passe donc fréquemment du français à l’anglais, ce qui peut constituer une gêne. Bref, la VO s’impose.

Critique du film et test blu-ray de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 11 novembre 1981

Sunday in the Country, l'affiche originale

© 2019 Artus Films. Tous droits réservés. Matériel fourni par l’éditeur.

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Sunday in the Country, jaquette Mediabook

Bande-annonce de Self Defense (Sunday in the Country) (VF)

Thriller, Drame

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