Thriller d’action, Ricochet bénéficie d’une réalisation virtuose au service d’un script caricatural et aux nombreux dérapages bis. Sympathique tout de même par ses excès et ses sorties de route incontrôlées.
Synopsis : Issu d’une famille noire défavorisée, Nick Styles a toujours su qu’il n’avait qu’un moyen de s’en sortir : faire carrière dans la police. C’est à la faveur de l’arrestation d’Earl Talbot Blake, un dangereux psychopathe, que cet homme d’action et de terrain grimpe rapidement les échelons pour devenir procureur général. Mais, derrière les barreaux de sa cellule, Blake rumine sa vengeance. Une évasion spectaculaire lui permet de retrouver la liberté.
Bienvenue dans le Die Hard Universe
Critique : Le script de Ricochet a connu de longs développements avant même d’entrer en production. D’abord rédigé par Fred Dekker (futur réalisateur de RoboCop 3), le scénario était initialement destiné à Clint Eastwood pour alimenter la saga Dirty Harry. Mais contre toute attente, Eastwood a rejeté le script en arguant du fait qu’il était bien trop sombre pour être tourné en l’état. Finalement, le projet capote et se retrouve dans les mains du producteur de films d’action Joel Silver. Celui-ci estime que cela peut fournir la base pour un bon film en étant révisé. Ainsi, Menno Meyjes et surtout Steven E. de Souza ont pour mission de transformer l’histoire afin de la mettre au goût du jour.
L’intervention de de Souza, par ailleurs scénariste de Piège de cristal (McTiernan, 1988), se ressent fortement dans le produit fini. Tout d’abord, bien avant les Marvel et leur univers partagé, de Souza fait évoluer ses personnages dans le même milieu que celui de la saga Die Hard. Ainsi, l’actrice Mary Ellen Trainor retrouve ici son rôle de la journaliste Gail Wallens déjà présente dans le premier volet de la saga Die Hard et plusieurs acteurs sont également utilisés dans les deux longs-métrages. Ensuite, le ton général employé, avec notamment une certaine tendance à outrer les caractères, est commun aux deux œuvres, même si c’est clairement au désavantage de Ricochet.
Pas de place pour la nuance dans Ricochet
Effectivement, le long-métrage est typique des dérives progressives des productions Joel Silver par leur propension à exagérer toutes les situations pour livrer des œuvres paroxystiques en matière d’action. Avec Russell Mulcahy aux commandes, Ricochet se hisse quasiment au niveau d’un grand film bis tant il semble dénué du moindre filtre, que ce soit dans la caractérisation grossière des personnages ou dans l’action démesurée.
Ici, Denzel Washington incarne le modèle de la réussite à l’américaine. Il parvient à s’élever dans la société par son talent, sa sympathie, son implication dans la vie de sa communauté et sa spiritualité (son père est pasteur). Le personnage serait presque une tête à claques tant il s’avère parfait sur tous les plans. Heureusement qu’il est incarné par Denzel Washington qui demeure sympathique et pas trop horripilant. Face à lui, John Lithgow incarne une fois de plus un méchant absolument odieux, implacable et sans cœur. Exit toute forme de nuance dans ce combat binaire entre le bien et le mal.
De l’art de l’exagération et de la boursouflure
Finalement, ce qui parvient à rendre la projection supportable vient des dérapages bis constants occasionnés par un Russell Mulcahy qui ne semble plus rien avoir à perdre depuis l’échec cinglant de son Highlander, le retour (1991). Tout d’abord, le célèbre clippeur use et abuse pour notre plus grand plaisir d’une caméra virtuose qui balaye les décors dans tous les sens possibles. A l’aide de grues, de travellings époustouflants et de panoramiques dingues, Mulcahy tente tant bien que mal de combler le vide sidéral du script par une maestria visuelle de chaque instant. Toutefois, le cinéaste n’est pas non plus à l’abri des fautes de goût. On apprécie moyennement la scène parodique dans la prison où les taulards organisent un combat au sabre qui reprend plan par plan celui de Highlander. Même reproche avec le final grandiloquent au sommet d’une tour où tout est tellement exagéré que cela en devient ridicule.
Mais ce qui rend le film plus étonnant encore vient de son extrême violence, avec des morts systématiquement sanglantes, des plans gore assez surréalistes dans un genre comme celui du thriller, ainsi qu’une séquence de sexe assez osée. On notera aussi une évocation à peine voilée de la pédophilie et le caractère ambigu du personnage joué par John Lithgow, accompagné d’un mignon. Son homosexualité refoulée est suggérée à plusieurs reprises – et apparemment ce caractère devait être plus explicite dans des séquences coupées au montage.
Du cinéma bis décomplexé
Si l’on regarde donc Ricochet comme un thriller classique, il peut aisément être rangé dans la catégorie des nanars improbables. Par contre, si on l’aborde avec les yeux d’un bisseux comme un des derniers représentants de ces polars urbains teigneux des années 80, tendance Charles Bronson, on peut lui trouver des circonstances atténuantes et même lui trouver un certain charme, d’autant que la réalisation est nettement supérieure à tout ce qui se faisait dans le genre en ce début des années 90 peu porteur.
Cette proposition d’un polar très violent et déglingué n’a pas vraiment obtenu l’aval du grand public de l’époque. Avec 21, 7 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, Ricochet a déçu les attentes de ses producteurs et n’a rien fait pour mener Denzel Washington au sommet (ce qui sera fait l’année suivante avec Malcolm X, L’affaire Pélican et Philadelphia). En France, le résultat est encore plus catastrophique avec seulement 132 174 curieux sur l’ensemble du territoire national. A Paris, le film n’est entré qu’à la 11ème place la semaine de sa sortie sur une combinaison de 18 salles. Un désaveu qui va pousser Russell Mulcahy à tourner Blue Ice (1992) avec Michael Caine qui sera un DTV sur de très nombreux territoires.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 19 février 1992
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