Pasolini, mort d’un poète : la critique du film et du DVD (1996)

Drame, Biopic | 1h37min
Note de la rédaction :
7/10
7

  • Réalisateur : Marco Tullio Giordana
  • Acteurs : Carlo De Fillipi, Nicoletta Braschi
  • Date de sortie: 01 Mai 1996
  • Nationalité : Italien
  • Distributeur : Les Films Number One
  • Éditeur vidéo : Tamasa
  • Date de sortie vidéo : 07 mai 2019 (DVD Digipack)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 10 805 entrées /4 159 entrées
  • Festival : Venise 1995
Note des lecteurs

Marco Tullio Giordana livre une enquête solide sur l’assassinat de Pasolini, renouant avec les fresques de Francesco Rosi.

Synopsis : Dans la nuit du 2 novembre 1975, le voyou Giuseppe Pelosi est arrêté dans la banlieue de Rome au volant d’une voiture appartenant au poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini.  Le lendemain, on découvre le cadavre mutilé de celui-ci dans un terrain vague.  Pelosi dit avoir  tué Pasolini pour échapper à ses avances.  Les médias s’emparent de l’affaire et  dénoncent les « turpitudes » de l’artiste, communiste et homosexuel déclaré.

Pelosi reconnaît les faits. Mais tout ceci paraît un peu trop facile au vu de la personnalité fortement controversée de l’artiste. Le motif sexuel est-il vraiment le seul derrière cet assassinat ? Les dénonciations de Pasolini concernant certains politiciens et leurs pratiques mafieuses, n’ont-elles joué aucun rôle dans ce crime crapuleux ? Pelosi ne serait-il qu’un bouc émissaire ?

Pasolini ressuscité

Critique : S’inscrivant dans la lignée des « films-dossiers » à la Rosi, Pasolini mort d’un poète commence avec le meurtre et se termine par le jugement, brossant le tableau d’une enquête inachevée, volontairement bâclée, et qui n’ouvre finalement que sur des interrogations. La thèse du métrage est qu’il y a eu plusieurs agresseurs mais que, pour des raisons obscures, « on » a préféré faire porter le chapeau à Pelosi, petite frappe sans importance, plutôt que de creuser la piste des agresseurs multiples. Convaincante, sans doute, cette thèse s’appuie sur une grande diversité de points de vue : on suit aussi bien les avocats des deux parties que les policiers, les journalistes et les voyous en un puzzle savant formé de courtes séquences très découpées. D’où l’impression d’un rythme et d’une efficacité redoutables, renforcés encore par l’aspect factuel et l’inclusion d’images d’archives à vrai dire pas toujours nécessaires et qui tiennent parfois du collage : ainsi l’évocation de la voiture suscite-t-elle des plans de Pasolini au volant.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2018 Flach Film

Une musique d’Ennio Morricone

On pourrait également reprocher au film le caractère brouillon de certains passages ou des coquetteries inutiles (plans débullés, plongée verticale). Mais, indéniablement, Pasolini mort d’un poète ne manque pas de souffle : le montage impeccable ou la musique ample et grave d’Ennio Morricone lui confèrent une force que des comédiens sobres et justes appuient. Nombre de séquences sont haletantes (la reconstitution finale, en particulier), d’autres sont émouvantes (le bel échange de regards entre la mère de Pelosi et la cousine de Pasolini), et l’ensemble en sort cohérent, sans dramatisation excessive. De ce point de vue, Giordana a retenu les leçons de Rosi.

Un pari difficile, mais réussi.

Si le film séduit par son souci du détail, il intéresse également par le portrait soigné d’une époque trouble : entre rapts, corruption, fascistes et pègre (n’oublions pas l’homophobie ordinaire, il est vrai partagée par d’autres états), l’Italie des années 70 apparaît comme un pays chaotique où les intérêts politiques mènent un jeu délétère. Comme le dit un personnage, Rome, c’est Chicago. Giordana excelle, par petites touches, à rendre compte de cette confusion, laissant heureusement des points aveugles et refusant donc une charge manichéenne. Probe et captivant, Pasolini mort d’un poète ne cède jamais au spectaculaire artificiel et se tire avec les honneurs d’un pari difficile. Huit ans après, le cinéaste réussira encore mieux dans cette volonté de chroniquer une époque en se concentrant sur quelques personnages : ce sera Nos meilleures Années, une fresque enthousiasmante. Ce n’est pas une raison pour bouder ce film intense.

 

Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2018 Flach Film – DVD : Tamasa

 

Le test DVD

Compléments : 3/5

On apprécie d’ordinaire les livrets denses de Tamasa ; notre déception devant celui-ci s’explique sans doute ainsi car, malgré l’intérêt des textes de Moravia et Pasolini, leur brièveté laisse un goût d’insatisfaction ou de frustration. Sur la galette elle-même, le cinéaste accorde un long entretien en français (40mn). Il y parle avec chaleur de Pasolini, de l’enquête, de l’époque et va plus loin que le film en évoquant les motifs du meurtre. Le complot ne semble pas faire de doute pour lui, mais il est d’une redoutable complexité. On apprendra beaucoup, mais l’honnêteté nous pousse à dire que son débit en français rend le monologue un peu laborieux.

Image : 3

Même si on excepte les images d’archives, la copie n’est pas impeccable : parasites résiduels, trame épaisse, légères fluctuations … Cela n’entache pas la lisibilité, mais le confort visuel n’est pas parfait, loin de là.

Son : 3,5

Heureusement, la musique de Morricone résonne avec une belle ampleur. Les voix, légèrement étriquées, sont-elles aussi préservées, et la VO est suffisamment nette pour un film de 1995. La VF ne souffre pas de défauts majeurs mais elle est inadaptée.

Critique et test DVD : François Bonini

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