Papicha : la critique du film (2019)

Drame | 1h45min
Note de la rédaction :
7/10
7
Papicha, affiche du film de Mounia Meddour

  • Réalisateur : Mounia Meddour
  • Acteurs : Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda
  • Date de sortie: 09 Oct 2019
  • Acteurs secondaires : Zahra Doumandji, Yasin Houicha, Nadia Kaci, Meryem Medjkane
  • Scénariste : Mounia Meddour
  • Producteurs : Xavier Gens, Patrick André, Grégoire Gensollen, Belkacem Hadjadj, Mounia Meddour
  • Distributeur : Jour2Fête
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Festival : Festival de Cannes 2019 (Un Certain Regard), Festival du Film Français d'Angoulême 2019 (Valois du Public, de la Meilleure actrice et du Meilleur scénario
  • Box-office France / Paris-Périphérie :

Papicha décrit sans atermoiement le combat engagé par des jeunes femmes bien déterminées à sauvegarder leur liberté physique et intellectuelle au cœur des années noires de l’Algérie.

Synopsis : Alger, années 90. Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux ” papichas “, jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

Papicha de Mounia Meddour en photo

© The Ink Connection, High Sea Production & Tayda Film

Critique : Pour ce premier long-métrage, la réalisatrice algérienne Mounia Meddour rend un hommage universel au courage de ces femmes qui, prisonnières d’un système dictatorial, ne renoncent jamais à vivre comme elle entendent, malgré les obstacles et les menaces de mort.

S’appuyant sur des faits réels et sur ses souvenirs personnels d’étudiante à la Cité Universitaire d’Alger, Mounia Meddour nous ouvre les portes d’un microcosme propre à nous faire découvrir les multiples facettes de la société algéroise. Elle choisit de se placer du point de vue de Nejma (Lyna Khoudri) pour nous entraîner dans une aventure à la fois poétique et intense où s’entremêlent, à travers une pléthore de personnages marquants, débrouille, amitié, amour mais aussi embûches que la montée de l’intégrisme va exacerber.

Papicha au cœur des années noires de la guerre civile algérienne

Même si le scénario ne prend guère le temps de replacer les événements dans le contexte politique de l’époque, il est utile de rappeler que l’Algérie est endeuillée durant les années 90 par une guerre civile, encore appelée « la décennie noire », qui oppose le gouvernement algérien à divers groupes islamistes armés, dont le principal objectif est de cadenasser la parole des intellectuels et de priver les femmes de liberté.

Entre les virées nocturnes de nos jeunes fêtardes et le placardage de plus en plus visible d’affiches prônant le port du hijab ou l’intervention de femmes voilées suspendant des cours jugés contraires aux bonnes mœurs, la mise en scène, toute occupée à scruter les étapes de l’enfer annoncé, se fait trop prévisible pour susciter un début d’émotion. Il faudra la survenue d’un fait tragique pour permettre l’immersion totale au sein de cette histoire mêlée de violence et d’espoir.

Lyna Khoudri dans Papicha premier film de Mounia Meddour

© The Ink Connection, High Sea Production & Tayda Film

Une plaidoirie humaniste qui a triomphé à Angoulême

L’assassinat de Lynda, sœur de Nejma et journaliste engagée, (l’occasion pour la réalisatrice de rendre hommage aux centaines de journalistes et intellectuels qui ont été la cible privilégiée des ultra-religieux) décuple la détermination de notre héroïne à défendre ses idéaux de liberté et fait basculer le récit dans une explosion d’énergie conquérante qui doit beaucoup à la sensualité joyeuse et innocente ainsi qu’ à la puissance de jeu de la Papicha (jolie fille en algérois) incarnée par Lynda Khoudri, déjà remarquée en 2017 dans Les bienheureux de Sofia Djama. Puisque les islamistes décident de cacher le corps des femmes pour ne le réserver qu’au seul plaisir masculin, l’organisation d’un défilé de mode qui l’embellit et le dévoile au grand jour constitue son plus bel acte de résistance. Écartant d’un revers de main rageur, le double jeu du soupirant de son amie Wassila ou la proposition d’exil teintée de servitude de Mehdi, son compagnon, elle poursuit sans répit, et malgré la mise en garde des personnes les plus avisées, sa route vers la modernité et se fait le symbole puissant de cette jeunesse qui refuse de se soumettre à des lois d’un autre temps.

Fort d’un rythme efficace et de personnages attachants, Papicha constitue un vibrant plaidoyer féministe qui ira droit au cœur de tous ceux (hommes comme femmes) qui militent pour le droit à la liberté, à l’image des Angoumoisins qui, lors du dernier Festival du Film Francophone d’Angoulême, lui ont attribué le Valois du public (en plus du Valois du scénario et du Valois de l’actrice pour Lyna Khoudri attribués par le jury du Festival).

 Critique : Claudine Levanneur 

Sorties de la semaine du 9 octobre 2019

 

Papicha, affiche du film de Mounia Meddour

© The Ink Connection, High Sea Production & Tayda Film

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Papicha, affiche du film de Mounia Meddour

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