Ma dernière balle sera pour toi : la critique du film (1972)

Western | 1h30min
Note de la rédaction :
8/10
8
Ma dernière balle sera pour toi, jaquette vhs

  • Réalisateur : Aldo Florio
  • Acteurs : Fabio Testi, Luciano Pigozzi, Eduardo Fajardo, Charo López
  • Date de sortie: 15 Mar 1972
  • Nationalité : Italien, Espagnol
  • Titre original : Anda muchacho, spara !
  • Scénaristes : Bruno Di Geronimo, Eduardo Manzanos, Aldo Florio
  • Compositeur : Bruno Nicolai
  • Sociétés de production : Fulvio Lucisano/Eduardo Manzanos-Brochero/Roberto Cinematografica/Italian International Film/Transeuropa Film/Copercines
  • Distribution : Les Films Marbeuf
  • Editeur vidéo : Fil a film (VHS)
  • Box-office France : 119 812 entrées / 19 025 entrées
  • Crédits visuels : © 1972 Fulvio Lucisano/Eduardo Manzanos-Brochero/Roberto Cinematografica/Italian International Film/Transeuropa Film/Copercines/ Les films Marbeuf .Tous droits réservés.
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Note des spectateurs :
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Ma dernière balle sera pour toi est un western opératique réussi. Il s’inscrit dans la plus pure tradition du genre, à une époque où l’heure était à la parodie.

Synopis : Un mystérieux bagnard trouve refuge dans un campement de Mexicains exploités par un odieux capitaliste. Il sera l’instrument de leur vengeance.

Critique : Après avoir réalisé un premier western en 1966, Les cinq de la vendetta, Aldo Fiorio signe en 1971 Ma dernière balle sera pour toi, sa seconde et dernière incursion dans le genre. Le réalisateur ne se conforme pas à l’air du temps. En effet, il nous propose un western grave et opératique, qui réinvestit avec brio le style des maîtres du genre.

Ma dernière balle sera pour toi renoue avec « l’opéra de la violence » leonien

Ainsi, le rythme du film se cale sur celui de l’excellente partition de Bruno Nicolai, dont le thème principal se distingue tout particulièrement, de par ses variations au niveau du rythme et du timbre. Chaque personnage a son propre morceau, et on a un jeu constant entre la musique et les actions à l’écran. Cette prépondérance de la bande-son est mise en exergue par la scène de torture du héros, époustouflante de maîtrise. Le thème lyrique attribué à l’héroïne qui regarde la scène prend le dessus sur les bruitages, pour créer un décalage.

Ce choix confère beaucoup d’émotion à ce passage brutal. Il transforme ce qui n’aurait pu être qu’un poncif du genre en dénonciation de la violence des hommes. La scène est d’autant plus cruciale qu’elle met en avant une autre qualité du film, à savoir, son montage, signé Romeo Ciatti, qui avait travaillé en 1966 sur l’excellent Les colts de la violence. En effet, elle est émaillée de flashback où l’on découvre les sévices qu’ont pu endurer les protagonistes jusqu’alors, surgissant parfois de manière brutale, tels les coups portés à l’écran.

Un scénario maîtrisé

De fait, à l’image d’Il était une fois dans l’Ouest, le film use avec brio de l’analepse. Il distille les informations avec parcimonie et laisse le spectateur dans l’expectative, captant par là même son attention. On ne saura pas d’emblée qui est notre mystérieux héros, et la nature profonde de ses motivations ne sera révélée que lors de la conclusion du film. Ajoutez à cela plusieurs histoires annexes (à l’image de celle de l’héroïne, réduite au rang d’esclave sexuelle), de multiples retournements de situation et vous obtenez un scénario complexe et haletant. Cerise sur le gâteau, Ma dernière balle sera pour toi se permet d’amorcer des embryons de réflexion politique et philosophique puisqu’il questionne notre rapport à la liberté, au courage et à la justice, et dénonce l’exploitation des péons par d’infâmes capitalistes, comme a si bien pu le faire Sergio Sollima.

Ma dernière balle sera pour toi bénéficie d’un casting solide

En effet, l’excellent scénario du film se double d’une interprétation de qualité. Fabio Testi incarne un protagoniste charismatique, de par son imposante stature. De façon générale, le jeu des acteurs se fonde sur un minimalisme voulu et maîtrisé, reposant sur leur langage corporel et leur jeu de regards. Ainsi, Charo López campe un personnage féminin convaincant, piégé dans une situation insoutenable, suscitant la pitié du spectateur. Eduardo Fajardo, qui excellait déjà dans le Django de Sergio Corbucci, est aussi de la partie. Il démontre une fois de plus qu’il est l’acteur le plus indiqué pour jouer ces personnages de notables corrompus si récurrents dans le genre. A noter également que les costumes se révèlent particulièrement réussis.

Affiche du film ma dernière balle sera pour toi

© 1972 Fulvio Lucisano/Eduardo Manzanos-Brochero/Roberto Cinematografica/Italian International Film/Transeuropa Film/Copercines/ Les films Marbeuf .Tous droits réservés.

Un film impeccable, artistiquement parlant

Effectivement, Aldo Fiorio et son directeur de la photographie, l’Espagnol Emilio Foriscot nous proposent de très belles images. On profitera ainsi de cadrages soignés et de jeux sur les reflets dans les miroirs. Mais aussi de gros plans efficaces et de zooms maîtrisés. La caméra se veut très mobile et certains plans d’ensemble du village semblent avoir été tournés à l’aide d’une grue. De fait, ce soin apporté à la réalisation rend l’ensemble des décors plutôt convaincant.

Le style, quant à lui, s’inspire grandement de celui de Leone, comme l’atteste la mise en scène du duel final, évoquant celui de Pour une poignée de dollars, poncho inclus. Enfin, les éclairages sont beaux, même si la plupart des scènes de nuit manquent de crédibilité. Ainsi, le budget du film semble limité, et on pourrait lui reprocher un certain manque de scènes spectaculaires. En effet, le métrage se révèle peu généreux en fusillades, même si cela est loin de le desservir.

Ma dernière balle sera pour toi se doit d’être redécouvert par les fans du genre

En définitive, Ma dernière balle sera pour toi est une œuvre tardive qui, loin de démystifier le genre, condense avec brio ce qui faisait la force des westerns des « trois Sergios ». Elle ne parvient pas toutefois  à égaler leur niveau de maîtrise puisqu’elle manque d’une vision propre et ne propose rien de nouveau. Reste que sortir un western d’un tel acabit en 1971 relève du petit miracle. Malheureusement, le vent avait déjà tourné et le film ne comptabilisera que 119 812 entrées contre 3 038 137 pour On continue à l’appeler Trinita. En conséquence, et en dépit d’une ressortie en VHS,  le film est tombé dans l’ oubli. Cela est fort regrettable, tant il regorge de qualités à même de ravir les plus exigeants des passionnés de westerns spaghettis.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

Ma dernière balle sera pour toi, jaquette vhs

© Roberto Cinematografica, Italian International Film, Transeuropa Film

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