Les Mots bleus : la critique du film (2005)

Drame | 1h54min
Note de la rédaction :
9/10
9
Les Mots Bleus d'Alain Corneau

  • Réalisateur : Alain Corneau
  • Acteurs : Sergi López, Sylvie Testud, Camille Gauthier, Mar Sodupe
  • Date de sortie: 23 Mar 2005
  • Nationalité : Français
  • Scénariste : Alain Corneau, Dominique Mainard
  • Compositeur : Christophe
  • Distributeur : ARP Sélection
  • Directeur de la photo : Yves Angelo
  • Editeur vidéo : TF1 vidéo, ECIM Distribution
  • Date de sortie vidéo : 23 février 2006
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 150 802 entrées / 27 382 entrées
  • Crédit : ARP - France 3 Cinéma 2004
Note des spectateurs :

Les Mots bleus est une œuvre d’une extrême finesse psychologique qui saura donner le bourdon au plus joyeux des spectateurs. Troublant.

Synopsis : Depuis sa naissance, Anna s’enferme dans un silence irrationnel qui fait d’elle une petite fille différente. Face au rejet des institutions traditionnelles, sa mère, Clara, décide de la confier aux mains de Vincent, un instituteur spécialisé qui travaille dans un établissement pour enfants sourds et muets. Mais pour répondre au mal d’Anna, il devra déjà aider la mère de l’enfant à se libérer de ses angoisses.

Critique : En 2005, Alain Corneau livre un drame psychologique unique dans sa carrière. Loin a priori de l’apparente légèreté de Stupeur et tremblements, son avant-dernier long métrage adapté des déboires d’Amélie Nothomb au Japon, on y retrouve pourtant au centre de ses préoccupations l’impossibilité de communiquer. L’importance des mots. Des mots pour dire, pour ne plus souffrir en silence et trouver une arme pour combattre les démons du passé.

Raison et sentiments

Dans Les mots bleus, le réalisateur évoque avec justesse la communication difficile entre une mère obsessionnelle et sa fille, plongée dans le mutisme depuis sa naissance. Le personnage névrosé de Sylvie Testud est sur la corde raide. A chaque instant cette femme menace de céder et d’emporter avec elle son enfant, qui tente de s’en sortir en apprenant à l’école à s’ouvrir au monde et donc à recouvrer la parole.

Le spectateur s’attend souvent au pire, comme si la fatalité imposait à cette triste famille une autodestruction inéluctable. Les souffrances de Testud (déjà présente dans Stupeur et tremblements), face au poids d’un passé qu’elle ne peut combattre seule, et qu’elle refuse pourtant de livrer, sont parfaitement retranscrites par l’actrice, qui est magistrale. Elle campe le paradoxe d’un personnage, qui d’un côté se plie en quatre pour sortir son enfant de sa malédiction et qui, inconsciemment, nourrit ses silences en l’enfermant dans ses névroses contagieuses.

Les Mots bleus de Christophe en BO atmosphérique

Sa rencontre avec un instituteur en mal d’amour, Sergi Lopez, pourrait être salvatrice. Pas de confusion possible, elle est faite pour l’aimer, mais le destin est cruel et le mal-être peut être plus fort que la raison et les sentiments. Au grand désespoir du spectateur qui a bien envie de voir ces deux-là s’aimer ! Un tel blocage nous est douloureux. On devient les témoins mélancoliques d’existences solitaires qui pourraient être perdues, à tout jamais. La mélancolie s’installe aidée par la musique de Christophe, dont le tube Les mots bleus est décliné sur tout le film jusqu’à donner un caractère intemporel et atmosphérique aux images joliment photographiées par Yves Angelo. Une bien belle bande son pour un film émouvant et envoûtant qui s’impose comme l’un des plus achevés de son cinéaste.

Malheureusement, avec 150 000 entrées France, peu de spectateurs écumeront la splendeur de cette œuvre unique, tant dans le cinéma français que dans la carrière de son auteur qui décéderait deux films et cinq ans plus tard… On en reste abasourdi.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 23 mars 2005

Les Mots Bleus d'Alain Corneau

Camille Gauthier dans Les mots bleus : affiche de Laurent Lufroy agence Caractères) 

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