Les invasions barbares : la critique du film et le test DVD (2003)

Comédie dramatique | 1h39min
Note de la rédaction :
9/10
9
Les invasions barbares, l'affiche

Note des spectateurs :

Drôle, percutant, piquant et finalement bouleversant, Les invasions barbares peut être sans aucun doute considéré comme le chef-d’œuvre de son auteur.

Synopsis : Rémy, divorcé, la cinquantaine, est à l’hôpital. Son ex-femme Louise rappelle d’urgence leur fils Sébastien, installé à Londres. Ce dernier hésite – son père et lui n’ont plus rien à se dire depuis longtemps. Finalement, il accepte de revenir à Montréal pour aider sa mère et soutenir son père. Dès son arrivée, Sébastien remue ciel et terre, joue de ses relations, bouscule le système de toutes les manières possibles pour adoucir les épreuves qui attendent Rémy. Il ramène aussi au chevet de Rémy la joyeuse bande qui a marqué son passé : parents, amis et anciennes maîtresses.

Arcand constate amèrement la victoire du capitalisme

Critique : Si Le déclin de l’empire américain (1987) a connu un incroyable succès à la fin des années 80, on pouvait légitimement se poser la question de la légitimité d’une suite très tardive, dégoupillée au début des années 2000, soit plus de 15 ans après l’original. Pourtant, Denys Arcand semble avoir eu raison de prendre son temps puisque la maturité lui permet de dresser le bilan du vingtième siècle, tout en faisant celui d’une vie.

Alors que l’attentat du 11 septembre 2001 vient de faire entrer la population de force dans un nouveau siècle marqué par le terrorisme, Denys Arcand en profite pour confirmer le déclin de l’empire américain qu’il appelait de ses vœux à la fin des années 80. Toutefois, le constat est bien plus nuancé et amer que prévu. Certes, l’empire vacille, mais le long-métrage nous prouve également que le capitalisme sauvage l’a finalement emporté et que ce sont plutôt les idéologies de gauche qui ont capoté lamentablement.

La gauche se meurt sous nos yeux

Sorte de vieux gauchiste aigri, le personnage principal peste contre tout le monde, mais la maladie qui l’emporte peu à peu est hautement symbolique : le monde qu’il représente est tout bonnement en train de s’éteindre. La nouvelle génération – représentée de manière un peu caricaturale par Stéphane Rousseau en trader aux dents longues – est finalement celle qui s’en tire le mieux dans un monde de requins dont elle comprend les codes. On pourrait d’ailleurs rapprocher rétrospectivement le personnage du nouveau monde prôné actuellement en France par un certain Macron (et sa Start-up Nation).

Rémy, vieux professeur qui se meurt sous nos yeux, représente plutôt la génération des soixante-huitards jouisseurs qui ont progressivement vu mourir leurs idéaux libertaires, ou du moins se fracasser sur le mur du réel. La force du film de Denys Arcand vient de son ambiguïté manifeste sur le plan politique. Certes, les protagonistes clament leurs idéaux de gauche, mais ils profitent pourtant tous d’une situation sociale confortable. Finalement, Rémy pourra mourir dignement grâce aux sommes astronomiques dépensées par son trader de fils. On peut lire cette thématique comme une critique d’un système inégalitaire, mais aussi comme un constat amer sur la fin des idéologies.

Des dialogues affûtés, toujours aussi pertinents

Outre cet aspect historico-sociologique, Les invasions barbares est également l’occasion de retrouver des personnages que l’on a autrefois aimé et qui reviennent avec une verve toujours aussi foisonnante. Les dialogues de Denys Arcand font mouche et révèlent toujours une drôlerie sous-jacente, qui se teinte de temps à autre de vulgarité. L’auteur en profite pour dézinguer l’hypocrisie de la religion, ainsi que le scandale de l’omerta entourant la fin de vie. Ici, il opte donc pour une mort ritualisée et totalement organisée par le futur défunt lui-même.

Cela donne lieu aux plus belles scènes du film, et sans doute de l’œuvre entière de Denys Arcand. Entouré des membres de sa famille et de ses amis, ainsi que d’une nature paisible, l’homme pourra se laisser glisser dans la mort, personnifiée ici par une image érotique, emportant avec lui une certaine forme de sagesse. Ces moments, tout en douceur et sans recours à des effets mélodramatiques, finissent par bouleverser le spectateur, faisant basculer la comédie dans le drame, sans que cela soit pour autant plombant.

Un film bouleversant qui a convaincu les critiques et le public

Cette magie est en grande partie due à la qualité générale de l’interprétation. Le groupe entier  forme un tout cohérent parfaitement dirigé. La réalisation de Denys Arcand sait se faire discrète, mais accompagne avec délicatesse chaque personnage, dessinant une toile impressionniste aux motifs ciselés.

Cette fin sereine, comme apaisée, a sans doute fait beaucoup pour le succès public et critique rencontré par cette suite inattendue. Triomphe partout où il a été projeté, le long-métrage a ainsi dépassé le million d’entrées en France malgré un sujet peu porteur en apparence. Il a également obtenu de nombreuses récompenses comme les César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario en 2004 (alors qu’il s’agit d’une coproduction). La comédie dramatique a également séduit l’académie des Oscars qui lui a décerné le prix du meilleur film étranger. L’année précédente, Cannes ouvrait le bal des récompenses avec un Prix du scénario et un Prix d’interprétation féminine pour Marie-Josée Croze.

Drôle, percutant, piquant et finalement bouleversant, le long-métrage est sans aucun doute le chef-d’œuvre de son auteur.

Le test DVD :

Coffret DVD Denys Arcand, la jaquette

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Compléments : 0/5

Tout bonnement aucun.

L’image : 3/5

Il s’agit ici d’une copie SD classique, sans défaut majeur, mais également sans éclat particulier. Il semblerait qu’elle soit identique à celle du premier DVD sorti au milieu des années 2000.

Le son : 3/5

Deux pistes sonores disponibles, avec d’un côté une version en stéréo et une autre en 5.1. Si la spatialisation est un peu plus évidente sur la deuxième piste, l’essentiel du film passe par l’enceinte centrale puisqu’il s’agit d’une œuvre où le verbe est primordial.

Critique et test DVD : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 24 septembre 2003

Les invasions barbares, l'affiche

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