L’Élue déploie une ambiance lynchienne et des pistes enthousiasmantes qui débouchent malheureusement sur une énième métaphore de la masculinité toxique, thème éculé s’il en est.
Synopsis : Liz et Malcolm partent pour un week-end romantique dans un chalet coupé du monde. Lorsque Malcolm doit retourner précipitamment en ville pour son travail, Liz se retrouve isolée, confrontée à une présence maléfique qui révèle les terrifiants secrets du chalet.
Osgood Perkins, nouveau stakhanoviste de l’horreur
Critique : Oz Perkins a réussi à se faire un prénom (il est le fils d’Anthony Perkins) en devenant un petit maître de l’horreur grâce à son excellent Longlegs (2024) qui a été un gros succès du cinéma indépendant de 2024 (quasiment 100 millions de dollars de recettes mondiales pour une mise de départ infime de 9M$). Depuis ce succès amplement mérité, le cinéaste semble pressé de rattraper le temps perdu en tournant plus vite que son ombre. Ainsi, en 2025, il a déjà signé The Monkey, sorti au mois de février, et voici que débarque déjà L’Élue (ou Keeper en VO), à peine quelques mois après.

© 2025 Oddfellows Pictures, Range Media Partners, Wayward Entertainment, Welcome Villain. All Rights Reserved.
L’auteur profite donc de la hype qui entoure désormais son nom pour aligner les petites productions tournées avec fort peu de moyens. Ainsi, le budget officiel de L’Élue ne s’élève qu’à six petits millions de billets verts, ce qui s’explique par un décor unique, une intrigue resserrée autour de trois personnages vraiment développés, le reste servant à payer les effets spéciaux qui interviennent dans le dernier tiers du long métrage.
Un essai de folk horror pour adultes
Car L’Élue n’émarge pas du tout du côté du cinéma commercial orienté vers le public adolescent. Avec des protagonistes adultes, des thématiques plus complexes et une volonté de créer une atmosphère anxiogène sans jamais avoir recours à la facilité des jump scares, le long métrage n’a rien pour séduire un public adolescent venu se divertir à coups de frissons faciles. En fait, Oz Perkins préfère se concentrer sur des petits décalages qui interviennent à la faveur de plans très travaillés, créant ainsi une forme d’inquiétante étrangeté.
Dès lors, la première heure du film pose un certain nombre de jalons qu’elle ne cherche aucunement à expliquer, déployant ainsi une atmosphère lynchienne où étrangeté, folie et rêves semblent s’entremêler de manière inextricable. Toutefois, le spectateur n’est pas totalement perdu puisque le film émarge tout de même du côté de l’horreur folklorique, avec sa forêt menaçante et ses rites dont on suppose qu’ils appartiennent au paganisme. Grâce à une réalisation très maîtrisée qui s’empare habilement de l’espace représenté par le chalet, L’Élue parvient à angoisser, sans jamais faire véritablement peur. Au moins, le cinéaste arrive à nous déstabiliser à de nombreuses reprises avec des scènes inattendues.
Une énième métaphore à propos de la masculinité toxique
Certes, la dernière partie va permettre de comprendre plus ou moins les raisons de ce délire, mais le spectateur devra tout de même faire le deuil d’explications complètes puisque le scénario écrit par Nick Lepard (Dangerous Animals) ne fournit pas toutes les clés. Le film aurait donc été parfaitement enthousiasmant s’il n’était finalement pas une énième métaphore sur la masculinité toxique. Effectivement, tout tourne autour de femmes que les hommes ont soumises – on y évoque ainsi la soumission chimique – avant de les déposséder en quelque sorte de leur vie et de leur libre arbitre. Dès lors, sans vouloir trop spoiler, les auteurs organisent une énième revanche des femmes sur des hommes tous plus odieux les uns que les autres.
En fait, il est décevant de découvrir que L’Élue déploie autant d’artifices, de circonvolutions narratives complexes et de pistes passionnantes pour en arriver à enfoncer des portes ouvertes sur un thème qui commence franchement à devenir lassant tant on a l’impression de le retrouver dans chaque film actuel. Sans vouloir nier la profondeur du problème, on est en droit d’attendre autre chose de la part d’auteurs qui se veulent ambitieux et originaux.

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De l’ambition pour un discours trop convenu
Aidé par l’interprétation très convaincante de Tatiana Maslany et de Rossif Sutherland qui forment un couple de cinéma plaisant, L’Élue n’est pas dépourvue de quelques dérapages bis, notamment à cause du jeu fragile de la jeune Eden Weiss. En revanche, on apprécie beaucoup les étranges créatures qui hantent le chalet, quelque part entre celles de The Descent (Neil Marshall, 2005) ou du jeu Silent Hill.
Avec L’Élue, Oz Perkins confirme donc qu’il est un réalisateur capable de créer une ambiance étrange avec fort peu de moyens, mais il devrait maintenant veiller à travailler davantage ses scripts et à approfondir les thématiques abordées, à moins de rejoindre la longue liste des réalisateurs qui furent des espoirs déçus.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 10 décembre 2025

© 2025 Oddfellows Pictures, Range Media Partners, Wayward Entertainment, Welcome Villain / Affiche : GrandSon. Tous droits réservés.

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Biographies +
Oz Perkins, Tatiana Maslany, Rossif Sutherland, Birkett Turton
Mots clés
Cinéma canadien, Folk Horror, Le masculinisme au cinéma, Le féminisme au cinéma, La revanche des femmes, Films sur le couple