Satire extra-terrestre, au croisement des décalés Ozon et Quentin Dupieux, L’Élan est un OVNI en quête de moyens, mais pas d’idées.
Synopsis : L’Élan apparaît soudainement dans une petite ville vendéenne. La créature énigmatique est confrontée aux surprenantes réactions de la population : une famille à la fille télépathe, une pharmacienne qui n’est pas vétérinaire, des chasseurs tire-au-flanc, un spécialiste des vies extra-humaines, un garagiste bousculé par les évènements. Tous se posent des questions mais pas les bonnes. Et que vient faire Bernard Montiel dans cette histoire ?
L’Élan à Groland
Critique : Attention, contrairement à ce que suggère l’affiche du film, très maladroite, on ne parle pas ici d’un film d’animation pour enfants, qui sortirait pour les fêtes de Noël, même L’Élan insère par ailleurs une petite séquence d’animation fantaisiste. Pour son premier long métrage, le réalisateur grolandais Etienne Labroue utilise l’absurde comme métaphore de l’exclusion, du rejet de la différence, au cœur de notre France profonde.
A l’instar de Boris Vian en littérature ou de François Ozon au cinéma, celui de Sitcom, et surtout de Quentin Dupieux, dont on retrouve la même l’obsession pour les plans figés d’une iconographie américaine dans les décors, Labroue inocule l’étrange(r) dans un quotidien familier, sous la forme d’un élan sur deux pattes, vêtu d’un grand manteau, dont va s’enticher une famille. A l’instar du domestique de The Servant ou du beau ténébreux d’Accatone, la perversité en moins, l’animal (en est-il un ?) ou plutôt la figure intraterrestre va séduire à sa façon les composantes de cette famille terne, caractérisée par une ado qui a l’impression de ne pas être du même sang que son père, un homme couard… Ce dernier voit en la bête silencieuse, au design de peluche (faute d’un budget, mais également pour servir la comédie de l’étrange), un ami, ou le fils qu’il aurait aimé avoir. Son épouse envisage la chose comme un amant… Et la bête cornue devient une attraction locale, ce qui se résume par une pompe à essence, une pharmacie et quelques petits établissements pittoresques d’un Hexagone hors du temps, à l’image de ce film, sans modernité, à la ruralité un peu bon marché (notamment dans le jeu de certains comédiens), mais qui fourmille de belles images de cinéma.
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Ce panégyrique à la différence, lunaire, avec ses effets spéciaux d’une autre époque, amuse, suscite la curiosité. Jamais il ne trouve le temps d’ennuyer, aidé par une durée courte de 1 heure et vingt minutes. Il véhicule même une certaine tristesse, après tout, pour citer le film, l’élan n’est-il pas le seul animal à pleurer ? On vous laissera vérifier.
L’élan s’achève sur un final abracadabrant que n’aurait pas renier dans l’idée, plus que dans la forme, le réalisateur de Nowhere, Gregg Araki, dont il s’agit ici d’un remake inconscient, avec en guise de célébrité (Nowhere en était truffées), Bernard Montiel, qui joue son propre rôle avec l’audace naïve d’un outsider du ringard qui ne sait trop dans quoi il a fichu les pieds.
Sous ses maladresses de micro budget, L’élan se savoure comme un vrai petit morceau de cinéma from outer space toujours prompt à surprendre. Ce morceau un poil nanardesque d’un cinéma de genre français toujours attachant a malheureusement eu du mal à se frayer une place dans les salles françaises, avec une sortie en catimini un 26 décembre 2016, pour une poignée de séances. Le seul DVD qui semble exister de ce film est une galette hors commerce proposée aux membres de l’Académie des César sur quelques sites en ligne.
Les sorties de la semaine du 28 décembre 2016

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Etienne Labroue, François Morel, Aurélia Petit, Franck Bellocq, Olivier Broche