Réalisé avec talent, Le Roi Soleil est davantage un exercice de style qu’un pur film de genre, déjouant ainsi les attentes des spectateurs de manière intelligente et pertinente.
Synopsis : Un homme est mort au Roi Soleil, un bar-pmu à Versailles. Il laisse un ticket de loto gagnant de plusieurs millions d’euros. En s’arrangeant un peu avec la réalité et leur conscience, les témoins du drame pourraient repartir avec l’argent… Et si la vérité n’était qu’un scénario bien ficelé ?
L’argent, ce poison qui dévore l’être humain
Critique : Repéré voici quelques années grâce à un premier long métrage fort intéressant intitulé Les magnétiques (2021), le cinéaste Vincent Maël Cardona a développé le projet qui deviendra Le Roi Soleil (2025) pendant une bonne dizaine d’années. L’idée était à la fois d’évoquer le rapport de dépendance des êtres humains envers l’argent, mais aussi de créer un exercice de style à partir d’un huis-clos. En se penchant sur l’histoire de la fondation de la loterie nationale, le réalisateur et son coscénariste Olivier Demangel ont imaginé une intrigue policière qui se déroulerait intégralement à l’intérieur d’un bar-PMU (appelé Le Roi Soleil, d’où le titre) autour d’un ticket de loterie gagnant valant plusieurs centaines de millions d’euros.

© 2025 Easy Tiger, Srab Films, StudioCanal, France 2 Cinéma, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma / Photographie : Emmanuelle Jacobson-Roques. Tous droits réservés.
Si le scénario peut faire penser à un pur film de genre, avec une situation initiale qui ne cesse de dégénérer et d’entrainer des meurtres en série – en quelque sorte sur le modèle de certains films des frères Coen – Vincent Maël Cardona transforme cette proposition en véritable film d’auteur, s’interrogeant ainsi sans cesse sur le statut de la fiction au cœur de notre réalité. Dès lors, il prend un malin plaisir à déjouer les attentes des spectateurs, du moins dans la première partie, en adoptant une narration inattendue. Cela débute par une scène située au 18ème siècle qui donne le sentiment que le spectateur s’est trompé de salle. En fait, le cinéaste montre comment est née l’idée d’une loterie nationale en France, sur le modèle d’autres pays européens d’alors.
Une réalité, mais plusieurs possibilités selon les points de vue
Puis, il effectue un grand bond en avant et propose de rejoindre le fameux bar-PMU qui va servir de décor principal au long métrage. Toutefois, là aussi, il s’amuse à jouer avec le spectateur en reproduisant plusieurs fois la même scène selon le point de vue des différents protagonistes. Il installe alors progressivement l’intrigue qui voit un groupe de personnes tenter de s’approprier le ticket gagnant du loto d’un vieux monsieur, justement décédé à la suite d’une balle perdue lors d’une altercation avec un délinquant. Mais Vincent Maël Cardona continue à jouer avec le spectateur en reprenant l’histoire depuis le début en en modifiant de nombreux points. Au spectateur de comprendre qu’il s’agit des multiples versions inventées par le groupe afin de justifier les événements intervenus au petit matin.

© 2025 Easy Tiger, Srab Films, StudioCanal, France 2 Cinéma, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma / Photographie : Emmanuelle Jacobson-Roques. Tous droits réservés.
En fait, Le Roi Soleil s’évertue à placer la fiction au même niveau narratif que le réel supposé du film. Cela donne une épaisseur supplémentaire à une intrigue, qui, autrement, serait plutôt banale dans son déchainement progressif de violence. Effectivement, dans sa deuxième partie, le cinéaste répond davantage aux règles du cinéma de genre en faisant déraper dangereusement la situation au point où la plupart des protagonistes vont mourir.
Le bar comme espace mental répondant à l’état d’esprit des personnages
Là encore, il effectue cette plongée dans la fiction pure de manière consciente, notamment à l’aide du décor qu’il déréalise de plus en plus au fur et à mesure du long métrage. Les derniers moments situés dans l’arrière-salle qui sert aussi de karaoké évoque notamment certains décors lynchiens, avec scène où l’on peut chanter et tenture qui dissimule les murs. Dès ce moment, les protagonistes peuvent pleinement embrasser leur être fictionnel : Maria de Medeiros devient une classique femme fatale, Pio Marmaï épouse totalement son rôle de flic ripoux et assassin, chaque être révélant sa vraie nature psychotique, dès lors que la cupidité s’est emparée d’eux.
Réalisé de manière très adroite par un cinéaste qui sait investir un espace unique, tout en donnant l’impression qu’on le découvre pour la première fois à chaque plan, Le Roi Soleil n’est donc pas qu’un simple film noir qui revisiterait la médiocrité de l’âme humaine. Il s’agit aussi, et surtout, d’un véritable exercice de style visant à subvertir les règles visuelles d’un genre pour en explorer les limites et tenter de les dépasser. Si tout ceci se révèle fort intéressant à suivre, l’ensemble peut également apparaître un peu vain et prétentieux.
Une brochette d’acteurs au diapason
Heureusement, le métrage est porté par un groupe de comédiens parfaitement dirigé. Pio Marmaï et Sofiane Zermani composent un duo de flics crédible, Lucie Zhang est parfaite en étudiante maline, tandis que Maria de Medeiros semble se régaler à incarner les garces manipulatrices. Tout ce petit monde va s’entretuer avec une certaine jubilation, faisant de l’expérience un spectacle cathartique, d’autant qu’il se propose comme une fiction consciente d’elle-même.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 27 août 2025

© Easy Tiger, Srab Films, StudioCanal, France 2 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma – 2024
Biographies +
Vincent Maël Cardona, Pio Marmaï, Maria de Medeiros, Lucie Zhang, Joseph Olivennes, Nemo Schiffman, Sofiane Zermani, Panayotis Pascot
Mots clés
Cinéma français, Thrillers français, Festival de Cannes 2025, Les huis-clos au cinéma, L’argent au cinéma