Le Jeune Ahmed : la critique du film (2019)

Drame |
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche, le jeune ahmed

Note des lecteurs

Fidèles à leur démarche épurée et incisive, les frères Dardenne abordent avec subtilité le thème de l’inculcation du fanatisme.

Synopsis : En Belgique, aujourd’hui, le destin du Jeune Ahmed, 13 ans, pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie.

Critique : Il est en pleine puberté : avec un an de plus de Le Gamin au vélo, il aura bientôt atteint l’âge de l’Igor de La Promesse, de Francis dans Le Fils, et de Rosetta dont il partage la détermination. De même que cette dernière était prête à tout pour trouver un job, et à l’instar de Sandra voulant garder le sien dans Deux jours, une nuit, Ahmed n’a qu’une idée en tête. Mais la sienne le mettrait hors-la-loi ; elle est d’une folie inquiétante pour un si jeune âge, et s’avère d’autant plus horrible que ses treize ans lui donnent une image d’innocence. D’ailleurs Ahmed est un ado comme les autres, et ne cause particulièrement pas de problème à son entourage, si ce n’est lorsqu’il fréquente un imam dont l’influence est redoutable. Insensible à l’affection de sa mère, à la bienveillance de ses éducateurs, et à la déclaration d’amour de la jeune Louise, le jeune homme mène une course (auto)destructrice…

Un antihéros dans la tradition des figures dardenniennes

On retrouve dans Le Jeune Ahmed les qualités habituelles des Dardenne : un scénario minimaliste, sans intrigues parallèles, jouant sur l’unité de temps (malgré une saisissante ellipse ici), avec un arrière-plan social qui a leur a fait aborder de nombreux sujets dits de société, de la précarité d’emploi à l’immigration. En filigrane apparaît aussi le thème récurrent du pardon : pardon qui n’est pas accordé au père d’Igor, mais qu’obtiendront Rosetta ou Francis. La dernière scène du Jeune Ahmed (que nous spoilerons pas) est à cet égard un crescendo bouleversant.

Le jeune antihéros est donc bien dans la lignée des précédentes figures dardenniennes, tout en étant insaisissable : « En commençant l’écriture, nous n’imaginions pas que nous étions en train de donner naissance à un personnage si fermé, capable de nous échapper à ce point, de nous laisser sans possibilité de construction dramatique pour le rattraper, le faire sortir de sa folie meurtrière », ont déclaré les réalisateurs.

Toujours l’économie de moyens, mais pas de choc en sortie de salle

Il faut aussi souligner la cohérence de leur démarche filmique, les cinéastes n’ayant jamais renoncé à leur économie de moyens et au dépouillement d’une mise en scène ne cherchant aucun effet, dans la meilleure tradition d’un cinéma naturaliste d’auteur dépourvu d’académisme. Toutefois, il faut reconnaître que l’effet de surprise de leur art ne joue plus. Les spectateurs qui connaissent leur filmographie ont ce à quoi ils s’attendent, et le choc naguère suscité par L’Enfant ou Le Silence de Lorna n’est pas renouvelé.

En outre le discours des Dardenne sur le fanatisme religieux n’est pas d’une grande originalité et reprend de nombreux poncifs, là où André Téchiné traitait la problématique avec davantage de profondeur dans le récent L’Adieu à la nuit.

Un prix de la mise en scène à Cannes controversé

En dépit de ces deux réserves, Le jeune Ahmed est un beau film, récompensé par le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, même si la récompense peut être jugée excessive. Quant à Idir Ben Addi, dans le rôle-titre, il a ce mélange de maladresse et de puissance de jeu qui a été la marque des jeunes acteurs révélés par les Dardenne, de Fabrizio Rongione à Thomas Doret en passant par Morgan Marinne.

Critique : Gérard Crespo

Sorties de la semaine du 22 mai 2019

Crédit photo : Photo de Christine Plenus

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Affiche, le jeune ahmed

Bande annonce du Jeune Ahmed

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